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Après les violences hors de contrôle en marge du 17 octobre, le gouvernement sous pression

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Politique 18/10/2026 12:36 Actualisé le 18/10/2026 12:37

Les maires de Limoges, Lyon ou Marseille réclament des comptes et remettent en cause la capacité d’anticipation des autorités.

Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, le Premier ministre Sébastien Lecornu et son directeur de cabinet Philippe Gustin, lors d’une cellule interministérielle de crise à Paris le 1er octobre 2026.

KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, le Premier ministre Sébastien Lecornu et son directeur de cabinet Philippe Gustin, lors d’une cellule interministérielle de crise à Paris le 1er octobre 2026.

Tout est chaos. La France se réveille sonnée ce dimanche 18 octobre après les scènes de violence incontrôlable qui se sont produites partout en France samedi, en marge de la mobilisation sociale massive contre la vie chère. Plusieurs lieux de pouvoir et d’innombrables boutiques ont été dévalisés et vandalisés à travers le pays parfois, comme à Paris, à des kilomètres des manifestations autorisées.

Depuis plusieurs heures, les images de l’hôtel de ville de Limoges incendié et des commerces éventrés font le tour des médias et des réseaux sociaux. Elles occupent même les Unes de la presse internationale, saisie par l’intensité de ces nouvelles émeutes, qui éclipsent par ailleurs les revendications du mouvement social. Après une large condamnation dans la sphère politique, le gouvernement, lui, est sommé de s’expliquer.

« Face à l’ampleur des dégâts et la gravité de la situation », les maires de Paris, Lyon et Marseille ont signé un communiqué commun samedi soir demandant à être reçus en urgence par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Ils associent à leur démarche l’ensemble des « maires des villes touchées », et réclament à l’exécutif des explications sur une forme de dévastation qui « ne peut et ne doit pas se reproduire ».

Les maires demandent des comptes

Concrètement, Emmanuel Grégoire (PS), Grégory Doucet (Écologistes) et Benoît Payan (divers gauche) dénoncent certaines failles dans l’anticipation et remettent en cause les méthodes de maintien de l’ordre appliquées par le ministre de l’Intérieur. Dans la capitale, la première adjointe Lamia El Aaraje a déploré ce dimanche matin un « manque de moyens » policiers pour mettre un terme aux exactions. Même constat dressé à Limoges par le maire LR Guillaume Guérin, tandis qu’à Lyon, son homologue s’est interrogé lors d’un point presse sur la « capacité » du pouvoir à intégrer en amont le risque d’embrasement.

Mais c’est du côté de Marseille, ville particulièrement secouée par ces violences, qu’émergent les critiques les plus vives. Depuis samedi après-midi, le maire, qui a vu des casseurs s’introduire dans son hôtel de ville et en saccager le hall, dénonce vertement le dispositif de sécurité initialement prévu par les autorités, et les priorités qui leur ont été affectés.

« Dans un pays qui est normalement constitué, avec une gendarmerie normalement coordonnée, cela ne peut pas arriver. J’ai vécu des moments avec des émeutes, notamment à l’époque de la mort du jeune Nahel en 2023, pendant lesquelles j’étais en coordination permanente avec la préfète de police, où l’on se parlait chaque minute. Samedi, j’ai parfois eu l’impression de parler dans le vide », explique-t-il dans un entretien à La Tribune dimanche, en jugeant l’État « indigent et irresponsable » dans son incapacité à « sécuriser la ville ».

Toujours remonté, Benoît Payan a enfoncé le clou lors d’une conférence de presse improvisée, ce dimanche matin, en demandant à ce que « la lumière soit faite » sur les décisions politiques qui ont pu contribuer au chaos. Plus concrètement, il déplore lui aussi un manque de moyens (une seule compagnie de CRS, soit 80 unités, selon ses dires) et accuse à demi-mot les autorités d’avoir privilégié l’encadrement, parfois violent, des manifestants pacifiques, au détriment de la répression des casseurs et pilleurs.

Tondelier appelle Nuñez à la démission

« Je n’ai jamais vu une telle manière de maintenir l’ordre. Je n’imaginais pas voir ça de mon vivant. Demain, je veux des explications (...) je veux savoir quels ordres ont été donnés aux policiers et aux gendarmes », a lancé le maire, en indiquant qu’il recevrait le ministre de l’Intérieur lundi, à Marseille. Il a également confirmé avoir demandé un entretien avec le président Emmanuel Macron.

Ce dimanche, les critiques de ces élus font écho à celles des dirigeants ou candidats de gauche à l’élection présidentielle. L’écologiste Marine Tondelier estime par exemple que Laurent Nuñez n’a « pas d’autre issue » que la « démission » après avoir été « incapable de prévoir un dispositif adéquat » pour prévenir les violences. Le ministre de l’Intérieur « est manifestement dépassé par la situation, dont il a clairement sous-estimé l’ampleur », écrit-elle sur les réseaux sociaux, arguant que « des villes entières » ont été « abandonnées aux casseurs », « pendant que des manifestants pacifiques étaient violentés ».

Pris pour cible par Sébastien Lecornu, qui l’accuse de « fournir des excuses » aux individus violents, Jean-Luc Mélenchon a lui aussi critiqué le schéma de maintien de l’ordre décidé par l’exécutif, coupable selon lui d’avoir « joué avec le feu en comptant sur le pourrissement » du mouvement de colère. Dans ce contexte éruptif, l’entourage du chef du gouvernement a indiqué qu’il présiderait ce dimanche soir, à 19 heures, une cellule de crise.

Comme le président de la République, qui a publié un message sur les réseaux sociaux, il promet une réponse pénale forte à l’encontre des individus qui ont provoqué ou participé aux pillages. Les questions restent malgré tout nombreuses. À tel point que la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet fait savoir qu’elle propose la création d’une commission d’enquête sur les événements. L’occasion, peut-être, de s’interroger sur l’erreur des services de renseignements, lesquels tablaient sur 110 000 manifestants maximum à travers le pays, quand les différentes sources (intérieur ou organisateurs) en ont finalement compté cinq ou huit fois plus.

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