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À Manawan, la crise dépasse la seule question du logement

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« Avec tout ce qui se passe à la maison, avec le nombre de personnes qu’on est pour trois chambres, ça nous amène à des situations de stress, de conflits. C’est comme un inconfort pour nous. »

Bibiane Quitich est au nombre des quelque 3000 résidents de la communauté atikamekw de Manawan qui vivent les conséquences de la vétusté du parc immobilier autochtone au Québec. Elle habite un logement de trois chambres avec trois autres adultes et un enfant — en plus de son fils et sa copine, qui y résident de temps à autre. Le sous-sol est infesté de moisissures. Par conséquent, Santé Canada a classé son logement « à démolir ».

À l’instar d’autres membres de la communauté, elle s’est rendue à Montréal mercredi pour témoigner de l’urgence d’agir face à la crise du logement qui sévit chez elle. Manawan n’est toutefois pas un cas isolé. Dans un rapport dévoilé mercredi dont Le Devoir faisait état dans ses pages, Amnistie internationale nommait les conditions de surpeuplement et d’insalubrité qui règnent dans le parc immobilier autochtone.

Scolarisation déficiente, conflits, détresse psychologique : les multiples conséquences de la crise du logement ne pourront être résolues sans d’importants investissements, ont affirmé mercredi en point de presse Amnistie internationale et des représentants autochtones.

La famille de Nelson Quitich, un autre participant au rassemblement, vit quant à elle à 15 personnes dans une maison. « J’ai quatre filles qui habitent avec nous autres, et quatre petits-enfants », laisse-t-il savoir, accompagné de sa femme Ghislaine Flamand, sa fille Shannon, ainsi que sa petite-fille Maiwen.

À Manawan, on compte à peine 405 logements pour héberger 3100 personnes, soit une moyenne de 7,8 personnes par logement.

Conflits et difficultés scolaires

« C’est difficile pour moi, d’autant plus que mes enfants sont déjà adultes. Ils n’ont pas d’endroit où rester. Ils n’ont pas d’emploi. Ils ont décroché l’école à cause de la situation qu’on vit actuellement », explique Bibiane Quitich. Avant de s’installer pour de bon dans cette maison, elle passait d’une maison à l’autre avec ses enfants, faute d’un endroit prêt à les accueillir à long terme.

À ses yeux, cette situation est l’une des raisons expliquant pourquoi ses enfants n’ont pas terminé leur parcours scolaire. « Ça devient tannant de devoir se déplacer d’une maison à l’autre », dit-elle la voix pleine d’émotion.

Les conséquences du surpeuplement sur l’éducation des jeunes occupent une place importante dans le rapport d’Amnistie Internationale. On y lit que « plusieurs enfants ne dorment pas suffisamment la nuit ou n’ont pas de matelas ni de lit où dormir, puis dorment en classe ou ne se concentrent pas sur la matière. […] Leurs logements n’offrent pas les aménagements, l’environnement sain et la quiétude nécessaires pour effectuer des travaux scolaires. »

La rareté du logement se traduit aussi dans l’impossibilité pour les jeunes de revenir dans leur communauté après avoir complété leurs études postsecondaires. « C’est très paradoxal, parce qu’on encourage [les jeunes] à aller s’instruire pour qu’ils reviennent contribuer à l’essor de la communauté, mais ils ne peuvent pas revenir, car leur choix, c’est d’aller habiter dans un logement surpeuplé », se désole le chef régional de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Francis Verreault-Paul.

Québec réagit

Bien qu’elle « reconnaisse que les besoins sont grands en matière de logement dans nos communautés », la ministre québécoise des Ressources naturelles et des Forêts, Kateri Champagne Jourdain, a rappelé qu’il « s’agit d’une responsabilité imputable au fédéral et partagée avec les conseils de bande ».

Questionnée à ce sujet dans les couloirs de l’Assemblée nationale, elle a tenu à dresser un bilan des actions du gouvernement québécois pour soutenir le logement des personnes autochtones en milieu urbain. « Il y a plusieurs initiatives qui ont été faites, je pense à Val-d’Or et La Tuque, pour offrir de l’hébergement aux personnes autochtones qui vivent hors communautés. […] Il faut continuer dans ce sens-là, mais effectivement les besoins sont grands », a-t-elle concédé.

Les investissements nécessaires pour remettre à niveau le parc immobilier autochtone sont gigantesques. « Au Québec, on prévoit que ça prendrait un investissement de huit milliards d’ici 2030 pour tenter de rattraper ce sous-financement chronique », a laissé savoir Francis Verreault-Paul.

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