Rien, au départ, ne destinait ce triangle de sable à devenir la station la plus chic de la Côte d’Opale. C’est pourtant un notaire parisien, Alphonse Daloz, qui l’a fait naître en plantant des pins sur des dunes que ni l’élevage ni l’agriculture n’avaient su dompter. Son domaine couvrait 1 600 hectares, dont environ 800 seront boisés avant 1882, l’année où le nom de Paris-Plage apparaît pour la première fois.
À retenir
- Alphonse Daloz achète en 1837 un domaine de dunes de 1 600 hectares entre la Manche et l’estuaire de la Canche.
- Dès 1855, il plante des pins maritimes selon la méthode utilisée dans les Landes de Gascogne.
- Le lotissement Paris-Plage est créé en 1882, et la commune du Touquet est érigée en 1912.
Sommaire
Un triangle de sable acheté à l’État
Au printemps 1837, Alphonse Daloz, notaire à Paris depuis 1827, remporte aux enchères un domaine de dunes que l’État met en vente. Il s’est associé pour l’occasion à un certain M. Alyon. Le terrain, au lieu-dit le Touquet, forme un triangle de sable entre la Manche et l’estuaire de la Canche, et dépend alors de la commune de Cucq, dans le Pas-de-Calais. Avec ses 1 600 hectares, il représente environ 15 % de la superficie de Paris intra-muros, sans un seul immeuble.
Le prix exact fait débat, mais il dépasse 120 000 francs.
Le lieu n’est alors qu’une vaste étendue de dunes livrée aux lapins de garenne. Daloz tente d’abord l’élevage, puis la culture, et aucune des deux ne donne de résultat. Le but initial de l’achat reste lui-même discuté : terrain de chasse pour les uns, exploitation agricole pour les autres. Il faut attendre 1855, soit 18 ans après l’acquisition, pour que le propriétaire change complètement de stratégie.
Avant l’arrivée des pins, le Touquet ne pèse presque rien : un historien local estime à une vingtaine de personnes sa population totale en 1852. C’est moins qu’une classe de collège bien remplie.
La recette des Landes, appliquée aux dunes du Nord
En 1855, Daloz adopte la méthode éprouvée dans les Landes de Gascogne. Les oyats passent en premier, car leurs racines retiennent le sable mobile, puis viennent les semis de pins maritimes. Cette essence est choisie pour sa croissance rapide et parce qu’elle supporte la sécheresse, deux qualités précieuses sur un sol qui ne retient pas l’eau. La technique a fait ses preuves à l’autre bout du pays, sur le littoral atlantique, et le notaire la transpose sur la Manche.
Face aux lapins, il faut parfois replanter 7 ou 8 fois.
Reste à trouver les graines, en quantité. Entre 1852 et 1875, l’État fournit à Daloz 40 035 kg de graines de pin maritime, soit plus de 40 tonnes, à peu près la charge d’un gros camion. Cela représente en moyenne un peu plus de 1,7 tonne par an pendant 23 ans. Peupliers et aulnes viennent ensuite s’ajouter aux pins. Environ 800 hectares de forêt sont plantés jusqu’en 1882, soit la moitié du domaine acheté en 1837.
Le notaire s’enracine, au sens propre. Maire de Cucq de 1855 à 1865, il se fait construire en 1864 un grand chalet baptisé « le château », puisqu’il n’habite alors plus guère à Paris. Cette première villa du Touquet deviendra en 1903 l’Hôtel de la Forêt.
Quand les parties de chasse inventent Paris-Plage
Devenue rapidement giboyeuse, la jeune forêt attire les amis du notaire, que Daloz invite à y chasser. En octobre 1874, le patron de presse Hippolyte de Villemessant y est reçu et qualifie le décor d’« Arcachon du Nord », une comparaison flatteuse pour une station girondine elle aussi bâtie entre océan et pins.
De cette conversation naît l’idée d’un lieu de vacances pour les Parisiens, au cœur de la forêt que Daloz a lui-même plantée. Le passage à l’acte prend pourtant du temps : ce n’est qu’en 1882 que le notaire crée un premier lotissement qu’il baptise « Paris-Plage », le nom proposé par Villemessant. Le plan est dessiné par le géomètre Raymond Lens et couvre la partie du Touquet située aujourd’hui à l’ouest du boulevard Daloz. Deux maisons, La Vigie et l’Avant-Garde, y sont construites dès 1882.
Le premier hôtel, À la Naissance de la Plage, sort de terre la même année, bâti par Joseph Duboc, le charpentier de Daloz. Un an plus tard, Paris-Plage compte déjà une trentaine d’habitants. Daloz ne verra pas la suite : il meurt à Nice le 17 février 1885, à 84 ans.
De hameau de Cucq à commune de plein droit
La loi du 28 mars 1912 érige le hameau en commune, détachée de Cucq.
Entre-temps, le domaine a changé de mains. En 1902, l’homme d’affaires britannique John Whitley le rachète aux héritiers Daloz et fonde, avec le banquier Allen Stoneham, la société Le Touquet Syndicate Limited, qui favorise la création d’infrastructures sportives et hôtelières. L’Hôtel Atlantic est bâti en 1904, année où est inauguré le premier Hôtel Hermitage.
La forêt plantée par Daloz demeure le décor de la station. Ses pins, devenus centenaires, sont sillonnés de pistes cyclables et bordés de villas de charme. Le Touquet-Paris-Plage s’est fait appeler « station des quatre saisons ». Il porte aussi, depuis longtemps, le surnom de « Perle de la Côte d’Opale ».
Une plaque en bronze, posée en 1932 pour le cinquantenaire de la station, rappelle sur le mur de la mairie, à l’angle du boulevard Daloz et de l’avenue des Oyats, que le notaire est le créateur de la forêt depuis 1855. Elle ne mentionne le premier lotissement de Paris-Plage qu’ensuite, pour 1882.
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Sources : letouquet.com | pariszigzag.fr


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