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Le capitalisme hallucinogène
par George Tsakraklides
À l’instar de toute victime de toxicomanie ayant touché le fond, la civilisation humaine est désormais totalement aveugle à la souffrance qu’elle s’auto-inflige. Pour chaque personne accro, arrive un moment où la dépendance prend le dessus pour supplanter celui qu’elle a contaminé : il n’est plus qu’un simple réceptacle, tandis que le poison mute en parasite interne utilisant sa victime comme un vaisseau zombie.
Le parasite ultime auquel les humains ont succombé n’a jamais été l’héroïne ni la dopamine, mais quelque chose de bien plus puissant : le capitalisme avec tous ses mythes addictifs, ses hallucinations et ces sédatifs pervers qu’il injecte quotidiennement en plein cœur des sources où nous puisons tous. Le capitalisme est un cocktail anesthésiant composé de drogues de classe A : les produits de consommation euphorisants anesthésient la détresse du mal-être, les réseaux sociaux dopaminogènes font passer la solitude d’une épidémie pour «l’humeur du moment», les rémunérations sédatives masquent le trauma du burn-out, tandis que les journaux télévisés du matin aux effets psychotropes, sponsorisés, appliquent un vernis rose sur à peu près tout : de la guerre au génocide en passant par la crise climatique. Il suffit de boire «cool-aid» et ne pas poser de questions.
Toutes les alternatives biologiques et naturelles aux hallucinogènes capitalistes ont depuis longtemps été mises au placard, délibérément jetées aux toilettes comme un sachet de coke, tandis que le profit frappe à notre porte pour voir si nous avons l’étoffe de tueurs à gages de la nature. Nous sommes toujours accro, et avons jeté notre cerveau à la poubelle.
Les divertissements de l’humanité amplifient efficacement les mythes : les produits créent une illusion d’abondance, les technologies s’affichent en sauveurs clés en main plutôt qu’en solutions pour une société consciente, et la télévision nous fournit des millions de fins heureuses alors que l’humanité est sur le point de s’autodétruire en se fracassant sur le mur des réalités. Nous sommes sous l’emprise de la drogue la plus puissante du monde : l’aveuglement.
Voilà pourquoi le fait que 4 milliards d’entre nous mourront, selon les estimations, n’a même pas fait la une des journaux. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une histoire du genre «Guillot criait au loup». L’information a été délibérément ignorée, même si, au fond, tout le monde sait que la moitié d’entre nous va disparaître. Il semble que nous soyons face à un problème bien plus grave : cette complaisance face à notre propre autodestruction rappelle celle d’un toxicomane face à sa propre mort. Nous sommes 8 milliards de drogués attendant la mort.
Une nouvelle dose réglera sûrement le problème : une injection intraveineuse plus puissante, de nouveaux épisodes sur Netflix, et ces mythes abrutissants que nous ne cessons de ressasser, d’embellir et d’amplifier depuis des milliers d’années. Les mythes de l’humanité sont les drogues de classe A les plus addictives qui soient. Une fois qu’on y a touché, il n’y a plus de retour en arrière possible. Ceux qui échappent à cette dépendance ne sont pas plus chanceux : ils restent sobres au milieu du carnage, tandis qu’ils voient leurs proches perdre la vie — d’abord dans leur esprit, puis dans leur chair.
source : George Tsakraklides via Spirit of Free Speech


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