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En France, l’été a beau être terminé depuis plus d’un mois, la sécheresse sévit toujours dans de nombreux territoires. La situation est critique dans l’Ouest, en Bretagne, dans le pays de Saint-Malo. Il ne pleut pas assez. Conséquence : les jours sont comptés avant que les réserves ne soient épuisées. Chacun est donc appelé à la sobriété pour préserver la ressource en eau. Mais dans un territoire très touristique, point de départ de la célèbre Route du Rhum lancée dimanche 1ᵉʳ novembre, la prise de conscience est encore loin d’être collective.
Le barrage de Beaufort affiche un niveau désespérément bas. Situé à 30 kilomètres de la côte, il est l’un des trois édifices qui alimentent en eau potable 180 000 habitants, répartis sur quarante-deux communes, dont Saint-Malo, la plus grande. « Il manque entre 30 et 40 centimètres d’eau », indique Jean-Francis Richeux, président du syndicat Eau du pays de Saint-Malo. Sous nos yeux, l’incarnation de la sécheresse historique qui frappe l’Ille-et-Vilaine, placée en « crise sécheresse » par la préfecture, comme les trois autres départements bretons.
Les quatre canicules de l’été dernier ont engendré une surconsommation de 25 % certains jours, vidant les réservoirs plus vite qu’à la normale. Et désormais, les pluies automnales se font attendre. Au moment de notre venue, jeudi 29 octobre, le barrage de Beaufort disposait de 40 jours de réserve. Si rien de conséquent ne tombe du ciel d’ici début décembre, la préfète pourrait déclencher le plan Orsec. Celui-ci prévoit un rationnement de l’eau potable et l’arrêt de certaines activités économiques.
Le manque d’eau dans une région réputée pluvieuse et en bord de littoral a de quoi surprendre. Sauf que le pays de Saint-Malo, comme le reste de la Bretagne, ne peut pas compter sur les nappes phréatiques pour garantir l’approvisionnement en eau potable. Dans cette région de schiste et de granite, elles sont quasiment inexistantes. Ici, 75 % de l’or bleu est puisé dans les eaux de surface, les rivières ou les barrages, dont les niveaux dépendent des pluies.
L’histoire se répète dans ce secteur déjà durement éprouvé par la sécheresse de 2022. Le phénomène se manifeste de plus en plus fréquemment, constate Jean-Francis Richeux : « À l’époque, nous avions une période de sécheresse tous les dix à quinze ans. Désormais, c’est tous les quatre ans et ça s’accélère encore. Le risque, c’est d’avoir deux années sèches consécutives qui ne nous permettent pas de remplir nos bassins pour l’été suivant. »
Pour éviter le scénario catastrophe, le syndicat Eau du pays de Saint-Malo sensibilise les usagers depuis plusieurs semaines déjà. « Nous demandons aux personnes d’avoir une utilisation consciente et d’utiliser l’eau pour manger, cuisiner, se laver, et c’est tout. » Autrement dit, privilégier l’eau vitale à l’eau de confort. L’organisme public teste aussi, dans certains lotissements, des méthodes de réduction du débit aux robinets des particuliers et un système pour dépolluer les eaux usées. Celles-ci pourraient ainsi être réinjectées dans les barrages au lieu d’être déversées dans la mer.
Marie Déglepierre, habitante de Saint-Malo, applique à la lettre les mesures de sobriété demandées par le syndicat et la préfecture : 40 litres d’eau par personne et par jour maximum. « Quand on prend notre douche, on récupère l’eau froide le temps d’arriver à l’eau chaude ; certains ont des récupérateurs dans le jardin », liste-t-elle en bonne élève. Sur la vitre de la salle de bains, elle a installé un petit sablier : « On l’actionne et, lorsqu’il arrive à son terme, la douche est terminée. » Des gestes de sobriété désormais bien intégrés : « Ce n’est pas la première fois qu’on se retrouve dans cette situation. On sait que l’eau est rare ici et qu’il faut la préserver. » Le syndicat Eau de Saint-Malo note une diminution de 8 % de l’usage de l’eau ces derniers jours, signe que la sensibilisation porte ses fruits.
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Des efforts à partager
Cela reste toutefois insuffisant. D’autant plus que l’effort n’est pas partagé, dénoncent plusieurs habitants de Saint-Malo, comme Jean-Luc Villette. Dans son viseur, la construction, depuis la fin de l’été, d’un nouveau parc hôtelier de luxe au bord de la falaise, à la place d’un ancien camping municipal. Il pourrait accueillir plusieurs milliers de curistes tous les ans. « Il y aura un hôtel de luxe avec une partie thalassothérapie et, de l’autre côté, un hôtel quatre étoiles avec piscines », déroule-t-il.
Un chantier auquel il a tenté de s’opposer en justice, jusqu’au Conseil d’État, avec l’association de riverains Autour des Nielles qu’il a cofondée. En vain. « On ne peut pas demander aux habitants de faire des efforts et permettre à des projets comme celui-ci de voir le jour », déplore Jean-Luc Villette, qui dénonce un « deux poids, deux mesures » et un projet « antinomique » avec les préconisations formulées par les experts du climat.
Au cœur des critiques, il y a aussi la Route du Rhum, célèbre course à la voile transatlantique, dont le départ a été donné de Saint-Malo, dimanche 1ᵉʳ novembre. Le village-départ, où ont stationné les 115 bateaux engagés dans l’épreuve, a attiré plusieurs centaines de milliers de visiteurs sur treize jours.
Si le maire de Saint-Malo, Gilles Lurton, n’était pas disponible au moment de notre venue, l’organisation, elle, nous a répondu par mail, à défaut d’accepter nos demandes d’interview. Elle affirme avoir tenu compte de la nécessité de préserver l’eau en menant « une campagne de sensibilisation auprès des visiteurs » et en informant les exposants, les restaurateurs et les skippers, « notamment concernant le nettoyage des bateaux ».
Des mesures insuffisantes aux yeux de Brigitte Flahault, membre du groupe local des Écologistes du Pays de Saint-Malo, qui demande des mesures d’adaptation dans pareille situation à l’avenir : « On pourrait envisager de limiter le nombre de personnes en fonction de la ressource en eau disponible. »
Son collègue Marco Buzzoni, co-secrétaire du groupe local, en appelle aux décideurs publics : « La question est de savoir comment ce territoire peut continuer à être une terre d’accueil d’ici dix ans. La seule manière d’y répondre est de placer le thème de l’eau au centre de toutes les décisions publiques. » Concilier changement climatique et développement économique est l’enjeu des années à venir. Et ce, alors que le tourisme représente encore 10 % des emplois de Saint-Malo, selon l’Insee.
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