660 noms, et presque personne ne les lit.
Sous la voûte, le regard file vers la tombe du Soldat inconnu ou vers le ciel, rarement vers les colonnes de noms gravées sur les piliers. Elles sont pourtant là, réparties en 40 colonnes sur les quatre piliers. Sur certaines lignes, un trait file sous le nom : celui d’un homme tué au combat.
La plupart de ces hommes sont des généraux de la Ire République (1792-1804) et du Premier Empire (1804-1815). La règle de lecture tient en une ligne : un nom souligné désigne un officier tué au combat. Ces noms occupent les faces intérieures des petites arcades. Plus haut, dans l’attique, 30 boucliers portent les noms des grandes victoires de la Révolution et de l’Empire.
À retenir
- Un nom souligné désigne un officier tué au combat.
- Les 660 noms sont répartis en 40 colonnes sur les quatre piliers.
- Le pilier nord porte 165 noms, soit un quart du total.
- Le trait ne couvre pas tous les cas : certains homonymes prêtent à confusion.
Sommaire
Quatre façades, une carte des guerres
Les noms de généraux ne sont pas seuls : ceux des armées sont gravés aussi, groupés par façade, selon les quatre points cardinaux de l’arc. Au nord, on trouve le nord de la France, le bas Rhin et les Pays-Bas ; à l’est, l’Europe centrale, la Suisse et l’Italie. Le sud rassemble l’Europe méditerranéenne, l’Égypte et le sud de la France, tandis que l’ouest couvre les Pyrénées, l’ouest de la France et des unités notables.
Sur le pilier nord, la liste se lit comme un sommaire de la guerre révolutionnaire : armées du Nord, des Ardennes, de la Moselle, du Rhin, de Sambre-et-Meuse, de Rhin-et-Moselle, de Hollande, de Hanovre. La Hollande et le Hanovre y côtoient les Ardennes, sur une même façade.
Le pilier nord porte 165 noms, soit un quart du total.
Colonne 28 et ses voisines : des morts de 1796 à 1814
Un gros plan s’impose sur la colonne 28, où Pierre Banel, général de brigade, est tué lors de l’attaque du château de Cosseria le 13 avril 1796. Martial Beyrand (l’Arc indique « Bayrand ») tombe à Castiglione le 3 août. Charles-François Charton, lui, est tué à Castellazzo le 12 septembre.
Cinq mois séparent la première mort de la dernière. Banel avait 29 ans, Beyrand 27, Charton 30.
Colonne 18 : Caulaincourt, général de division, tué à la Moskova le 7 septembre 1812.
Il n’est pas seul à tomber ce jour-là. Le 7 septembre 1812 fauche aussi François Auguste Damas (colonne 2), Léonard Jean Aubry Huard de Saint-Aubin, tué par un biscaïen (colonne 9) et Claude Antoine Compère (colonne 38). Les noms soulignés d’une même bataille se retrouvent donc dispersés d’une colonne à l’autre.
La colonne 18 porte aussi le nom de Beaupuy. Michel de Beaupuy, né en 1755 dans une famille noble du Périgord, s’engage à 16 ans comme simple soldat. Nommé général de brigade en 1793, il participe au siège de Mayence, puis part en Vendée avec l’armée de Mayence. Il est tué à la bataille d’Emmendingen.
Colonne 17, on lit Jean Charles Abbatucci, général de brigade, tué lors du siège de Huningue face aux Autrichiens. Il est mort le 2 décembre 1796, à 26 ans. Dans la même colonne figure Jean-Baptiste Cervoni, général de division, tué à Eckmühl le 22 avril 1809.
À Eylau, le 8 février 1807, Louis François Binot (colonne 10) et Nicolas Dahlmann (colonne 20) sont tués le même jour. Dix colonnes séparent leurs noms.
Le plus ancien des noms cités ici est celui de Dampierre, inscrit côté nord. Atteint à la cuisse par un boulet à Raismes le 8 mai 1793, il meurt le lendemain à Valenciennes. Entre ces deux dates, Honoré Vial, général de division, mort à Leipzig le 18 octobre 1813, occupe la colonne 27. Le plus tardif, Jean-Pierre Béchaud, général de brigade, tombe à Orthez le 27 février 1814, et son nom se lit colonne 38.
Ce que le trait ne dit pas
Le trait n’est pourtant pas infaillible : les noms soulignés sont, avec quelques exceptions, ceux des morts au combat. Un site consacré à l’Empire parle, lui, d’individus tués ou mortellement blessés.
L’homonymie complique la lecture. Le nom Boyer est souligné, ce qui désigne Jean Baptiste Nicolas Henry Boyer, mortellement blessé à Freyburg et mort à Leipzig le 30 octobre 1813, et non Joseph Boyer de Rebeval, mort en 1822. Le seul Brun de l’Arc n’est pas souligné : c’est Jean Antoine Brun, mort en 1826, et non Jacques François Brun, tué en Italie en 1805. Pour Dejean, c’est la colonne qui tranche : la moitié haute de la colonne 30 ne compte que des généraux de division, ce qui écarte Jean Antoine Dejean, resté général de brigade.
D’autres noms manquent. Selon Arnauld Divry, auteur d’un ouvrage sur ces inscriptions, six généraux choisis le 6 février 1836 par Saint-Cyr-Nugues, dont Aubert-Dubayet et Escorches de Sainte-Croix (tué au combat), n’ont finalement pas eu leur nom sur l’Arc. Six autres, retenus par la commission avant le choix définitif de 1842, ont été écartés à leur tour.
À l’inverse, des généraux guillotinés comme Luckner, Houchard, Custine ou Biron figurent sur l’Arc, un choix qui, selon Divry, s’adresse aux modérés et aux royalistes. Deux maréchaux devenus rois, Bernadotte et Murat, y ont aussi leur nom.
Le 11 novembre approche, et les regards iront sans doute vers la tombe du Soldat inconnu. Son cercueil a été placé dans la chapelle du premier étage de l’Arc le 10 novembre 1920, puis dans sa sépulture définitive le 28 janvier 1921. La dalle porte l’inscription « Ici repose un soldat français mort pour la patrie 1914-1918 » : un seul homme sans nom, sous une voûte où 660 autres sont nommés.
Sources : api.pageplace.de | aigles-et-lys.fandom.com


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