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Nombreuses sont les raisons qui suscitent l'intérêt pour Soleils Atikamekw, le nouveau film de la cinéaste québécoise Chloé Leriche. Au premier chef, la beauté du film, tendue entre le caractère dramatique de la situation qu'il évoque et l'attention sensible aux humains qui le peuplent et aux paysages où elle se situe.
Sans connaissance particulière du contexte, sans même avoir jamais entendu parler des Atikamekw (ou Attikameks), nation autochtone dont le territoire est inclus dans le Québec, il est clair que le début du film réunit aujourd'hui des membres de cette communauté, qui évoquent la tragédie qui les a frappés quelque cinquante ans plus tôt.
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Le 26 juin 1977, cinq personnes issues de ce peuple ont été retrouvées mortes dans une camionnette, au lendemain d'une nuit passée avec deux jeunes hommes venus de Montréal. À l'opposé des conclusions immédiates du médecin légiste et des policiers, le caractère criminel de leur décès, accompagné de violences sexuelles et d'actes sadiques, a été assez vite établi grâce à l'insistance des familles et des proches pour voir les corps. Aucune véritable enquête policière ou judiciaire n'a suivi, encore moins un procès.
Marcel (Jacques Newashish), inspiré de David-Marcel Ottawa, figure-clé de la communauté qui a insisté pour que le meurtre des cinq Atikamekw ne reste pas volontairement ignoré par les autorités. | Capture d'écran Vues du Québec Distribution via YouTubeSi le ressort central du film est bien l'évocation de ces faits, le crime et l'impossibilité qu'il fasse l'objet du traitement approprié de la part des autorités (et des médias), le déroulement de Soleils Atikamekw prend sa force singulière de ne pas se limiter à la dénonciation du crime et de l'environnement qui rend possible son accomplissement et ses suites.
Cette force cinématographique tient à sa manière de circuler entre trois pôles: les éléments réalistes documentaires, au présent, les éléments réalistes de fiction, au sens d'une reconstitution avec des acteurs des faits de 1977, et des éléments oniriques, visualisations des manières dont ce drame a hanté les survivants, au fil des décennies et jusqu'à aujourd'hui.
Le film se présente en effet comme «inspiré des rêves et souvenirs des proches des victimes de 1977». Revendiquant sa subjectivité et la mise en relation des dimensions factuelles, mentales et émotionnelles, il inscrit un fait divers atroce dans plusieurs contextes. Celui du racisme systémique envers les peuples autochtones, mais également celui des modifications, réelles mais loin d'être suffisantes, que ce phénomène a connues depuis près de cinq décennies. On y observe ainsi les effets individuels et collectifs du traumatisme.
La présence des corps, l'usage de la langue, l'authenticité évidente, assez loin des clichés, des lieux, des vêtements, des objets usuels, matérialisent ce rapport qui se joue simultanément sur plusieurs terrains. La justesse du montage –sa manière d'organiser la circulation entre les temporalités et les régimes d'image– est une autre ressource majeure de la proposition.
Sauterre (Carl-David Ottawa), veuf inconsolable d'une des femmes violées et assassinées, qui cherche dans la relation à la nature et aux animaux un impossible réconfort. | Vues du Québec DistributionSi l'histoire est atikamekw, si tous les interprètes (sauf les quelques personnages blancs) sont des Atikamekw, la cinéaste québécoise n'est, elle, pas issue de cette communauté. Mais Chloé Leriche, qui signe ici son deuxième long-métrage (le premier, Avant les rues, sorti en 2016, était déjà entièrement conçu et réalisé avec les communautés atikamekw), a derrière elle une longue pratique de travail collectif de création cinématographique, qui s'est traduite par un très grand nombre de courts-métrages et d'ateliers de réalisation.
Il importe de regarder avec attention le générique de fin, où figurent les traces du processus d'élaboration du film, avec la participation active des personnes directement impliquées, qu'il s'agisse de survivant·es ou de proches du drame de 1977. Des lectures publiques du scénario ont été faites dans les assemblées de la communauté et des stages de formation ont permis à des jeunes d'être ensuite associés à la réalisation.
Existante mais encore embryonnaire, l'apparition d'un cinéma directement issu des peuples autochtones, entre autres de cette région1 - Mais la problématique des images produites par les peuples autochtones est bien sûr plus vaste. Voir à ce sujet les travaux de Sophie Gergaud, dont ses livres «Cinémas autochtones: des représentations en mouvement» (en codirection avec Thora Herrmann, L'Harmattan, 2019) et «Cinéastes (autochtones), la souveraineté culturelle en action» (Warm Éditions, 2020), ou encore le livre «Film X –Autochthonous Struggles Today», de Nicole Brenez, Jonathan Larcher, Alo Paistik et Skaya Siku (Les Presses du réel, 2024). 1, passe aussi par ces circulations, ces transmissions –dans les deux sens–, ces métissages de formes cinématographiques, où paroles et images, narrations rêvées et témoignages, pièces documentaires et visions se renforcent et se questionnent.
Nombreuses sont les raisons –émotionnelles, artistiques, narratives, politiques– de grandement apprécier Soleils Atikamekw. Mais la raison principale est sans doute que toutes ses dimensions trouvent comment se fondre en un seul mouvement, vibrant et riche de sens au-delà de la dénonciation d'une injustice flagrante, ce qui fait du film de Chloé Leriche une œuvre vivante.

Soleils Atikamekw
De Chloé Leriche
Avec Mirociw Chilton, Wikwasa Newashish-Petiquay, Oshim Ottawa, Jacques Newashish, Carl-David Ottawa
Durée: 1h43
Sortie le 22 juillet 2026





























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