La clairière ouverte en 2014 dans la forêt de Chambaran, à Roybon (Isère), est le plus souvent chiffrée à 76 hectares, soit l’équivalent d’une centaine de terrains de football. Elle devait accueillir un Center Parcs géant. Elle n’a jamais vu passer un seul vacancier, et aucun des 990 cottages prévus n’y a été construit : il reste 700 mètres de béton, des ronds-points et des fondations que les fougères recouvrent peu à peu.
Douze ans après le début du chantier, le site est toujours vide.
À retenir
- Le chantier a démarré en 2014 à Roybon, en Isère, sans qu’aucun cottage ne soit construit.
- Pierre et Vacances a renoncé en juillet 2020 après plus de dix ans de recours et d’occupation de terrain.
- Environ 700 mètres de béton et des fondations subsistent aujourd’hui dans la clairière.
Sommaire
Un projet à 390 millions d’euros pour un village de 1 000 habitants
L’histoire commence en 2007, quand le groupe Pierre et Vacances démarche la commune de Roybon, un peu plus de 1 000 habitants à la lisière de la Drôme. Le projet est chiffré à 390 millions d’euros et censé relancer un territoire rural en déclin. Il prévoit 990 cottages et un espace aqualudique sur 203 hectares, avec une bulle transparente chauffée en permanence qui abriterait des plantes tropicales. Le conseil départemental et le conseil régional s’engagent à financer les voiries et les réseaux nécessaires à l’accès du futur domaine.
L’aubaine paraît évidente dans un village où les commerces ont presque tous fermé. Le groupe promet 700 emplois, pour un site pensé pour plus de 5 000 vacanciers.
Côté argent public, le département a prévu 7 millions d’euros pour acquérir en nue-propriété des équipements structurants (accès, voies, réseaux, une partie de la forêt) et la commune 4 millions pour un contournement routier du village. Le total des fonds publics engagés est évalué à 37,4 millions d’euros, un chiffre repris par les opposants comme par la presse locale.
76 hectares, 90 hectares, 110 hectares : la bataille des chiffres
Le 3 octobre 2014, une autorisation de destruction de zones humides est accordée à la SNC Roybon Cottages, au titre de la loi sur l’eau. Le chantier démarre le même mois, alors que la commission d’enquête publique, réunie du 16 avril au 28 mai 2014, avait rendu un avis défavorable. Le bilan de cette phase de travaux est lourd : 90 hectares défrichés, 31 hectares recouverts de béton et 110 à 120 hectares de zones humides dégradées. Les pistes, les ronds-points et les fondations sont tout ce qui sortira de terre.
Le chiffre de 76 hectares, celui du titre, renvoie dans les documents officiels aux zones humides détruites telles que Center Parcs les évaluait, quand la commission d’enquête les situait entre 110 et 120 hectares. Selon les publications, la clairière elle-même est décrite avec des surfaces qui vont de 40 à 90 hectares défrichés. Mieux vaut donc retenir un ordre de grandeur plutôt qu’une mesure au mètre carré.
Le décompte varie selon les sources, le constat ne bouge pas : zéro cottage.
Dix ans de recours, une ZAD et un abandon en juillet 2020
Les recours se succèdent depuis 2010 devant la justice administrative. Ils sont portés par l’association Pour les Chambarans sans Center Parcs, des fédérations de pêche et plusieurs collectifs environnementaux. Le projet alterne revers et victoires, jusqu’à un important revers juridique en mai 2019. Sur le terrain, une zone à défendre s’installe dès 2014, juste à côté du site, sur un terrain appartenant à l’État.
Le 8 juillet 2020, Pierre et Vacances renonce. Le groupe invoque une autorisation de défrichement devenue caduque et un accès bloqué par des « zadistes » qui occupent illégalement le terrain depuis 2014. Son fondateur, Gérard Brémond, admet que ce n’est « pas de gaîté de cœur », alors que le groupe compte 25 Center Parcs en Europe.
Les associations parlent de victoire, mais leur trésorerie en sort exsangue.
L’abandon entraîne aussi une dépréciation de 41 millions d’euros dans les comptes de Pierre et Vacances. Pour les opposants, la leçon tient en peu de mots : un recours déposé à temps vaut parfois mieux qu’une subvention votée trop vite.
Une clairière qui attend toujours son avenir
En 2026, les pistes bétonnées sont toujours là, envahies par la végétation. Le foncier appartient en grande partie à Pierre et Vacances, qui n’a donné aucune indication précise sur l’avenir de ces quelque 200 hectares au moment de l’abandon. Une remise en état peine à se concrétiser, coincée entre propriétaires et réglementations.
Une concertation locale réunit désormais agriculteurs, forestiers, chasseurs et associations environnementales pour tenter de redonner un sens à la clairière. Selon certaines publications, ces terrains sont devenus un espace forestier non constructible, destiné à une gestion écologique et sylvicole.
Côté juridique, un jugement du tribunal administratif de Grenoble, rendu un 13 avril, a annulé l’inscription du projet dans le PLUi de la communauté de communes Bièvre-Isère. La requérante, conseillère régionale et habitante du secteur, y a vu la fin de plus de dix ans de luttes. La presse des élus locaux a de son côté titré sur un « mal pour un bien » pour le territoire des Chambarans.
Le débat n’a pourtant rien d’unanime. Dès l’annonce de 2020, le maire de Roybon, Serge Perraud, redoutait des conséquences « dramatiques » pour sa commune de 1 200 habitants, quand les associations saluaient une victoire collective.
Sources : questions.assemblee-nationale.fr | le-bouillon-larochelle.fr | rse-magazine.com


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