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«À contre-mode»: le rapport des jeunes à leurs vêtements

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Souligner la capacité de la jeunesse à poser des questions, une certaine candeur dans le regard. C’est dans cette optique que la documentariste Hélène Lebon, épaulée par Louise Lalonde, s’est intéressée aux enjeux de la mode du point de vue de trois Franco-Prince-Édouardiens de la génération alpha. « Je ne voudrais jamais nier les horreurs du monde, mais en même temps, je trouve que pour être juste, il faut aussi montrer qu’il y a des initiatives positives, parce qu’elles existent », indique la scénariste et réalisatrice d’À contre-mode. Les solutions de rechange à la mode ultrarapide et à la surconsommation sont partout, il suffit d’être attentif et d’avoir l’esprit ouvert.

« On ne voulait pas du tout être dogmatique. […] Comment est-ce qu’on pouvait alors faire graviter les jeunes autour d’un projet constructif ? » se souvient Hélène Lebon. Dans le cadre de son documentaire, celle-ci rencontre Milia, sensible aux enjeux environnementaux de la mode, Joelle, qui s’épanouit à travers le côté créatif et original de l’achat de seconde main, et Lucas, soucieux de l’aspect économique. Le trio a ainsi eu pour mission de concevoir le temps d’une année scolaire sa propre collection à partir de vêtements trouvés dans les friperies de Charlottetown. Des pièces uniques finalement présentées au public à l’occasion d’un défilé.

« Tu peux toujours dire à quelqu’un qu’il peut monter le sommet d’une montagne, mais si tu lui donnes la carte et un sac de ravitaillement, même si c’est à lui de faire le chemin, ça va quand même être plus facile que s’il part de zéro. Et je pense que c’est un peu pareil [avec À contre-mode] », ajoute-t-elle. De fait, ces jeunes, bien accompagnés par l’équipe de production du documentaire et par plusieurs personnalités de l’île, incarnent les réflexions et les actions possibles pour faire face aux défis de la mode aujourd’hui.

« L’usage que l’on fait du temps, c’est quelque chose de très politique et aussi de très précieux », assure Hélène Lebon. Quand Milia, Joelle et Lucas écument les friperies afin de trouver les matériaux de base pour leur collection, et donc de prolonger la vie de vêtements existants, il y a en sous-texte cette notion d’importance et de valeur que l’on donne aux choses. « Je pense que dans une société où beaucoup de choses sont jetables, se rappeler qu’elles sont réparables, tout comme la nature et les humains, c’est quelque chose de très fort », croit-elle.

Une communauté francophone mobilisée

Si la communauté acadienne et francophone de l’Île-du-Prince-Édouard est assez restreinte – à peine plus de 10 % de ses habitants parlent français –, elle n’en demeure pas moins dynamique. « C’est avec cet esprit de famille, un peu intergénérationnel, qu’on a approché les choses. Et il y avait un public, parce que toute la communauté s’est sentie interpellée et s’est mobilisée », confie Hélène Lebon. À l’écran se traduit ainsi cette volonté de changer les choses ensemble et d’encourager l’initiative du documentaire, peu importe que l’on soit francophone ou anglophone. La création à l’échelle locale, portée par la curiosité des trois jeunes, devient un moteur pour toutes et tous. « C’est que dans la richesse de leur français, dans la profondeur de leurs questions, dans la joie de leurs interventions, ils sont en train de créer le fonds des archives francophones et acadiennes de demain. » D’après elle, il ne faut donc pas avoir peur d’aborder en français des défis aussi complexes que ceux de la mode.

« Je pense que pour eux, c’était à la fois une leçon politique, une leçon sociale et une leçon de féminisme qui était encapsulée dans cette collection de vêtements », poursuit la documentariste. Selon Hélène Lebon, l’habit, au-delà des apparences, est un vecteur incontestable de discussion. « Par exemple, quand [Milia, Joelle et Lucas] sont avec Estelle [Lalonde, propriétaire d’une friperie], ils découvrent que l’une des façons de dater un vêtement, c’est de regarder l’étiquette : si c’est juste en anglais, c’est avant la Loi sur les langues officielles. Joelle, à ce moment-là, se demande comment on faisait à l’époque si on ne parlait pas anglais », précise-t-elle. Pour des francophones en situation minoritaire, ça veut dire beaucoup, et À contre-mode agit comme une piqûre de rappel à bien des égards. Il n’y a pas si longtemps, les femmes en pantalon n’étaient pas admises dans les restaurants…

« Parce qu’au final, l’état de la nature et l’état du monde, ça nous concerne tous et toutes. […] Je dis à ces jeunes-là qu’ils sont aussi les porteurs des questions et des solutions qu’on cherche à apporter sur cette île », explique Hélène Lebon. Milia, Joelle et Lucas, malgré leur jeune âge, sont des citoyens à part entière. « Ils sont déjà parties prenantes de la société dans laquelle on vit et ils peuvent déjà avoir un impact », affirme-t-elle. Raison de plus pour écouter ce qu’ils ont à dire dans À contre-mode.

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