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À Dijon, elle photographie les bébés décédés : "Ce sont de vraies photos de famille"

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Photographe à Dijon, Anaïs Nannini immortalise aussi les bébés décédés. Un engagement bénévole, aussi bouleversant qu'essentiel, pour aider les familles à traverser le deuil.

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À Dijon et en Bourgogne-Franche-Comté, Anaïs Nannini photographie les plus beaux moments de vie mais aussi les plus douleureux.

À Dijon et en Bourgogne-Franche-Comté, Anaïs Nannini photographie les plus beaux moments de vie mais aussi les plus douloureux. (©Emma Ressegaire / actu.fr)

Par Emma Ressegaire Publié le 28 juil. 2026 à 18h16 ; mis à jour le 28 juil. 2026 à 18h17

Photographe de familles, de mariages et de portraits depuis une dizaine d’années, Anaïs Nannini immortalise les plus beaux moments de la vie. Mais depuis sept ans, cette dernière intervient aussi dans les plus douloureux.

Bénévole au sein de l’association Souvenange, la trentenaire photographie des bébés décédés à la naissance ou pendant la grossesse, afin d’offrir aux familles un souvenir précieux de leur enfant. Seule photographe bénévole de l’association en Bourgogne-Franche-Comté, elle se déplace notamment à Dijon, Besançon et dans les autres villes de la région.

« Est-ce que je serai à la hauteur ? »

C’est en découvrant le travail de collègues photographes sur les réseaux sociaux qu’Anaïs Nannini entend parler de l’association. Très vite, une question s’impose. « On y réfléchit à deux fois. On se demande si on se sent capable, si on sera à la hauteur. J’ai un peu réfléchi, mais en même temps, je trouvais que c’était un très beau geste », nous explique-t-elle.

Elle rejoint alors l’association Souvenange comme bénévole. Deux missions sont possibles. La première consiste à intervenir directement à l’hôpital après une interruption médicale de grossesse (IMG) ou une mort fœtale in utero afin de réaliser des photographies du bébé avec sa famille. La seconde est consacrée aux retouches de clichés déjà existants.

« Les parents nous envoient leurs photos et nous les démédicalisons. Le but est qu’ils puissent les regarder, les conserver ou les montrer à leurs proches sans que tout l’environnement médical soit omniprésent », relate-t-elle.

« La première fois, j’ai prévenu tout mon entourage »

Avant sa première intervention, Anaïs Nannini dispose de cinq jours pour se préparer : « J’en ai parlé à mes amis, à mes parents. Je voulais me préparer mentalement et réfléchir à ce que j’allais dire. Quand on n’y a jamais été confronté, on ne sait pas comment se comporter. »

Mais une fois arrivée auprès des familles, ses doutes disparaissent. « Finalement, quand on est face au bébé et face aux parents, cela paraît simple. Je vois ça comme un moment d’adieu. Un moment où ils peuvent se recueillir auprès de leur enfant, sans le côté médical. C’est un moment privé, intime, naturel », déclare la jeune femme avant de poursuivre : « Ce sont de vraies photos de famille. Les parents prennent leur bébé dans leurs bras. Ils apportent un doudou, mettent des dessins autour de lui, prennent des photos avec la fratrie. On est là pour créer un souvenir. »

Avant chaque intervention, elle appelle systématiquement la famille : « On prépare la séance ensemble. Je leur explique comment cela va se passer, je leur demande comment ils souhaitent habiller leur bébé, ce qu’ils veulent apporter. Le jour J, tout est plus fluide. Ensuite, on les laisse vivre leur moment. »

Les séances durent généralement entre 20 et 30 minutes.

« Les photos sont parfois tout ce qu’il leur reste »

Au fil de ses interventions, Anaïs Nannini a été profondément marquée par certaines histoires. Elle se souvient notamment d’une mère qui avait perdu son deuxième enfant d’une maladie génétique, avant de devoir interrompre une nouvelle grossesse après le diagnostic de la même pathologie. « Elle m’avait dit :  »On n’aura pas de photos avec lui comme on en a avec notre deuxième fille. » Ça m’avait bouleversée », se souvient-elle.

Certaines situations restent particulièrement éprouvantes.

« Quand il s’agit d’une interruption médicale de grossesse (IMG), les parents savent que leur enfant n’aurait pas survécu. C’est parfois un peu plus facile à accepter ». En revanche, les morts fœtales survenant juste avant le terme la bouleversent : « J’ai photographié une petite fille née quinze jours avant le terme. Là, c’était un vrai bébé à terme, installé dans son berceau. C’est très perturbant. Ce sont des accidents de la vie, sans explication. »

« C’est normal de pleurer avec les parents »

Face à ces drames, Anaïs Nannini ne cherche pas à cacher son émotion : « C’est normal de pleurer avec les parents. C’est triste. On se projette forcément avec eux. Mais ce n’est pas ma peine, ce n’est pas mon enfant. Je suis là pour eux. »

Étonnamment, cette activité, pourtant confrontée à la mort, ne nourrit pas son angoisse. « J’ai toujours eu peur de la mort, mais là, je vois surtout un bébé entouré de parents qui lui donnent énormément d’amour et qui veulent garder un souvenir de lui », explique-t-elle.

En sept ans de bénévolat, elle a photographié une dizaine d’enfants.

Autour d’elle, les réactions ont parfois été contrastées : « Je me souviens du mari d’une amie qui m’avait dit qu’il ne comprenait pas pourquoi je faisais ça. À l’inverse, beaucoup de proches me disent que c’est un geste fort et très beau. »

Maman d’un petit garçon de deux ans et demi, Anaïs confie que chaque intervention lui rappelle la fragilité de la vie. « Quand je rentre chez moi, je le prends très fort dans mes bras. Ça remet tout à sa place », conclut la jeune femme.

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