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Acquittée 24 ans plus tard pour la mort de son bébé

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Jennifer Gaskin peut maintenant apprécier pleinement sa liberté, et ce, même si elle est sortie de prison il y a plus de 20 ans. La Cour d'appel de l'Ontario a cassé mardi le verdict de culpabilité prononcé à son endroit pour la mort de son enfant de 12 semaines, Joeseph, en 1999 à Ignace dans le nord-ouest de la province.

Le haut tribunal a acquitté la femme de 51 ans sur la base de nouvelles preuves, en discréditant la thèse du syndrome du bébé secoué, qui était en vogue à l'époque pour expliquer la mort suspecte d'un enfant.

À son arrestation, Jennifer Gaskin était accusée du meurtre non prémédité de son bébé de huit mois pour l'avoir prétendument secoué à trois reprises, en lui causant notamment des blessures à la tête.

Jennifer Gaskin à son arrivée à la Cour d'appel de Toronto, le mardi 29 septembre 2026.

Innocentée, Jennifer Gaskin affirme qu'elle n'a jamais été aussi heureuse et qu'elle compte maintenant renouer avec ses autres enfants qui lui ont été enlevés lorsqu'elle a été accusée du meurtre de Joeseph en 2002.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Elle avait été reconnue coupable d'homicide involontaire au terme de son procès devant jury en 2002. Elle avait ensuite été condamnée à deux ans de prison.

La protection juvénile avait saisi ses deux autres enfants en bas âge après son arrestation pour les placer en foyer d'accueil.

Un quart de siècle de perdu

Depuis qu'elle a été libérée, Jennifer Gaskin vit chez sa mère à Cornwall, où elle travaille comme hôtesse d'accueil dans un restaurant.

Je n'ai jamais été aussi heureuse après avoir été traitée de monstre toute ma vie, déclare-t-elle sur le parvis du tribunal en affirmant qu'on lui a volé plusieurs années de sa vie.

Parfois, les meilleures choses arrivent à la fin, mais je ne pouvais demander mieux, ajoute-t-elle toutefois avec philosophie au sujet du temps qu'il aura fallu pour la blanchir de tout blâme.

Jennifer Gaskin brandit un t-shirt offert par un sympathisant de l'Innocence Project, devant la Cour d'appel de Toronto, le mardi 29 septembre 2026.

Jennifer Gaskin rappelle qu'elle n'a pas eu la vie facile en prison, où elle a été battue par des codétenues qui la traitaient comme une meurtrière d'enfant.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Elle se dit très reconnaissante de la décision de la Cour d'appel. La justice a gâché ma vie, mais cette fois, elle a fait les choses correctement, mentionne-t-elle en remerciant ses avocats.

Jennifer Gaskin ajoute qu'il lui a été difficile de faire confiance aux autres ou de se confier à d'autres à cause des préjugés à son endroit.

J'ai tout perdu… Outre Joeseph, j'ai perdu mes deux autres enfants et je ne peux plus rattraper le temps perdu, poursuit-elle.

Elle explique par exemple qu'elle a vu sa fille pour la première fois et en personne seulement hier soir.

Jennifer Gaskin (à droite) quitte la Cour d'appel de l'Ontario tout sourire en compagnie de sa mère, Barbara Levesque, le mardi 29 septembre 2026.

Jennifer Gaskin (à droite) quitte la Cour d'appel de l'Ontario en compagnie de sa mère, Barbara Levesque, qui a toujours cru en innocence de sa fille.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

J'espère que toute cette histoire me permettra, petit à petit, de renouer des liens avec mes enfants, précise-t-elle avec sa mère à ses côtés.

Barbara Lévesque affirme qu'elle a toujours su que sa fille était innocente, parce qu'elle n'aurait jamais fait de mal à une poupée.

Même le juge qui a lu la décision n'a pu retenir ses émotions, c'était très émouvant, explique Mme Lévesque.

Jennifer Gaskin rappelle qu'elle n'a pas eu la vie facile en prison, où elle a été battue par des codétenues qui la traitaient comme une meurtrière d'enfant.

Ma vie peut enfin commencer, je me sens maintenant libre, conclut-elle.

Erreur judiciaire regrettable

Dans sa décision, la Cour d'appel accepte les nouvelles preuves scientifiques que la défense de Jennifer Gaskin avait soumises pour blanchir de tout blâme leur cliente.

Trois experts, les Drs David Ramsay, Chris Van Ee et Christopher Milroy, ont revu, il y a 12 ans, les preuves du Dr David Welbourne qui avait autopsié le corps du petit Joeseph en 1999.

Le pathologiste de l'époque avait conclu que le poupon était mort à la suite de blessures à la tête, à la moelle épinière, à un œil et à certaines vertèbres cervicales et dorsales.

Jennifer Gaskin devant la Cour d'appel de Toronto avec son équipe juridique composée de James Lockyer (au centre) et de Jack Gemmell, le mardi 29 septembre 2026.

L'avocat James Lockyer du groupe Innocence Canada (au centre) souligne que la journée est importante pour sa cliente Jennifer Gaskin, mais aussi pour la justice au pays. On le voit en compagnie de son collègue Jack Gemmell.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Dr Welbourne, qui témoignait pour la poursuite au procès, avait conclu que l'enfant était mort après avoir été secoué.

La Couronne affirmait que Jennifer Gaskin avait vigoureusement secoué son bébé, parce qu'elle était frustrée de l'entendre pleurer.

Les experts ont conclu que le pathologiste et son confrère avaient négligé d'autres causes possibles de mort, comme des troubles de la coagulation, un arrêt cardiorespiratoire ou la mort subite du nourrisson.

Le Dr Ramsay avait expliqué qu'il n'existait aucune preuve que l'enfant eût souffert d'un traumatisme au cou ou à l'épine dorsale.

La Cour d'appel de l'Ontario, à Toronto, le 8 avril 2019.

La Cour d'appel de l'Ontario a rendu sa décision séance tenante après avoir entendu la défense de Jennifer Gaskin dans la matinée de mardi. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Colin Perkel

Les nouvelles preuves sont pertinentes et crédibles et elles ont une incidence sur le verdict de culpabilité de Mme Gaskin, écrit la Cour d'appel.

On peut raisonnablement s'attendre à ce que ces éléments aient influé sur l'issue du procès, poursuit-elle.

La Couronne, qui ne s'est pas opposée à la requête des avocats de Jennifer Gaskin, a demandé à ce que le verdict soit annulé et qu'un acquittement soit inscrit à la place.

Mme Gaskin a été victime d'une erreur judiciaire; il convient de noter qu'il est profondément regrettable qu'elle ait été condamnée à tort sur la foi de preuves pathologiques, puisqu'il est aujourd'hui prouvé que celles-ci étaient erronées, conclut la Cour d'appel.

Théorie devenue obsolète

L'avocat James Lockyer, du groupe Innocence Canada, souligne que la journée est importante pour sa cliente, mais aussi pour la justice au pays.

C'est le début de la fin pour le syndrome du bébé secoué pour expliquer la mort d'un enfant… du moins en Ontario, déclare-t-il.

Ce jugement est un pas de géant dans la jurisprudence au Canada et cela devrait aider la cause d'autres personnes qui sont injustement accusées ou qui ont été condamnées à tort à cause d'une telle erreur, dit-il.

Charles Smith devant une commission d'enquête.

Le pathologiste déchu, Dr Charles Smith, témoigne devant la Commission d'enquête Goudge le 28 janvier 2008 à Toronto. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

D'autres acquittements sont donc à prévoir, selon lui dans un futur rapproché.

Ces causes sont toujours très émouvantes parce qu'elles sont tragiques et puis, parfois, ces tragédies se transforment en des moments de joie, mais on ne peut oublier le passé, précise-t-il.

Me Lockyer explique que l'hypothétique syndrome du bébé secoué est une théorie qui a longtemps été défendue par la Couronne dans des procès pour la mort d'un enfant et qui a été mal infirmée par la défense.

Cette théorie n'est jamais valide avec certitude… la Cour d'appel a d'ailleurs utilisé le verbe ''discréditer'' pour qualifier une telle hypothèse, conclut-il.

En Ontario, une enquête sur les erreurs commises par le Dr Charles Smith, l'ex-pathologiste déchu de l'Hôpital pour enfants de Toronto, a mis au jour plus d'une douzaine de cas de décès d'enfants dont les autopsies avaient été entachées par des analyses erronées et préjudiciables.

Une commission avait ensuite été mise sur pied en 2008 pour examiner spécifiquement les décès qui avaient été attribués au syndrome du bébé secoué depuis les années 1980 dans la province.

La Commission Goudge avait passé en revue 129 dossiers pour finalement se concentrer sur 13 causes qui ont abouti à la condamnation de personnes telles que Jennifer Gaskin.

Dans bien des cas, les personnes faussement accusées par le Dr Smith étaient des parents ou des gardiennes provenant de milieux défavorisés.

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