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37e Nuit des sans-abris : « L’itinérance peut toucher tout le monde »

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La Nuit des sans-abris, qui en est à sa 37e édition cette année, est de retour en ce 16 octobre pour sensibiliser le grand public aux réalités de l’itinérance, un phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur au Québec.

Une centaine d'événements sont organisés un peu partout dans la province, pour lutter contre les préjugés et pour que la population québécoise puisse se rendre compte des conditions difficiles dans lesquelles vivent les sans-abris.

Plusieurs personnes passeront la nuit dehors, en solidarité avec ceux qui n’ont pas de toit, pour éprouver ce que signifie une telle expérience, surtout quand les conditions météorologiques sont mauvaises. Il neigeait aujourd’hui au Saguenay–Lac-Saint-Jean, tandis que du côté de Montréal, il pleuvait des cordes.

Des membres de la communauté innue de Uashat mak Mani-utenam et des résidents de Sept-Îles sont rassemblés autour d'un feu.

Des membres de la communauté innue de Uashat mak Mani-utenam et des résidents de Sept-Îles se sont rassemblés autour d'un feu pour la Nuit des sans-abris.

Photo : Radio-Canada / Lucas Sanniti

Une hausse de 20 %

Chaque édition de la Nuit des sans-abris a un thème et celui de cette année, Rendre visible l’invisible, cherche à attirer l’attention sur les profils variés des personnes en situation d'itinérance.

Il y a des femmes, des familles, des aînés, des personnes autochtones, des jeunes, des personnes à statut précaire, des personnes en situation de handicap, explique Catherine Marcoux, membre du comité organisateur de la Nuit des sans-abris de Montréal.

Et, à leurs côtés, une grande diversité d'organismes qui travaillent chaque jour à défendre leurs droits et à répondre à leurs besoins, ajoute-t-elle en rappelant que cet événement vise aussi à mettre en lumière leur engagement.

Selon le dernier recensement du ministère de la Santé et des Services sociaux, effectué en 2025, plus de 15 000  personnes vivent actuellement dans la rue au Québec, une hausse de 20 % par rapport au relevé précédent, qui date de 2022.

Ces chiffres ne sont pas parfaits, car il s’agit d’une photographie sur une journée, note Eric Edström, chargé des affaires publiques et médiatiques au Réseau solidarité itinérance du Québec.

Eric Edström.

Eric Edström est chargé des affaires publiques et médiatiques pour le RSIQ. Actif depuis 1998, le RSIQ représente plus de 260 organismes à travers 18 concertations régionales en itinérance au Québec. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Par ailleurs, relève-t-il, ils ne tiennent pas compte de l’itinérance cachée, qui désigne les situations dans lesquelles une personne n’a pas de domicile fixe, sans toutefois vivre dans la rue.

Rendre visible l’invisible, c’est aussi de parler de toutes ces personnes qui ne sont pas en campement, qui demeurent à huit dans un 2 et demi. On n'est pas loin de l’itinérance à ce niveau-là.

Personne n’est à l’abri

L'itinérance, met-il aussi en évidence, concerne des personnes qui ont un emploi. L’itinérance commence toujours comme une situation temporaire. On s’est fait rénovicter, on habite dans sa voiture, mais s'il n’y a pas d’alternative, on reste pris dans cette situation-là, fait-il valoir.

On a une vision d’une personne qui a des enjeux de santé mentale ou qui consomme, qui n’a pas nécessairement pris des bonnes décisions, mais 16 % des gens en situation d’itinérance ont encore un travail, souligne encore Eric Edström.

Plusieurs intervenants sociaux font état d'une grande précarité sociale sur leur terrain.

Lucie Tremblay, coordonnatrice au café-jeunesse de Chicoutimi, observe une dégradation collective de la santé mentale, reliée à plein d’enjeux, et pas juste dans la population plus vulnérable.

Il y a une montée de la violence qui est notable. Collectivement, on a peut-être à se poser des questions.

Comme le rappelle Eric Edström, il suffit d’un accident de travail, d’une perte de logement ou d’une séparation pour se retrouver à la rue.

 la rue n'est pas un choix, c'est un échec collectif.

Un rassemblement a eu lieu au square Sir-George-Étienne-Cartier, à Montréal, à l'occasion de la 37e Nuit des sans-abris, qui se déroule chaque année le troisième vendredi d'octobre.

Photo : Radio-Canada / Hugo Métreau

Il y a de plus grands écarts de richesse. Les loyers augmentent et les revenus ne suivent pas. Des gens se rendent compte qu’ils sont à trois quatre mois de salaire de se retrouver dans une situation critique, observe-t-il.

Personne n'est à l'abri de nos jours avec le coût des loyers; il suffit d'une seule "badluck" [malchance] pour se retrouver à risque, confirme Pierre-Olivier Gravel, directeur général adjoint de Point de rue de Trois-Rivières et Nicolet-Yamaska, qui invite à voir l'humain derrière le phénomène.

Les régions rurales sont d’ailleurs en première ligne pour constater l’aggravation du phénomène. Alors que l'itinérance en milieu rural était autrefois surtout invisible et cachée, des campements ont commencé à apparaître ces dernières années.

Cela vient avec des défis particuliers liés au manque de ressources dédiées et d'hébergement en région, constate Pierre-Olivier Gravel.

La prévention aussi importante que l’aide d’urgence

S’il se réjouit que l’itinérance ait été un thème central dans la dernière campagne électorale, Eric Edström souhaite un financement plus stable et prévisible pour les organismes qui aident les sans-abris, peu importe le parti au pouvoir.

Que tant de gens se retrouvent dans la rue est le résultat, selon lui, de mauvaises décisions prises dans les 30, 40 dernières années. Il manque de logements sociaux, on a un système de santé qui ne peut pas servir tout le monde, un revenu minimum qui ne permet pas de se payer un loyer, met-il en évidence.

Pour lui, la prise en charge du problème doit se faire sous l’angle de l’aide d’urgence, mais aussi de la prévention.

C'est sûr qu’il ne faut pas que des gens meurent, mais il faut aussi s’assurer que le moins de personnes possible se retrouvent à la rue, parce que c’est plus facile de les tenir éloignées que de les sortir une fois qu’ils sont rendus dedans.

Il appelle aussi la population à changer de regard sur les campements. Les gens se rassemblent parce que c’est plus facile de survivre en communauté que seul. Chaque fois qu’on démantèle un campement, ils perdent le peu qu’ils ont, et ce, sans qu’aucune solution de rechange ne soit proposée.

Des cols bleus en train de ramasser des affaires dans un campement.

Des cols bleus démantèlent un campement pour itinérants au mois de juin 2026 au coin des rues Notre-Dame et Frontenac, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Construire coûte trop cher? Il y a des solutions. Des conversions, des condos, des immeubles privés qui peuvent être ramenés du côté social ou communautaire, croit-il.

Le PQ promet 1 milliard $

Dans un communiqué publié à l’occasion de la Nuit des sans-abris, le premier ministre désigné, Paul St-Pierre Plamondon, a réaffirmé sa volonté de réduire l’itinérance de moitié en quatre ans.

J’en fais une affaire personnelle. On ne peut pas accepter dans une société aussi riche qu’autant de personnes vivent dans la rue.

Le visage de l’itinérance a changé, a-t-il reconnu en constatant qu’il touche maintenant tout le monde et toutes les régions du Québec. On est devant un problème complexe qui va nécessiter des actions dans plusieurs domaines.

Le Parti québécois promet d’investir 1 milliard de dollars durant son mandat pour lutter contre l’itinérance.

Un montant de 400 millions de dollars sera consacré à du logement adapté et 600 millions, à des programmes sociaux et à de la prévention, est-il précisé.

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