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Inculpé du meurtre non prémédité de Reeyaz Habib, Khoa Tran a nié toutes les accusations de la Couronne, vendredi à son procès, concernant la disparition du cinéaste torontois de 53 ans, dont le corps avait été découvert dans le compacteur à déchets de leur immeuble résidentiel. Sa femme, Quynh Nguyen, est accusée de complicité après les faits et d’outrage à un cadavre.
La Couronne croit que les deux accusés ont tué la victime chez elle dans la nuit du 6 juin 2023 avant de nettoyer l’appartement et de se départir de son corps dans les ordures dans le garage situé au sous-sol.

Selon la police, Reeyaz Habib a été tué le 6 juin 2023 et son corps a été retrouvé emmailloté dans des serviettes et des couvertures deux jours plus tard dans un compacteur à ordures. (Photo d’archives)
Photo : Service de police de Toronto
Le procès a pour l’instant montré que Reeyaz Habib se plaignait souvent de la fumée du barbecue du couple qui vivait sous sa résidence dans un complexe en copropriété de Liberty Village.
Interrogatoire de la défense
Khoa Tran affirme que Reeyaz Habib était un voisin sympathique, qu’ils se sont contactés d’abord par What’s app avant de se rencontrer en 2020.
Je garde de lui de bons souvenirs, il s’assoyait souvent dehors dans les escaliers et complimentait notre patio, dit-il en ajoutant qu’ils prenaient parfois une bière sur le patio du cinéaste sur le toit.
Il admet qu’il aime cuisiner sur son barbecue, mais assure qu’il fonctionne au charbon et non au propane, comme le stipule le règlement du complexe.

L’avocat Liam O’Connor interroge son client, Khoa Tran, sous le regard du juge Kenneth Campbell de la Cour supérieure de l’Ontario. Quynh Nguyen est assise à gauche à côté de son avocat, Tyler Smith.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
L’accusé précise que la fumée n’avait pourtant jamais été un problème pendant trois ans. Notre relation s’est refroidie en 2023, poursuit-il.
Il ajoute qu’il a renversé le verre à whisky du cinéaste un jour alors qu’il était assis dans les marches quand il est sorti faire des courses.
Je lui ai présenté des excuses pour le verre brisé et je lui en ai acheté un autre, mais il a refusé la charité, se souvient-il.
Il mentionne qu’il a senti que son voisin éprouvait toujours du ressentiment. Il affirme qu’il lui a alors acheté un ensemble à whisky, mais que le cinéaste a refusé son cadeau.

Khoa Tran, 36 ans, est accusé du meurtre non prémédité du cinéaste torontois Reeyaz Habib.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Il m’a demandé de changer mon barbecue de place, il était en colère et il a claqué la porte, dit-il en précisant qu’il avait bougé son barbecue, mais pas à l’endroit où il s’était fait dire de le mettre.
L’accusé, d’origine vietnamienne, précise que le cinéaste est venu le voir quelques jours plus tard et qu’ils ont été faire une marche, parce qu’il voyait que son barbecue ne pouvait pas être la seule source de leur mésentente.
Il m’a demandé si nous mangions du chien pour que cela sente si mauvais, je pensais qu’il plaisantait jusqu’à ce qu’il se mette en colère, mentionne-t-il.
Khoa Tran souligne qu’il a suggéré à son voisin de cesser de cuisinier dehors, mais qu’il lui a dit que ce ne serait pas nécessaire.

L’avocat Liam O’Connor a souvent dit à son client de prendre son temps pour répondre à ses questions, parce qu’il parlait trop vite.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Il m’a dit qu’il n’avait pas claqué la porte au nez, mais que c’était à cause du vent… je pensais que nous avions alors résolu notre problème, déclare-t-il.
Le procès a aussi démontré que l’accusé avait commencé par lui envoyer des textos pour le prévenir qu’il allait allumer son barbecue et qu’il devait fermer ses fenêtres.
Il affirme maintenant qu’il a cessé d’utiliser son barbecue après cette marche dans le quartier.
Khoa Tran affirme qu’il était heureux d’apprendre le 1er juin 2023 que Reeyaz Habib l’invite chez lui pour un café.
Il m’a dit que ça sentait toujours la fumée et qu’il devait se doucher trois fois par jour pour se débarrasser de l’odeur de barbecue, se rappelle-t-il en disant que son voisin était devenu colérique.

L’avocat Tyler Smkith ne décidera d’appeler ou non sa cliente Quynh Nguyen à la barre des témoins qu’à la fin du témoignage de Khoa Tran.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Khoa Tran ajoute qu’il voyait bien que le cinéaste n’était pas en bonne santé, qu’il était blême et anxieux et qu’il lui a suggéré d’aller voir un médecin.
Il m’a dit qu’il ne voulait pas en voir un et je n’ai pas insisté, la santé est un sujet sensible, surtout après la pandémie, poursuit-il.
L’accusé affirme qu’il a proposé à son voisin de lui montrer ses ingrédients, mais qu’il ne cuisine pas du tout de mets asiatiques.
Il mentionne que le cinéaste lui a ensuite reproché de vivre dans un ménage à trois avec sa cousine et sa femme.
Il me disait que j’étais toujours en train de la draguer, mais je lui ai répondu qu’il avait dépassé les bornes avec ses insinuations, raconte-t-il.

Le juge Kenneth Campbell a souvent regardé l’accusé avec un air d’incompréhension.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Khoa Tran ajoute que Reeyaz Habib l’a accusé de tremper dans le trafic de jeunes filles et qu’il allait me dénoncer à la direction du complexe en disant que mon barbecue était illégal.
Je lui ai dit qu’il était hypocrite, parce qu’il avait lui-même un barbecue, notre engueulade était intense, dit-il.
Il souligne que le réalisateur l’a alors menacé de faire expulser du complexe sa cousine.
Il me disait que je me croyais meilleur que lui, parce que j’ai une femme et je lui ai alors répondu qu’il avait été trop loin, j’ai quitté son logement, déclare-t-il. Reeyaz a crié qu’il n’y aurait jamais la paix entre nous.
L’accusé a conclu son témoignage en disant qu’il avait entendu des cris la nuit du 6 juin et du bruit, comme si quelqu’un tombait dans les escaliers, mais qu’il ne s’en est pas inquiété, parce que le complexe peut parfois être bruyant.
Il avoue toutefois que sa femme et lui ont menti à leur cousine, en lui disant, pour la rassurer, que leur voisin à l’étage était probablement en train de tourner un film.
La cousine en question avait affirmé, au début du procès, qu’elle avait entendu des cris, mais que son cousin n’était pas avec elle et son épouse cette nuit-là.
Contre-interrogatoire de la Couronne
D’entrée de jeu, Khoa Tran a rejeté les propos de la Couronne, qui l’accuse d’être surperformant et brillant au travail en raison de ses études en neuroscience et en informatique.
Vous avez même partagé avec le détective votre expertise en matière d’ADN lors de votre interrogatoire?, ironise la procureure Anna Tenhouse.
Comme il l’avait admis à son avocat, il a répété que c’est bien lui que l’on voit en train de jeter aux ordures la bicyclette de son voisin qu’il avait volée le matin du 8 juin 2023 pour se venger pour sa conduite la dernière fois qu’il l’avait vu.
C’était puéril, je n’aurais pas dû faire cela, reconnaît-il.

La procureure Anna Thenhouse demande à son confrère, Nathaniel Smith, de projeter sur écran un texto de l’accusé à la victime.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Khoa Tran mentionne que ce n’est toutefois pas le sac d’ordinateurs du cinéaste qu’il a jeté ensuite dans le même conteneur à ordures à l’extérieur du complice.
Ce sont des factures pour fins d’impôt, dit-il en rejetant l’idée de la Couronne d’utiliser une déchiqueteuse pour des papiers aussi personnels ou encore d’utiliser le bac à recyclage au sous-sol de son complexe.
Il explique en outre qu’il n’a pas aimé les commentaires de son voisin au sujet de sa cousine, parce que sa culture lui a appris à respecter la dignité des femmes.
Mais je n’étais pas gênée de passer pour un homme qui vit avec deux femmes, assure-t-il.
Il rejette l’idée de la Couronne selon laquelle il a présenté la personne cohabitant avec eux comme une cousine pour contourner le règlement qui stipule que les résidents ne peuvent héberger un locataire.

Khoa Tran est apparu arrogant à l'endroit de la procureure Tenhouse durant son son contre-interrogatoire.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Il précise par ailleurs que les textos qu’il envoyait à son voisin pour l’avertir qu’il allait utiliser son barbecue étaient des messages de politesse.
Il avoue qu’il n’a pas cru bon d’appeler le 911 la nuit où sa maisonnée a entendu des cris. Je travaillais toujours sur un projet et j’ai été voir si ma femme et ma cousine étaient en sécurité dans la chambre, déclare-t-il.
Khoa Tran nie la suggestion de la Couronne selon laquelle il ne s’était pas préoccupé de la sécurité de son voisin, puisque le bruit venait de son appartement et non de l’extérieur.
Il confirme qu’ils ont dit à leur cousine que le voisin à l’étage tournait probablement un film, mais rejette toute idée de complot.

La procureure Anna Tenhouse a spécifié à la cour qu’elle aura besoin de deux jours pour compléter le contre-interrogatoire de l’accusé.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Il souligne que son voisin d’en face, Vince Chin, a dû mal le comprendre lorsqu’il lui a dit au téléphone qu’il avait vu ensemble un homme noir et une femme blanche sur le palier de la porte de la victime la nuit du 6 juin.
Je lui ai dit que je les avais vus, mais pas ensemble, et pas cette nuit-là, mais bien chez Reeyaz dans le passé et je me demandais s’ils pouvaient être soupçonnés de la disparition du cinéaste, dit-il.
La Couronne lui a alors présenté une vidéo provenant d’une caméra ayant capté Khoa Tran en train de marcher dans le complexe en y croisant la voisine qui avait dit à la police qu’elle venait de le voir sortir de chez la victime le matin du 8 juin.

Khoa Tran est accusé de meurtre non prémédité et sa femme, Quynh Nguyen, de complicité après les faits et d’outrage à un cadavre relativement à la mort du cinéaste Reeyaz Habib. (Photo d’archives)
Photo : Facebook
L’accusé assure que l’individu que l’on aperçoit n’est pas lui. On le voit retirer sa casquette et bloquer son visage lorsqu’il passe devant la voisine, lui signale la procureure Tenhouse.
Ce n’est pas moi, insiste-t-il après plusieurs visionnements. La Couronne projette alors une autre vidéo dans laquelle on revoit l’accusé rouler à vélo sur la bicyclette de son voisin.
Vous ne trouvez pas que ces deux individus se ressemblent?, s’interroge la procureure.
Peut-être, mais le premier homme n’est pas moi, l’autre à bicyclette est bien moi en revanche, conclut-il.
Le contre-interrogatoire se poursuivra lundi matin.


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