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Les narcotrafiquants auront droit à un horizon infini, mais probablement à peu de sorties.
Le Tanezrouft n’est pas exactement un quartier résidentiel. Cette immense zone désertique du sud algérien est connue pour son climat brutal, son isolement et ses températures qui peuvent dépasser 50 °C l’été. Les Britanniques l’avaient surnommée le « pays de la soif ». Alger semble avoir retenu l’idée pour y installer les hommes qui ont fait de la drogue un business national.
La décision a été annoncée après une réunion du Haut Conseil de sécurité présidé par Abdelmadjid Tebboune. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, l’ancienne installation militaire doit accueillir les chefs de réseaux impliqués dans le trafic de stupéfiants. Le calendrier, la capacité de l’établissement et les modalités précises de détention restent à connaître.
Une saisie de 33 kg de cocaïne est annoncée comme un record, alors que plus de 82 kg en 2024 et 701 kg en 2018 avaient été saisis. De hauts fonctionnaires avaient été limogés en 2018… Le record indéniable est plutôt celui de l’abstention à l’élection législative de juillet dernier (plus de 78 %). Le FLN au pouvoir reçoit ainsi un désaveu. Les électeurs seront-ils plus nombreux aux élections locales en novembre ? L’annonce d’un effort de lutte contre le trafic redonnera-t-elle confiance envers les institutions ou bien le désert ne servira-t-il que de décor à des règlements de comptes politiques ?
L’Alcatraz algérien pic.twitter.com/JMUWmMD2JC
— Renard Jean-Michel (@Renardpaty) September 4, 2026
Une prison où l’évasion commence par le désert
Sur le papier, l’idée est simple. Les murs, les surveillants et les serrures ne suffisent plus toujours à impressionner des réseaux disposant d’argent, de relais et parfois de moyens logistiques considérables. Alors l’État ajoute un gardien supplémentaire : plusieurs milliers de kilomètres de roches, de sable et de chaleur.
Au Tanezrouft, l’évasion n’est pas un tunnel de série américaine. C’est une promenade sans eau, sans ville et sans garantie de revoir un arbre avant la prochaine décennie. Le ministère algérien ne parle évidemment pas de punition climatique. Officiellement, il s’agit de créer un établissement sécurisé, loin des zones urbaines et des réseaux criminels qui peuvent continuer à agir depuis une cellule trop proche de leurs affaires.
La réponse spectaculaire d’Alger au narcotrafic
Le projet intervient alors que les autorités algériennes affichent une ligne plus dure contre les trafics de drogue. Ces réseaux ne se contentent pas de vendre : ils recrutent, corrompent, menacent et s’installent dans les quartiers où l’État laisse trop souvent les familles se débrouiller seules.
La future prison du Sahara possède aussi une évidente dimension politique. Rien ne marque davantage les esprits qu’un baron de la drogue envoyé dans un ancien camp militaire, au milieu d’un désert où le soleil ne demande ni parloir ni autorisation de sortie.
Reste une question moins spectaculaire. Une prison, même perdue au bout du Sahara, ne démantèle pas à elle seule les filières, les comptes, les complicités et les débouchés du trafic. Elle peut neutraliser des chefs. Elle ne remplacera ni les enquêtes financières, ni la coopération judiciaire, ni la lutte contre les fortunes bâties sur la poudre et la misère.
Mais dans un monde où les narcotrafiquants ont souvent plus de confort que leurs victimes, le Tanezrouft offre au moins une promesse : cette fois, le décor ne ressemblera pas à une résidence secondaire.


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