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La plus grande aluminerie du Québec, Alouette, ressort gagnante de sa plus récente entente avec Hydro-Québec, selon des spécialistes. Cependant, les opinions sur les conséquences et les bénéfices d’un tel contrat pour la société d’État divergent.
Tel que le prévoit le contrat spécial conclu entre Hydro-Québec et Alouette, la facture d’électricité de l'aluminerie continuera de varier en fonction de la valeur de l’aluminium sur le marché international, plutôt que de correspondre au tarif industriel (tarif L) d'Hydro-Québec, que paient la majorité des grandes entreprises au Québec.

L'accord conclu avec Alouette prévoit entre autres que le tarif sera ajusté en fonction des droits de douane et des tarifs américains sur l’aluminium. (Photo d'archives)
Photo : Gracieuseté : Aluminerie Alouette
Selon les calculs de l’analyste indépendant du secteur de l'énergie, Jean-François Blain, dans les dernières années, les entreprises soumises au tarif L ont dépensé plus pour leur électricité, comparativement à ce qu’a payé l’Aluminerie Alouette avec son contrat spécial au cours des dernières années.
Il estime qu’Hydro-Québec aurait gagné 6,7 millions de dollars de plus par térawattheure en chargeant le tarif L à Alouette lors de la précédente entente. Il ajoute que l'aluminerie consomme 8,4 térawattheures chaque année.
De la stabilité pour Alouette
L’entente est basée sur un principe de tarification à partage de risques, selon le gouvernement du Québec et Alouette. Un point sur lequel Jean-François Blain n’est pas d’accord.
Son discours est le même que l’année dernière : le risque lié à l'impact des tarifs douaniers sur le prix de l'aluminium, et de façon indirecte sur le prix de l'électricité, est transféré intégralement à Hydro-Québec, donc à la collectivité, affirme-t-il.
Conséquence de ça, quel sera l'intérêt d'Alouette ou de n'importe quelle autre aluminerie qui serait protégée contre les variations de tarifs de diversifier son marché pour compenser la perte de fiabilité des États-Unis?, demande Jean-François Blain.

D’ailleurs, Jean-François Blain présume que cette entente inspirera d’autres alumineries à vouloir négocier un contrat similaire. (Photo d'archives)
Photo : IRIS
Il se questionne également quant aux impacts d’un tel contrat lors de prochaines négociations de la société État avec de grands industriels, puisque ces derniers pourraient être tentés d'exiger les mêmes conditions avantageuses.
Alors, c'est pas juste le contrat d'Alouette qui est en cause, mais c'est la reconduction des contrats spéciaux de l'ensemble des alumineries au Québec.
Le chercheur et spécialiste en énergie, Yvan Cliche, un ancien délégué commercial d’Hydro-Québec, est aussi d’avis que l’entente est bénéfique pour Alouette et lui permet de trouver de la stabilité. Ça consolide aussi la place de la plus grande aluminerie du Québec [...] dans un contexte économique plus difficile où une des cartes du Québec, c’est l’aluminium.

Yvan Cliche juge cependant qu’il est difficile pour l’instant de mesurer exactement la valeur des bénéfices pour la société d’État et le gouvernement du Québec. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Alexane Drolet
Ce que le Québec pourrait gagner
Il faut à son avis considérer les retombées économiques promises par Alouette pour le Québec. Je pense que le gouvernement fait tout simplement le calcul que, oui, c'est largement avantageux de signer une telle entente, malgré la possible perte de revenu, le manque à gagner d'Hydro-Québec, suppose Yvan Cliche.

En échange, Alouette s’était engagée en 2025 à investir 1,5 milliard de dollars sur ses installations lors des 20 prochaines années. L'aluminerie va également contribuer davantage à alléger le réseau en périodes de pointe. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine
L’entente négociée ne vise pas la création de nouveaux emplois à long terme directement à l’usine de Sept-Îles. Mais il y aura de nouveaux postes temporaires associés aux projets de modernisation de l’entreprise, selon le PDG d’Alouette, Claude Gosselin.
Néanmoins, le chercheur Yvan Cliche considère que les besoins énergétiques importants du Québec pourraient expliquer la nécessité d’un tel contrat, lequel prévoit également qu'Alouette réduise sa consommation d'énergie en période de pointe hivernale.
Yvan Cliche estime aussi que la province peut en tirer des bénéfices à long terme sur la scène internationale : nous, les Québécois, on est un partenaire stratégique des Américains, on éclaire une partie de New York et puis tout ça, ce sont des effets intangibles réels, concrets, importants.
Pour ces raisons, il est difficile pour lui de conclure si l’entente est avantageuse ou non pour les contribuables.
On sait pas ce que va payer Alouette. On a les paramètres financiers, mais on n'a pas le prix final, rappelle-t-il. Qui peut prédire le prix de l'aluminium au cours des prochaines années? Il n'y a pas plus difficile que de prédire le prix d'une commodité.


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