En septembre 1983, Atari fait disparaître dans le désert du Nouveau-Mexique des dizaines de milliers de cartouches invendues, dont le tristement célèbre E.T. l’extra-terrestre. Trente et un ans plus tard, des pelleteuses ressortent du sable d’Alamogordo bien plus qu’une simple légende de krach vidéoludique : 1 300 cartouches, une poignée de dollars, et un pan entier d’histoire du jeu vidéo.
À retenir
- En septembre 1983, Atari a enfoui environ 728 000 cartouches invendues, dont le célèbre E.T., dans la décharge municipale d'Alamogordo au Nouveau-Mexique.
- Le 26 avril 2014, une fouille publique organisée pour le documentaire Atari : Game Over a permis de remonter environ 1 300 cartouches en trois heures, confirmant la légende.
- Mises aux enchères par la ville, les cartouches ont rapporté près de 108 000 dollars sur eBay, un exemplaire d'E.T. atteignant 1 537 dollars et un autre rejoignant les collections du Smithsonian.
Une légende urbaine enterrée dans le désert du Nouveau-Mexique
Tout commence en septembre 1983, quand l’Alamogordo Daily News rapporte un ballet inhabituel de camions. Entre dix et vingt semi-remorques chargés de boîtes, de cartouches et de consoles Atari, en provenance d’un entrepôt d’El Paso au Texas, sont broyés puis enfouis dans la décharge municipale. L’opération se fait discrètement, loin des projecteurs.
À l’époque, Bruce Entin, l’un des dirigeants d’Atari, affirme que le matériel est surtout défectueux et retourné. Il affirme que l’entreprise se débarrasse surtout de matériel cassé ou retourné par les clients, largement inutilisable. Une version qui tiendra lieu de vérité officielle pendant des décennies, tout en laissant planer le doute dans l’esprit des passionnés.
Avec le temps, la rumeur enfle jusqu’à évoquer plusieurs millions de cartouches sacrifiées, en grande partie à cause de l’échec cuisant du jeu E.T., développé en quelques semaines seulement pour surfer sur le succès du film de Steven Spielberg. James Heller, ancien responsable d’Atari qui a lui-même ordonné le coulage d’une chape de béton sur le site, a par la suite ramené cette estimation à un chiffre plus raisonnable : 728 000 cartouches. Loin des millions fantasmés, mais suffisant pour nourrir une véritable légende urbaine du jeu vidéo.
Le jour où 1 300 cartouches ressurgissent du sable
Il faut attendre le 26 avril 2014 pour que cette histoire sorte enfin de terre, au sens propre. Une équipe de tournage, derrière le documentaire Atari : Game Over financé par Xbox Entertainment Studios, organise une excavation publique du site. L’événement attire curieux, journalistes et nostalgiques venus assister en direct à la résurrection d’un mythe.
La fouille ne dure finalement qu’environ trois heures. La municipalité d’Alamogordo n’a autorisé qu’une seule journée de creusement, avec fermeture impérative du site dès le lendemain. Les engins descendent plus profondément que prévu, jusqu’à 30 pieds au lieu des 18 initialement envisagés, soit près de neuf mètres sous la surface du désert.
Sur les quelque 700 000 cartouches toujours enfouies, seules 1 300 environ remontent à la surface ce jour-là. Un chiffre dérisoire au regard de la légende, mais suffisant pour confirmer la présence massive d’E.T. Les fouilleurs mettent aussi la main sur plus de soixante autres titres du catalogue Atari 2600, parmi lesquels Asteroids, Missile Command, Warlords, Defender, Star Raiders, Centipede et Super Breakout.
E.T. à 1 537 dollars : quand une relique devient une pépite numismatique
Juridiquement, ces cartouches appartiennent à la ville d’Alamogordo, puisqu’elles proviennent de sa propre décharge municipale. Plutôt que de les archiver, la municipalité choisit de les mettre aux enchères, transformant ce déchet industriel en objet de collection pour les passionnés du monde entier.
- Un premier lot de 100 jeux est proposé à la vente, avec un exemplaire d’E.T. dans sa boîte d’origine parti à 1 537 dollars.
- 881 cartouches vendues sur eBay rapportent ensuite près de 108 000 dollars.
- Les acheteurs viennent de 45 États américains différents et de 14 pays, preuve que la fascination dépasse largement les frontières du Nouveau-Mexique.
Au-delà de la dimension commerciale, l’épisode trouve aussi un prolongement muséal. Une des cartouches E.T. exhumées intègre la collection d’histoire du jeu vidéo du Smithsonian, accompagnée de son numéro de série attribué par la ville d’Alamogordo. Un objet jugé raté par ses créateurs en 1983 devient ainsi, trente ans plus tard, une pièce d’archive nationale.
Cette histoire résume assez bien la mécanique étrange de la nostalgie technologique. Ce qui n’était qu’un fiasco commercial enterré à la hâte dans le sable du désert s’est mué, avec le recul, en véritable morceau de patrimoine. Les cartouches d’Alamogordo rappellent qu’un échec industriel peut toujours renaître sous une autre forme, celle du souvenir collectif et de la curiosité des collectionneurs.
👉 Un petit geste pour Sciencepost ? Suivez-nous sur Google, ajoutez-nous à vos favoris et retrouvez-nous sur Google Actualités pour ne manquer aucune découverte.


1 day_ago
73



























.jpg)






French (CA)