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À Strasbourg, la pièce que veut faire interdire la Chine donne une voix à Taïwan

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Le théâtre du Maillon accueillait jeudi la première de Ceci n’est pas une ambassade (Made in Taïwan). Spectacle dont Pékin avait demandé la déprogrammation.

Et si Taïwan était un pays comme les autres ? À Strasbourg, trois Taïwanais se prennent à rêver qu'ils ouvrent une ambassade en France le temps d'une pièce de théâtre. Un scénario de politique-fiction qui ne plaît pas à Pékin. Le consulat de Chine populaire a demandé la déprogrammation de Ceci n’est pas une ambassade (Made in Taïwan) dans un courrier adressé à la maire de la ville.

Selon ce courrier, la pièce donnée au théâtre municipal du Maillon « pose un problème dans l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France », a rapporté à l’AFP la maire écologiste de Strasbourg, Jeanne Barseghian, qui a rappelé au consulat de Chine que la loi française protégeait « la liberté de création artistique ».

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Une pièce montrée à Taïwan

Chassée de l'ONU en 1971, l'île est privée de représentation diplomatique partout dans le monde, sauf dans une douzaine d'États, dont le Vatican, qui continuent d'entretenir des relations officielles avec elle. La Chine communiste, qui la considère comme une de ses provinces malgré près de 80 ans de séparation, interdit en effet tout contact politique avec des responsables taïwanais.

Contre ce destin, le metteur en scène Stefan Kaegi présentait jeudi soir à Strasbourg sa pièce. La polémique étonne le Suisse, qui a déjà montré sa pièce ces trois dernières années dans une dizaine de pays, y compris à Taïwan, sans provoquer de réaction aussi vive de la part de Pékin.

L'auteur réfute l'idée qu’elle milite en faveur d'une séparation définitive entre Pékin et Taipei. L'œuvre porte sur le conflit entre les générations taïwanaises sur l'avenir de l'île de 23 millions d'habitants et les relations qu'elle doit entretenir avec la puissance chinoise, explique-t-il.

Militante numérique

Sur scène, les trois protagonistes de ce « théâtre documentaire » ne sont pas des comédiens professionnels. D'un côté, David Wu, ancien diplomate de 74 ans, qui continue à espérer qu'un jour Taïwan finira par se rapprocher du continent d'où il est originaire. « Nous ne sommes pas ennemis, nous sommes deux frères qui se sont perdus », explique-t-il à l'AFP.

De l'autre, deux jeunes femmes pour qui l'autoritarisme chinois est un repoussoir face aux libertés dont ont appris à jouir les Taïwanais. L'une d'elles, Chiayo Kuo, 32 ans, se présente comme une militante numérique, qui cherche à donner une visibilité en ligne à Taïwan dans le reste du monde. « Je n'ai pas de haine pour la Chine ni même pour le gouvernement chinois, mais j'en ai peur », explique-t-elle, à l'issue de la représentation, très applaudie par plus de 300 spectateurs au théâtre du Maillon.

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L'autre protagoniste, Debby Szu-Ya Wang, 27 ans, est musicienne, mais aussi l'héritière d'une famille qui a fait fortune dans l'exportation du bubble tea, cette boisson typique de Taïwan, aujourd'hui vendue dans des milliers d'échoppes autour du monde. Moins politique que sa consœur, elle se dit attachée à la liberté artistique et économique.

Un faux Jean-Noël Barrot

En dépit de leurs divergences et des contradictions de la société taïwanaise, tous trois se mettent d'accord pour ouvrir leur ambassade dans la capitale européenne, avec drapeau, hymne et portrait du président. Ils s’amusent à imaginer que le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, assiste dans le public à l'inauguration, sous les traits d'un spectateur.

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Mais tous trois sont conscients du risque: Pékin menace d'engager les hostilités contre Taïwan si l'île, dont le nom officiel reste « République de Chine », devait choisir le chemin d'une indépendance formelle vis-à-vis du continent. « Cela ne vaut pas la peine de se battre pour ça », assure Stefan Kaegi. Témoin : la plaque en cuivre qui porte le nom de l'ambassade est démontée à la fin de la pièce. Celle-ci est jouée à Strasbourg jusqu’au vendredi 7 mars.

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