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Anne Biraben : «Le patrimoine, grand oublié de la nouvelle mandature parisienne»

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Parmi les 36 adjoints dévoilés par le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, aucun n’est en charge de la gestion du patrimoine, dénonce la conseillère de Paris, membre de la commission du Vieux Paris.

Anne Biraben est conseillère de Paris du groupe « Paris liberté ! » (Ve arrondissement) et membre de la commission du Vieux Paris (2020-2026).


Séance d’installation du conseil de Paris, dimanche 29 mars. L’annonce de la longue liste des adjoints par le nouveau maire interpelle et inquiète : 36 adjoints nommés, soit le maximum autorisé par la loi, mais aucun ne sera en charge du patrimoine.

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Comment peut-on s’intéresser à Paris en ignorant son patrimoine ? Comment peut-on vouloir gérer une ville aussi rayonnante que la capitale de la France en délaissant ses trésors architecturaux ? Comment peut-on porter l’idée de la beauté d’une ville sans références à son héritage historique et patrimonial ?

Le nouveau maire de Paris déclare avoir « hâte de s’occuper de cette ville magnifique ». Magnifique ? Oui, elle l’est, et chaque jour des milliers de visiteurs admirent sa beauté. Les traces du passé sont présentes dans toutes nos rues, sur chaque place, dans chaque église et jusque dans nos squares.

De nombreux courants artistiques et architecturaux ont laissé leur empreinte. De la période gallo-romaine (arènes de Lutèce, 5e) à aujourd’hui (tribunal de Paris, 17e) en passant par la période médiévale avec l’enceinte de Philippe Auguste et les maisons à colombages (4e), à l’architecture classique (église Saint-Sulpice, 6e) ou encore à l’art déco (fontaines de la porte de Saint-Cloud, 16e) dont on a fêté le centenaire en 2025, jusqu’à l’époque moderne, Paris est un musée à ciel ouvert. Le style haussmannien si emblématique né à Paris au 19e siècle a influencé l’architecture non seulement en Europe mais dans le monde entier.

Emmanuel Grégoire a-t-il déjà oublié, lorsqu’il était premier adjoint en charge de l’urbanisme et de l’architecture, qu’il avait proclamé sa sensibilité à « l’esthétique urbaine » ?

Anne Biraben

Mais ce qui fait du patrimoine parisien un patrimoine exceptionnel, ce sont non seulement les monuments historiques et les églises, c’est aussi une multitude d’éléments architecturaux discrets, dans l’espace public comme sur les immeubles ou les arrière-cours qui constituent le petit patrimoine. Celui-ci est à portée d’œil des Parisiens les plus attentifs : ici un portail ouvragé et sculpté, là une statuette de la Vierge dans une niche, ou encore un décor mural peint.

Les édifices cultuels, notamment, sont des repères qui parlent à chaque Parisien, croyant ou non, quelle que soit son appartenance religieuse. Ils exigent une attention de chaque instant : combien d’alertes les élus d’arrondissement en charge du patrimoine reçoivent-ils ? On ne compte plus les fuites de toiture qui endommagent un mur et par voie de conséquence les tableaux qui y sont accrochés, les vitraux troués par les intempéries, qui laissent passer les pigeons installant leur nid et détériorant murs et mobiliers, les chapelles noircies par le temps dont les décors sont recouverts de crasse, et même celles qui doivent être fermées au public à cause de leur dangerosité comme la chapelle de la Sorbonne.

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Emmanuel Grégoire a-t-il déjà oublié comment, lorsqu’il était premier adjoint en charge de l’urbanisme et de l’architecture, il avait, au cours des longs débats sur le plan local d’urbanisme, proclamé sa sensibilité à « l’esthétique urbaine » ? C’est sous son égide que la ville de Paris a publié un ouvrage intitulé « La beauté d’une ville » rassemblant les contributions de 56 auteurs et invitant le lecteur « à regarder d’un autre œil la beauté de Paris ». De nombreux Parisiens amoureux du patrimoine, quel qu’ait été leur vote, s’inquièteront à juste titre de la disparition d’un élu en charge de son entretien et de sa valorisation au sein du nouvel exécutif .

Il faut aussi s’interroger sur le devenir de la célèbre commission du Vieux Paris créée à la fin du XIXe siècle et qui fêtera ses 130 ans l’an prochain. Lors de la dernière séance de la mandature 2020-2026, le 5 mars dernier, le président de la commission a émis le souhait qu’elle perdure dans sa configuration actuelle. Il a été approuvé par tous les membres unanimes : historiens de l’art, paysagistes, architectes, élus, qui s’attachent, au-delà de toute attache partisane, à leur mission de protéger Paris des destructions abusives pouvant priver notre ville de précieux témoins architecturaux et décoratifs. Avec une moyenne de 4 000 dépôts de permis de détruire par an, les Parisiens peuvent craindre le pire.

Notre devoir est de transmettre cet héritage architectural et patrimonial, le plus complet et dans le meilleur état qu’il soit possible. Comme l’écrivait Victor Hugo, « Respirer Paris, cela conserve l’âme ». Donnons-lui raison.

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