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L’homme devenu tristement célèbre après la diffusion d’une vidéo dans laquelle il abreuvait une policière montréalaise d’insultes fait désormais face à la justice criminelle.
Selon les informations obtenues par Maxime Deland, de l’Agence QMI, Mohamed Bekkali a été arrêté le 2 juillet dernier et accusé sous trois chefs d’avoir publié un libelle diffamatoire visant une policière et deux policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).
L’accusation est particulièrement notable. La diffamation donne généralement lieu à des poursuites civiles au Québec, dans lesquelles une personne réclame une compensation financière pour les dommages causés à sa réputation. Le Code criminel contient toutefois également une infraction de libelle diffamatoire, rarement invoquée, mais susceptible d’entraîner une peine d’emprisonnement.
Les accusations portées contre Bekkali ne signifient pas qu’il a été reconnu coupable. Les faits reprochés devront être établis devant le tribunal, et l’accusé bénéficie de la présomption d’innocence.
Une arrestation après plusieurs mois de provocations
Québec Nouvelles avait rapporté en mars dernier la diffusion massive d’une vidéo montrant Bekkali s’en prendre verbalement à une agente du SPVM au cours d’une intervention routière.
L’interception concernait initialement la teinte des vitres de son véhicule. Bekkali avait cependant transformé cette vérification relativement banale en une longue scène d’humiliation publique, multipliant les insultes misogynes contre la policière, se vantant d’être plus riche qu’elle et affirmant même qu’il pourrait l’acheter et la réduire en esclavage.
La scène avait provoqué une indignation considérable sur les réseaux sociaux, autant en raison de la violence des propos que du calme avec lequel la policière avait tenté de poursuivre son intervention.
L’affaire ne s’était toutefois pas arrêtée à cette première séquence.
TVA Nouvelles rapportait, le 31 mars, que Bekkali avait publié d’autres vidéos dans lesquelles il s’en prenait à des policiers. Certaines de ces interventions remontaient à juin 2025, même si la vidéo visant la policière montréalaise n’avait acquis une grande notoriété publique qu’au printemps 2026.
Dans les semaines suivant la controverse, Bekkali aurait continué à diffuser des contenus visant des agents du SPVM, du Service de police de l’agglomération de Longueuil et de la Sûreté du Québec. Il semblait ainsi assumer sa nouvelle notoriété et prolonger publiquement son affrontement avec les corps policiers plutôt que de chercher à faire oublier l’incident.
Selon le Journal de Montréal, des images produites au moyen de l’intelligence artificielle auraient notamment représenté des chiens portant le visage de policiers et tenus en laisse. Ce seraient l’ensemble de ces publications, et non simplement les insultes prononcées pendant l’interception routière initiale, qui auraient finalement conduit à son arrestation.
Cette distinction est importante. Aussi révoltante soit-elle, l’insulte adressée à un policier ne constitue pas automatiquement une infraction criminelle au Canada. La poursuite semble plutôt reprocher à Bekkali d’avoir publié et diffusé des contenus destinés à exposer nommément trois agents au mépris ou au ridicule.
Arrêté alors que son permis était sanctionné
Toujours selon les informations de l’Agence QMI, les policiers du SPVM ont procédé à l’arrestation de Mohamed Bekkali à Montréal alors qu’il conduisait son véhicule.
Son permis de conduire aurait été sanctionné en raison de contraventions impayées. Son véhicule a été remorqué et envoyé à la fourrière.
Le Montréalais de 24 ans a ensuite comparu sous trois chefs de publication d’un libelle diffamatoire, chacun étant lié à un membre du SPVM. Il a été remis en liberté dans l’attente de la suite des procédures, mais doit désormais respecter plusieurs conditions.
Bekkali aurait notamment l’interdiction de publier sur internet ou sur les réseaux sociaux des contenus concernant les policiers ou le travail policier en général. Il a également dû retirer les publications jugées litigieuses.
L’Agence QMI signalait néanmoins, le 20 juillet, qu’une vidéo dans laquelle il s’en prenait verbalement à deux agents de la Sûreté du Québec demeurait accessible sur son compte Instagram. Son compte TikTok aurait pour sa part été banni.
Son procès serait prévu pour la fin du mois de septembre.
Une véritable infraction criminelle
Le libelle diffamatoire est défini à l’article 298 du Code criminel comme une matière publiée « sans justification ni excuse légitime » et susceptible de nuire à la réputation d’une personne en l’exposant « à la haine, au mépris ou au ridicule ».
Le terme « publié » ne se limite pas à la presse traditionnelle. Le Code considère qu’un libelle est publié lorsqu’il est montré, livré, diffusé ou porté à la connaissance d’une autre personne. Une vidéo TikTok, une publication Instagram ou une image créée par intelligence artificielle peuvent donc, selon leur contenu et les circonstances, entrer dans cette définition.
L’article 301 prévoit qu’une personne reconnue coupable de publier un libelle diffamatoire peut être condamnée à un maximum de deux ans d’emprisonnement. Une infraction plus grave existe à l’article 300 lorsque l’accusé publie sciemment une information qu’il sait fausse, mais rien dans les informations actuellement disponibles ne permet d’affirmer que Bekkali est poursuivi sous cette disposition, laquelle prévoit une peine maximale plus élevée. Le texte du Code criminel peut être consulté sur le site du ministère fédéral de la Justice.
La poursuite devra donc démontrer davantage que le caractère grossier ou offensant des publications. Elle devra établir les éléments précis de l’infraction reprochée et démontrer que les contenus visaient à porter atteinte à la réputation des policiers concernés sans justification ou excuse légitime.
Le Code prévoit en effet plusieurs moyens de défense, notamment lorsqu’une publication est vraie et sert l’intérêt public, lorsqu’elle constitue un commentaire loyal sur la conduite publique d’une personne ou lorsqu’elle est faite de bonne foi dans certaines circonstances protégées.
Le libelle diffamatoire criminel a par ailleurs déjà résisté à une contestation constitutionnelle. Dans l’arrêt R. c. Lucas, rendu en 1998, la Cour suprême du Canada a reconnu que l’infraction portait atteinte à la liberté d’expression, mais elle a conclu que cette restriction pouvait être justifiée lorsqu’elle vise la publication délibérée de propos diffamatoires répondant aux critères du Code.
Il menaçait lui-même de poursuivre pour diffamation
L’évolution du dossier ne manque pas d’ironie. Quelques semaines après l’éclatement de la controverse, Bekkali avait lui-même affirmé vouloir réclamer 300 000 $ pour diffamation et atteinte à sa réputation.
Il contestait alors certaines informations diffusées à son sujet et prétendait être victime d’allégations mensongères. Cette poursuite annoncée relevait toutefois du droit civil et ne doit pas être confondue avec les accusations criminelles auxquelles il fait maintenant face.
L’homme qui affirmait vouloir poursuivre ceux qui auraient nui à sa réputation doit désormais répondre d’accusations voulant qu’il ait lui-même utilisé les réseaux sociaux pour ridiculiser et salir des policiers.
Il appartiendra au tribunal de déterminer si les publications franchissaient effectivement le seuil exigeant du libelle diffamatoire criminel. Il reste que les autorités paraissent avoir considéré que l’affaire dépassait désormais la simple vulgarité filmée ou la contestation agressive d’une intervention.
Les réseaux sociaux ne placent personne au-dessus des lois
Cette arrestation marque un changement important dans un dossier qui avait jusqu’ici donné l’impression d’une impunité presque complète.
La première vidéo avait choqué précisément parce qu’elle montrait une agente soumise à une avalanche d’injures tout en poursuivant son travail avec retenue. Aux yeux d’une partie du public, la scène illustrait l’incapacité apparente des institutions à répondre à ceux qui transforment les interventions policières en spectacles d’humiliation destinés aux réseaux sociaux.
Les nouvelles accusations ne criminalisent cependant pas la simple critique des policiers. Les citoyens demeurent libres de dénoncer une intervention, de contester une contravention, de filmer les agents dans l’exercice de leurs fonctions et de formuler des critiques, même sévères, contre un corps policier.
La liberté d’expression ne confère toutefois pas un droit illimité de fabriquer ou de diffuser des contenus visant personnellement des agents afin de les exposer au mépris et au ridicule. C’est précisément la frontière que le procès de Mohamed Bekkali devra tracer.
Après des mois à transformer ses affrontements avec les policiers en contenu numérique, Bekkali devra maintenant répondre de ses publications devant un véritable tribunal plutôt que devant celui, plus bruyant et plus complaisant, des réseaux sociaux.


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