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« Je n'imagine pas ma vie sans ça. Il y a des moments où je me dis : "Comment ça se fait qu'on a souffert pendant des années sans ça?" » Nawel Izard l’avoue sans détour : le programme d’alimentation dont profite son fils à l’École Mer-et-montagne, à Campbell River, est devenu essentiel pour sa famille.
Créée en 2022 grâce à un financement provincial par la toute nouvelle directrice Sara Pinsonneault, l’offre a connu plusieurs formules. Désormais, 53 élèves ont accès à des déjeuners, à des collations toute la journée en libre-service et à des repas chauds le midi.
Environ 80 [à] 90 % [des élèves] utilisent le programme; rares sont ceux qui n’utilisent que [leur] boîte à lunch, explique la directrice de l'établissement.

Nawel Izard a constaté des changements chez son fils de 8 ans, en troisième année à l'École Mer-et-montagne, grâce aux repas proposés à l'école. Elle dit que tous les enfants « ont de l'énergie » l'après-midi.
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
Lorsqu’il n’a pas pu comprendre correctement sa famille algérienne lors d’un voyage en France, le fils de Nawel Izard, Reggie, a demandé à quitter l’immersion française pour améliorer son français dans une école du Conseil scolaire francophone (CSF) de la Colombie-Britannique.
Désormais, grâce aux repas de l’école, qu’elle qualifie de petit amour pour les enfants, Nawel Izard a davantage de temps, et l’état émotionnel de son enfant a changé.
C'est vraiment un cadeau d'avoir un enfant qui rentre à la maison. Il est, on va dire, très tranquille par rapport à avant où il rentrait; il était affamé, il pleurait quasiment toujours dans la voiture, c'était toujours une petite crise, et là, on n'a plus ça, ce qui est vraiment [...] un grand cadeau pour nous.
C’est même un luxe, assure l'avocate, qui a elle-même fait sa scolarité au CSF, à Surrey. Désormais, même si son fils peut avoir des difficultés à la récréation ou dans sa journée, le soir, il dit souvent : Le lunch, c'était vraiment bon.

L'assistante administrative Diane Smurthwaite dit que les enfants « adorent tout », mais que la pizza est toujours populaire. Les enfants aiment aussi se resservir en saumon, ce qui rend, dit-elle, leur goût « un peu plus raffiné ».
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
Échelle flexible
Sara Pinsonneault explique que le programme, qui fonctionne sur la base d’une échelle flexible, permet d’améliorer la ponctualité et l'assiduité des élèves.
Les parents peuvent payer, ou non, selon leur capacité. On peut commander des repas en ligne 30 jours à l'avance et les parents peuvent payer soit 0 $, 2,50 $ ou 5 $, qui est le prix coûtant. Donc, le but, ce n'est pas de faire de l'argent; c'est plutôt de s'assurer que tout le monde mange à sa faim, à un prix abordable.

Diane Smurthwaite explique que les enfants ont peu de temps avant leur premier cours, mais que cela est suffisant pour profiter du déjeuner.
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
Khadija Maher, arrivée du Maroc à l’été 2024, profite du programme presque gratuitement, et cela lui apporte une tranquillité d’esprit. Je sais que mes enfants reçoivent des plats équilibrés, dit-elle.
Celle qui est bénévole à l’école, notamment en cuisine, en attendant d’obtenir un permis de travail, reconnaît que sa situation – une seule maman ici avec deux enfants – est un peu difficile.
Le programme des repas ici, à l'école, c'est vraiment un programme qui est très respectueux et inclusif pour les familles.

Khadija Maher et le chef cuisinier René Mailloux. Celui-ci explique que la petite cuisine fonctionne bien pour une cinquantaine d'élèves, mais que, si l'école atteignait sa capacité, il faudrait sûrement deux fours.
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
Ça m'aide beaucoup à l'école
En cuisine, le matin, c’est l’assistante administrative Diane Smurthwaite qui s’affaire à préparer les rôties et d'autres aliments. Elle s’occupe aussi de commander toute la nourriture et de gérer les commandes des parents.
Diane Smurthwaite pointe l’utilité d’avoir de la nourriture en accès libre toute la journée, ce qui fait que les enfants ont tous accès également à la nourriture. Un partenariat avec une entreprise locale autochtone fournit notamment des saumons et des crevettes.
Alors, on ne sait pas la réalité dans leur maison, dans leur foyer, et on est capables d'avoir cet accès universel qui est fantastique pour les familles ainsi que pour les enfants.
Auparavant, dit Diane Smurthwaite, il y avait plus souvent des problèmes d’énergie chez les enfants l'après-midi.

Diane Smurthwaite explique que, lorsqu'elle était présidente de l'Association de parents d'élèves, l'association arrivait à organiser un repas chaud par semaine seulement.
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
Tout en mangeant son roulé au poulet, Joy, 11 ans, explique que le chef René Mailloux, un francophone qui prépare les dîners, est vraiment un bon chef.
Il est très gentil, et la nourriture est toujours très bonne. Ça m'aide beaucoup pendant l'école. [...] Mes parents se réveillent très, très tôt, donc [c’est] vraiment difficile pour eux de faire mes lunchs, et ça aide beaucoup.
Le programme, indique-t-elle, a amélioré la socialisation dans l’école. [Avant,] c'était plus isolé, parce que tout le monde mangeait dans ses classes, mais maintenant, tout le monde peut être avec ses amis de cinquième année, huitième année, première année.

Joy, 11 ans, trouve les repas de l'École Mer-et-montagne « vraiment bons ». Selon elle, c'est un programme qui « devrait être partout, pas juste dans notre école, mais partout dans le monde ».
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
Au sein du CSF, Sara Pinsonneault coordonne Nourrir la relève auprès des autres écoles, et elle explique que deux éléments sont des enjeux : les ressources humaines et les structures.
Quand on parle de la nouvelle école qui va se construire à [Pemberton], on prévoit une grande cuisine commerciale, mais pour toutes les structures préalables qui n'ont pas nécessairement de cuisine, c'est le grand défi. [...] Comment nourrir des élèves sans cuisine?

Sara Pinsonneault, directrice de l'École Mer-et-montagne, a un rêve, « que toutes les écoles puissent avoir des repas chauds pour que tous les élèves mangent, et sans stigmas ».
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
L’engagement de Sara Pinsonneault dans ce dossier remonte à son enfance.
Quand j'étais petite, je partageais ma boîte à lunch, et je trouvais ça injuste que moi, j'aie des beaux lunchs, et les autres n'en aient pas. Alors, je me suis dit : "Mais quelle chance que de pouvoir faire différemment maintenant en Colombie-Britannique!"
L'été, quand l'école est fermée, les familles qui ont normalement des repas à 0 $ se voient offrir des cartes-cadeaux pour l'épicerie, raconte Sara Pinsonneault. L'insécurité alimentaire n'est pas nécessairement visible, dit-elle, et dure tout au long de l'année.


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