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7 mâts, 25 voiles et 58 000 barils de pétrole dans les cales : en 1907, son naufrage a provoqué l’une des premières marées noires

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Un navire de 145 mètres de long, sept mâts dressés vers le ciel, 25 voiles gonflées par le vent : voilà à quoi ressemblait le plus grand voilier jamais construit aux États-Unis. Pourtant, cette prouesse d’ingénierie maritime allait connaître une fin brutale dans les eaux tumultueuses des îles Scilly. Retour sur l’histoire du Thomas W. Lawson, un géant des mers aussi fascinant que fragile.

À retenir

  • Le Thomas W. Lawson, lancé en 1902, mesurait 145 mètres avec sept mâts de 60 mètres et 25 voiles, mais ne nécessitait que 18 marins grâce à des équipements à vapeur et électriques avancés.
  • Son tirant d'eau de 9 mètres limitait son accès aux ports, le rendant lent et difficile à manœuvrer malgré sa transformation en pétrolier en 1906.
  • Le 13 décembre 1907, le capitaine George Washington Dow refusa l'aide de deux navires avant que la goélette ne sombre dans une tempête près des îles Scilly, ne laissant que deux survivants sur les 18 membres d'équipage.

Un colosse des mers piloté par seulement 18 marins

Un colosse des mers piloté par seulement 18 marins Crédit : © DR

Lancée le 10 juillet 1902, la goélette Thomas W. Lawson impressionnait par ses dimensions. Avec ses 145 mètres de long et ses sept mâts culminant à près de 60 mètres chacun, elle portait 25 voiles pour une surface totale de 4 000 mètres carrés. De quoi donner le vertige rien qu’en l’imaginant voguer sur l’océan.

Son tonnage brut atteignait 5 218 tonneaux, pour une capacité de chargement pouvant grimper jusqu’à 11 000 tonnes. Un chiffre qui aurait logiquement nécessité un équipage conséquent. Pourtant, seuls 18 hommes suffisaient pour la manœuvrer, là où un vapeur de taille comparable aurait réclamé jusqu’à cinquante marins.

Ce tour de force technique s’explique par un équipement particulièrement avancé pour l’époque. Bien que dépourvue de moteur, la goélette embarquait une machine à vapeur dédiée à la direction, des treuils à vapeur, un système électrique et même un réseau téléphonique interne. Autant d’innovations qui allégeaient considérablement la charge de travail des marins.

Un géant trop profond pour la plupart des ports du monde

Si le Thomas W. Lawson impressionnait par sa taille, il souffrait d’un défaut majeur : son tirant d’eau. À pleine charge, celui-ci atteignait 9 mètres, une profondeur que peu de ports pouvaient accueillir à cette époque. Seul Newport News, en Virginie, disposait des infrastructures nécessaires pour le recevoir.

Pour contourner ce problème, les exploitants du navire ont dû réduire sa capacité de chargement à 7 400 tonnes. Un compromis qui lui permettait d’accéder à davantage de ports, mais qui ne résolvait pas tous ses soucis de maniabilité.

Car même allégé, le colosse restait difficile à piloter. Lent et sujet au lacet, il nécessitait un vent fort pour maintenir son cap correctement. Les marins de l’époque ne se privaient d’ailleurs pas de le surnommer la baignoire, ou pire encore, la baleine échouée, tant sa silhouette massive contrastait avec sa lenteur.

Conçu initialement pour transporter du charbon le long de la côte est américaine, le navire a connu une reconversion liée à l’essor du pétrole au début du XXe siècle. Vendue à l’Anglo-American Oil Co, la goélette fut transformée en 1906 au chantier naval Newport News & Drydock pour devenir un pétrolier capable de transporter 60 000 barils, ce qui en faisait l’un des plus imposants de son genre.

La nuit où un capitaine trop confiant a scellé le destin du navire

Le 19 novembre 1907, le Thomas W. Lawson quitte les quais de la raffinerie Marcus Hook, non loin de Philadelphie, direction Londres. À son bord, 58 000 barils de pétrole lampant pour ce qui devait être sa première traversée transatlantique en tant que pétrolier.

Le voyage tourne rapidement au cauchemar. Plusieurs coups de vent successifs détruisent presque tous les canots de sauvetage, à l’exception d’un seul, et endommagent sérieusement la voilure. Malgré ces avaries, le navire parvient tant bien que mal à atteindre la mer Celtique, au nord-ouest des îles Scilly.

Le 13 décembre, la goélette pénètre dans la Manche. C’est là que le capitaine George Washington Dow commet une erreur fatale. Persuadé que son navire peut résister à la tempête, il refuse catégoriquement l’aide de deux navires venus lui proposer leur assistance.

Charlotte Dorrien-Smith, témoin de la scène, se souvient de cet épisode avec des mots qui en disent long sur l’excès de confiance du capitaine : « Le capitaine n’a hissé aucun signal de détresse et a déclaré qu’il ne se sentait pas en danger. Avec son gréement, il aurait pu affronter n’importe quelle tempête sur la côte américaine, mais hélas, pas ici. »

La nuit suivante, le vent se déchaîne et atteint 145 kilomètres par heure, rompant la chaîne d’ancre du navire. Livrée à elle-même au milieu des flots, la goélette finit par s’écraser contre la côte rocheuse près d’Annet, avant de chavirer complètement.

Au petit matin, seule la quille retournée du navire émerge encore près du récif, tandis qu’une épaisse couche de pétrole provenant de la cale recouvre la surface de l’eau. Sur les 18 hommes présents à bord, seuls deux survivront à ce naufrage : le capitaine George W. Dow lui-même et le mécanicien Edward L. Rowe. Les corps des victimes qui purent être repêchés furent inhumés dans une fosse commune au cimetière de St Agnes.

Construit en 1902, le Thomas W. Lawson, goélette à sept mâts longue de 145 mètres, a fait naufrage au large des îles Scilly en 1907, emportant avec lui une partie de l’histoire maritime américaine. Cette tragédie rappelle à quel point la nature reste imprévisible, même face aux prouesses techniques les plus abouties. Le colosse des mers, trop sûr de sa force, n’aura pas résisté à l’orgueil de son propre capitaine.

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Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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