Deux zones d’aménagement en plein cœur du plateau de Saclay affichent des comptes dans le rouge, et personne ne sait vraiment qui va payer la note. Dans un rapport délibéré le 7 novembre 2025, la chambre régionale des comptes d’Île-de-France indique que deux ZAC de l’Établissement public d’aménagement Paris-Saclay sont en déficit et que 36,8 millions d’euros sont à trouver pour les équilibrer. Les zones concernées : Moulon, à cheval sur Gif-sur-Yvette, Orsay et Saint-Aubin, et Corbeville, sur la commune d’Orsay. Deux opérations pourtant présentées depuis des années comme les vitrines du cluster scientifique francilien.
À retenir
- Deux ZAC affichent un trou financier sans précédent : pourquoi le modèle s’effondre
- Des routes remises aux collectivités sans que personne ne connaisse leur vraie valeur
- L’EPA Paris-Saclay endettée de 300 millions d’euros : la Cour des comptes tire la sonnette d’alarme
Sommaire
- Un trou financier que les ventes de terrains ne comblent pas
- Des routes remises sans qu’on connaisse leur prix
- Un établissement déjà sous surveillance de la Cour des comptes
- Quelles suites pour les collectivités concernées ?
Un trou financier que les ventes de terrains ne comblent pas
Le mécanisme est en apparence simple. L’EPA Paris-Saclay achète du foncier, y fait construire des voiries, des réseaux et des espaces publics, puis revend des charges foncières aux promoteurs et bailleurs pour financer l’ensemble. Mais sur Moulon et Corbeville, l’équation ne tient plus : les recettes attendues des cessions ne suffisent pas à couvrir le coût des équipements déjà sortis de terre ou encore à financer. Le déséquilibre n’est pas nouveau. Dès 2020, les documents internes de l’établissement évoquaient déjà des difficultés sur ces deux secteurs : les résultats des opérations locomotives comme les ZAC de l’École polytechnique et de Moulon se stabilisaient, mais restaient insuffisants pour couvrir les déficits des nouvelles opérations de Corbeville et Satory, qui ne généraient pas encore de recettes commerciales. Cinq ans plus tard, le trou s’est creusé au point d’atteindre ces 36,8 millions d’euros, une somme qui ne figure dans aucun plan de financement bouclé à ce jour.
Ce n’est pas un détail comptable perdu dans un tableau Excel. C’est l’équivalent d’un budget municipal entier pour une ville de plusieurs milliers d’habitants, qui manque à l’appel sur deux quartiers censés accueillir logements, commerces et équipements publics dans les prochaines années.
Des routes remises sans qu’on connaisse leur prix
Le second point soulevé par les magistrats financiers est encore plus troublant pour le contribuable local. Une fois les voiries, réseaux et espaces publics achevés, l’EPA les transfère à la Communauté d’agglomération Paris-Saclay, qui devient responsable de leur entretien. Logique : c’est elle qui gère l’espace public au quotidien. Le problème, c’est que ce transfert se fait sans que la valeur comptable de ces équipements soit établie. la collectivité récupère un patrimoine, potentiellement plusieurs dizaines de millions d’euros de voiries et de réseaux, sans en connaître le montant exact ni la charge d’entretien future qu’il représente.
Les magistrats constatent des équipements publics remis à l’agglomération sans que leur valeur soit connue et déplorent une gouvernance partenariale « en partie dévitalisée ». Une formule pudique pour dire que le dialogue entre l’aménageur et la collectivité qui hérite des infrastructures ne fonctionne plus comme il le devrait. Résultat concret pour les habitants de Gif-sur-Yvette, Orsay ou Saint-Aubin : ils paieront demain, via leurs impôts locaux, l’entretien de routes et de réseaux dont personne n’a chiffré la valeur réelle au moment du transfert. Une situation que le maire de Palaiseau, dans un autre contexte lié au même établissement, a résumée sans détour en réclamant de « comprendre où sont passées les sommes destinées à la construction des équipements publics » de son quartier.
Un établissement déjà sous surveillance de la Cour des comptes
Ce rapport local ne tombe pas dans le vide. Il fait écho à un diagnostic beaucoup plus large dressé par la Cour des comptes elle-même. Dans un rapport daté du 30 juillet 2026, la juridiction nationale a alerté sur une grave détérioration financière compromettant l’achèvement de l’opération Paris-Saclay. Les chiffres donnent le vertige : l’établissement affichait un endettement de 300 millions d’euros à la fin de l’année 2024, et un mur de la dette se profile à l’horizon, avec 265 millions d’euros d’emprunts à rembourser entre 2030 et 2034. Face à ces échéances, les rentrées d’argent ne suivent pas : le produit des ventes de l’établissement n’a représenté en moyenne que 33 millions d’euros par an entre 2017 et 2024.
La Cour pointe aussi des choix de gestion qui ont aggravé la situation. Selon elle, les marges de manœuvre de l’établissement ont été réduites par des décisions d’interventions connexes à sa mission principale, fragilisant un peu plus un modèle déjà tendu. Le ralentissement du marché immobilier et les retards accumulés sur les infrastructures de transport, notamment la ligne 18 du Grand Paris Express censée désenclaver le plateau, n’ont rien arrangé. On mesure ainsi que le déficit de 36,8 millions d’euros sur Moulon et Corbeville n’est pas un accident isolé : c’est un symptôme parmi d’autres d’un modèle économique d’aménagement conçu il y a plus de quinze ans et qui peine désormais à s’autofinancer comme prévu à l’origine.
Quelles suites pour les collectivités concernées ?
La chambre régionale des comptes n’a pas vocation à sanctionner, mais à alerter les décideurs publics. Reste à savoir si la Communauté d’agglomération Paris-Saclay obtiendra un inventaire précis des équipements déjà transférés, et si l’État ou la Région Île-de-France, actionnaires de poids dans la gouvernance de l’établissement, accepteront de combler tout ou partie des 36,8 millions manquants. Une consultation publique sur l’avenir des ZAC de Moulon et Corbeville s’est d’ailleurs tenue à l’automne 2025, signe que l’établissement cherche à ajuster ses programmes face à ces contraintes financières. Pour les habitants du plateau, la question dépasse largement la comptabilité : elle touche directement au montant qu’ils devront, ou non, payer demain pour entretenir des routes déjà construites aujourd’hui.
Sources : epa-paris-saclay.fr | aefinfo.fr | mobilites.newstank.fr


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