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  • Élections en Colombie : dans le Sud, certains continuent de croire en la « Paix totale »

Ce dimanche, les Colombiens votent pour le premier tour de l’élection présidentielle (second tour le 21 juin). L’un des principaux enjeux de la campagne concerne le projet de “paix totale” du président de gauche Gustavo Petro, censé en finir avec le conflit armé. Un échec pour beaucoup, mais une partie du sud du pays garde espoir.

En Colombie, Victor Massias - Aujourd'hui à 07:30 - Temps de lecture :

Les Colombiens sont attendus aux urnes ce 31 mai pour le premier tour de la présidentielle. Photo Sipa/Matias Delacroix Les Colombiens sont attendus aux urnes ce 31 mai pour le premier tour de la présidentielle. Photo Sipa/Matias Delacroix

Le ciel reste inconsolable cet après-midi dans le Putumayo. À la frontière avec l'Équateur, ce département oublié de la forêt amazonienne fait partie des zones les plus meurtries par le conflit armé qui terrorise le pays depuis plus de soixante ans. Quelque part dans la petite commune pétrolière de Villagarzon, Yesid Calvache regarde tomber la pluie en jouant aux échecs avec son fils. Une activité fort à propos à l’approche d’élections présidentielles particulièrement tendues.

Durant la campagne, le candidat Miguel Uribe a été assassiné en juin 2025 et divers attentats ont été perpétrés par les dissidents des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). De dramatiques événements qui affectent inévitablement le Pacte historique, parti du président actuel Gustavo Petro, initiateur d’une politique de “paix totale”. D’après des rapports de deux centres de réflexion indépendants (Fundacion para la Paz et Fundacion Conflict Responses), la plupart des organisations criminelles colombiennes se sont renforcées entre 2018 et 2025.

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« Il faut être malade mentalement pour ne pas soutenir un processus de paix »

Puisque Petro ne peut constitutionnellement pas briguer de second mandat, c’est Ivan Cepeda qui désire prendre la suite et donc poursuivre les négociations de paix. « Nous qui avons souffert de la guerre, qui avons enterré des leaders sociaux, voisins, amis, paysans, qui avons vu passer les balles en espérant qu’elles ne nous atteignent jamais, nous voulons la paix totale », assure Yesid Calvache, dirigeant syndical et social du département.

« À Bogota, comme ils n’ont pas vécu le conflit, ils ne se rendent pas compte. Ils pensent qu’il ne doit pas y avoir de dialogues, qu’il faut tuer les gens. Mais nous, on sait que tout ça n’est qu’un business. Il faut être malade mentalement pour ne pas soutenir un processus de paix. Ou alors ils ont d’autres intérêts… »

« Pour nous, la Paix totale fonctionne »

Rossy Muchavisoy, jeune écologiste issue de la tribu inga qui souffre depuis toujours du conflit armé, soutient Cepeda avec la même fermeté, d’autant plus que la vice-présidente du candidat est également indigène. « Pour nous, la Paix totale fonctionne », assure-t-elle. « Le gouvernement de gauche a fait des investissements très importants pour les enjeux des paysans et des peuples indigènes. Nous luttons depuis des décennies pour des réformes, des décisions qui nous permettraient d‘être autonomes sur nos territoires. »

Sous Petro, la réserve de sa communauté est notamment passée de 4 000 à 27 000 hectares. « Nous ne nous battons pas pour qu’on nous offre des terres, mais pour qu’on nous rende ce qu’on nous a pris et qu’il y ait une grande réforme agraire. »

« Vu d’ici, le projet va mal »

En face de Cepeda, Paloma Valencia (centre droit) et Abelardo de la Espriella (extrême droite) militent davantage pour la répression. Mais à quelques jours du scrutin, Gustavo Castillo, leader d’une communauté afro-colombienne, ne s'était intéressé à aucun d’entre eux. Depuis tout petit, il travaille dans les mines d’or illégales et subit les persécutions des guérillas. Aujourd’hui, il se sent abandonné. « J’ai trop été déçu. Le pire, c’est que les candidats que nous avons choisis sont ceux qui créent des lois pour nous criminaliser et nous envoyer en prison… La paix, c’est ce que nous voulons tous, mais vu d’ici, le projet va mal. »

Petit cultivateur de coca dans le département voisin du Nariño, Avaro aussi est blasé par ses dirigeants. « Peu importe qui gagnera, ça ne change rien pour nous, on ne voit jamais la différence », regrette-t-il, dans son laboratoire artisanal. « Il y a tout de même moins de violence », lui répond son fils, John. « Avant, il y avait une quinzaine de morts par mois, maintenant il n’y en a qu’un ou deux. »

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