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Les premières comparutions immédiates révèlent des auteurs de violences aux profils variés et une justice particulièrement sévère envers ces prévenus.

BENJAMIN BERAUD / Hans Lucas via AFP
Des personnes identifiées comme des casseurs ou des pilleurs sont photographiés à Paris, samedi 17 octobre 2026.
EN BREF • Les comparutions immédiates après les manifestations du 17 octobre révèlent des profils variés parmi les prévenus, majoritairement des hommes majeurs, sans motivations politiques apparentes.
• Les tribunaux de Paris, Marseille et Lyon ont jugé sévèrement, mais avec des peines souvent plus clémentes que les réquisitions du parquet.
• Des avocats dénoncent la répression jugée excessive.
Depuis lundi, les tribunaux de Paris, Marseille ou de Lyon tournent à plein régime. Dans les salles d’audience, les comparutions immédiates se succèdent, après les dégradations et les pillages qui ont émaillé les manifestations du samedi 17 octobre contre la vie chère.
Sur les 2 500 personnes placées en garde à vue, 917 ont été déférées pour être jugées en comparution immédiate. Dans la capitale, quatre salles d’audience, contre deux habituellement, sont dédiées à ces comparutions immédiates. Profils des prévenus, peines prononcées… Le HuffPost fait le point sur les enseignements des prétoires.
• Du chômeur au chef de projet, des prévenus aux profils variés
Le profil des premiers suspects présentés à la justice est hétéroclite. Les prévenus ont pour seuls points communs d’être en majorité des hommes - « Ils, et quelques rares elles », glisse Le Monde - et d’être majeurs. À Paris, 78 % des gardes à vue ont concerné des majeurs, a indiqué le parquet de Paris.
Parmi les prévenus majeurs, figurent ainsi des employés d’Emmaüs et d’Amazon, un chef de projet vidéo, des livreurs, un influenceur, un doctorant enseignant, des étudiants ou des chômeurs, rapportent nos confrères. Certains sont pères de famille, comme Lamine, 38 ans, jugé à Paris, qui a cinq enfants, ou Oussama, jugé à Marseille et père de trois enfants.
Plusieurs ont leur casier judiciaire vierge, quand d’autres ont déjà des mentions à celui-ci. Mais, « la plus grande part des personnes que nous déférons sont des personnes qui n’ont jamais été condamnées », a souligné Laure Beccuau sur le secteur de Paris, au micro de RTL.
Les comptes-rendus des audiences font par ailleurs apparaître peu de motivations politiques. « En l’état des dossiers, personne n’a, au regard des éléments poursuivis, revendiqué un mobile de quelque nature politique qu’il soit », a aussi affirmé la procureure de Paris.
Les prévenus sont poursuivis, dans la plupart des cas, pour « groupements en vue de commettre des dégradations ou des violences » (108 à Paris), « atteintes aux biens » (244 à Paris) et « violences sur personne dépositaire de l’autorité publique » (45 à Paris).
• Une majorité de peines avec sursis, inférieures aux réquisitions
Une grande partie des peines prononcées ce lundi et mardi comportent du sursis. Dans les prétoires, les réquisitions du parquet, souvent sévères et conformes aux directives du gouvernement, ont été peu suivies dans les jugements, plus cléments. « J’ai demandé à l’ensemble des parquets de France (...) d’avoir une extrême fermeté, d’être impitoyables envers les casseurs », avait exhorté Gérald Darmanin lundi, sur le plateau de TF1.
Ilyes, 24 ans, poursuivi pour vol aggravé en récidive et rébellion, a par exemple écopé de dix mois de prison avec sursis, contre les 18 mois, dont six fermes, requis par le parquet, a rapporté franceinfo. Autre exemple : Victor, 21 ans, jugé pour avoir jeté des projectiles sur des policiers, a été condamné à six mois de prison avec sursis, quand la procureure avait requis cinq mois ferme, selon l’AFP.
Au total, à Paris, sur les 28 personnes jugées en comparutions immédiates mardi, 22 ont été condamnées à des peines d’emprisonnement avec sursis et quatre à des peines de détention ferme. Le Monde cite le cas d’un homme de 23 ans, interpellé après avoir volé plusieurs téléphones et qui ne reconnaît pas les faits alors qu’il a été filmé. Ce dernier est condamné à trois ans de détention ferme.
Parmi ces prévenus condamnés à de la prison ferme, plusieurs ont vu leur peine aménagée sous bracelet électronique. Un total de 174 personnes a été incarcéré sur l’ensemble de la France, s’est félicité le ministre de la Justice Gérald Darmanin ce mercredi, citant la peine d’un an de prison ferme pour un homme de 22 ans ayant jeté un pavé sur des forces de l’ordre à Marseille. Ces incarcérations comprennent les condamnations en comparution immédiate ainsi que les détentions provisoires.
• Une certaine sévérité de la justice
Malgré une majorité de peines avec sursis, les tribunaux se sont montrés sévères dans d’autres jugements. Dans les jugements prononçant de la détention, la peine a souvent été assortie d’un mandat de dépôt, ont constaté de nombreux confrères dont ceux du site spécialisé Actu-juridique. La mesure consiste à placer immédiatement la personne condamnée après l’audience en prison.
Dans les comparutions immédiates renvoyées, plusieurs tribunaux ont également décidé de placer les prévenus en détention provisoire. Mediapart rapporte ainsi la comparution de trois trentenaires, accusés d’avoir donné des coups de pied sur des motos de police, immédiatement incarcérés après leur audience et jusqu’à la tenue de leur procès, prévu pour le 22 décembre prochain. « Pour éviter toute réitération et concertation », a justifié le tribunal.
Enfin, les comparutions de ce lundi et mardi ont aussi vu la condamnation de prévenus, interpellés avant d’avoir commis des violences. C’est par exemple le cas de Mathilde, 19 ans, et François, 20 ans, relaté dans la presse, et condamnés à plusieurs mois de prison avec sursis (et à du ferme pour le jeune homme) pour avoir envisagé des violences contre les forces de l’ordre par le tribunal de Paris.
« Un fait rarissime », selon le chroniqueur judiciaire du Parisien Thomas Diquattro, même si la loi permet de placer en garde à vue toute personne « s’il existe des raisons valables de penser qu’elle a tenté de commettre une infraction ». Des messages de haine envers des CRS avaient été retrouvés dans les messages privés des deux jeunes.
Face à cette sévérité, plusieurs avocats se sont mobilisés. Dans une lettre ouverte au bâtonnier de Paris, 127 avocats ont dénoncé « le tour ultra-répressif pris par le parquet de Paris ». « La mobilisation nationale du 17 octobre nous a donnée à voir, comme avocats, une répression historique, politique, commandée et voulue », ont-ils écrit. Les comparutions immédiates se poursuivent cette semaine dans plusieurs tribunaux.


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