À quoi sert-il de calculer les décimales d’un nombre qui ne finit jamais ? Pour la plupart d’entre nous, 3,14 suffit largement. Pour la NASA, 37 décimales suffisent à calculer la circonférence de l’Univers à la largeur d’un atome près. Pourtant, une équipe de chercheurs vient de franchir un cap vertigineux : 314 billions de chiffres après la virgule. Un exploit qui tient moins des mathématiques que de la survie informatique.
Une symétrie presque poétique
Le chiffre est aussi symbolique qu’immense : 314 000 000 000 000. En atteignant ce palier en décembre 2025, l’équipe de StorageReview a non seulement récupéré la couronne mondiale, mais elle a aussi rétabli une forme de poésie numérique en alignant le record sur les premiers chiffres de la célèbre constante ($\pi \approx 3,14$).
Pendant 110 jours consécutifs, un seul serveur Dell, équipé de processeurs AMD EPYC et de 40 disques SSD haute capacité, a « mouliné » sans relâche. Contrairement aux records précédents qui utilisaient des flottes entières d’ordinateurs ou le cloud, cet exploit a été réalisé sur une machine unique, prouvant qu’à ce niveau, l’organisation des données compte plus que la force brute.
Le véritable défi : la gestion du déluge de données
Pourquoi s’acharner à calculer autant de chiffres ? À cette échelle, Pi devient le « crash-test » ultime pour le matériel informatique. Le calcul ne sature pas seulement les processeurs ; il génère des masses de données temporaires si vastes que le moindre ralentissement dans la lecture ou l’écriture sur les disques peut faire échouer l’opération.
L’équipe a réussi là où d’autres ont échoué grâce à une architecture ultra-optimisée : les disques de stockage étaient connectés directement aux processeurs. Cela a permis d’éviter les « goulots d’étranglement », ces moments où le processeur attend que les données arrivent, consommant de l’énergie pour rien. En résulte une performance historique non seulement par sa longueur, mais par sa fiabilité : aucune interruption de service en près de quatre mois de calcul intensif.
Crédit : Znerol1986/Wikimedia Commons/CC BY-SA 4.0Une course à l’efficacité plutôt qu’à la puissance
Jusqu’à présent, battre le record de Pi était une guerre de tranchées où celui qui possédait le plus gros cluster de serveurs gagnait. En mai 2025, Linus Media Group avait atteint les 300 billions de décimales, mais au prix d’une consommation électrique gargantuesque.
StorageReview a choisi une autre voie. « Si quelqu’un veut battre le record, nous aimerions qu’il le fasse dans son intégralité : plus de chiffres, mais avec moins de consommation d’énergie », a déclaré Kevin O’Brien, directeur du laboratoire. Ce record est donc un message envoyé à l’industrie : l’informatique de demain ne doit pas seulement être plus puissante, elle doit être plus sobre et plus fiable.
Alors que la « Saison de Pi » bat son plein, la question reste ouverte : combien de temps ce record tiendra-t-il ? Avec l’évolution fulgurante des capacités de stockage, il est probable que nous verrons apparaître les 500 ou même 1 000 billions de décimales d’ici peu. Mais pour l’instant, le trône appartient à l’efficacité pure.


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