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264 m de haut, la tour de « Rencontres du troisième type » n’a jamais surgi du sol : l’érosion l’a dégagée des roches qui l’enfouissaient

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Dans les plaines du Wyoming, une tour de roche grise jaillit du sol sur 265 mètres, visible à des kilomètres à la ronde. Son sommet vibre en permanence, à raison d’une oscillation par seconde, selon une étude récente. Mais ce qui frappe le plus, c’est son origine : ce géant minéral est le cœur solidifié d’un volcan dont l’enveloppe entière a disparu.

À retenir

  • Devils Tower est le cœur solidifié d'un ancien volcan, mis à nu après 5 à 10 millions d'années d'érosion des roches tendres environnantes
  • Un sismomètre installé par des géologues de l'université de l'Utah a révélé que la tour oscille en permanence à raison d'environ une fois par seconde, avec une amplitude de 0,5 micromètre
  • Proclamé premier monument national des États-Unis en 1906 par Theodore Roosevelt, le site est aussi un lieu sacré pour une vingtaine de tribus amérindiennes, qui le nomment Bear Lodge

Un volcan disparu, un cœur toujours debout

Devils Tower n’a jamais été une montagne au sens classique. Ce monolithe cylindrique, composé de phonolite porphyrique, est en réalité une intrusion magmatique solidifiée, vieille d’environ 50 millions d’années, mise au jour par l’érosion. Autrement dit, ce que l’on observe aujourd’hui n’est pas une construction géologique complète, mais un reste, un vestige isolé de ce qui fut jadis bien plus vaste.

Il faut imaginer la scène à l’époque : un volcan actif, avec son cône, ses coulées, ses couches de cendres et de roches tendres tout autour du conduit magmatique. Le magma, en refroidissant lentement dans ce conduit, a formé une roche particulièrement résistante. C’est précisément cette résistance qui a tout changé par la suite.

Car tout le reste, les parois extérieures, les roches sédimentaires environnantes, a fini par céder sous l’effet de l’érosion. Il ne restait alors que le cœur du volcan, cette colonne de roche dure, bien plus difficile à entamer que son enveloppe d’origine. Le résultat, c’est ce monolithe isolé qui domine aujourd’hui les prairies du nord-est du Wyoming, au-dessus de la rivière Belle Fourche.

50 millions d’années d’érosion pour mettre à nu ce géant de pierre

Cinq à dix millions d’années, c’est le temps qu’il a fallu à la nature pour sculpter ce paysage. Patiemment, le vent, la pluie et le gel ont rongé les roches tendres qui enveloppaient le conduit volcanique, millimètre après millimètre, jusqu’à révéler la structure que l’on connaît aujourd’hui. La tour s’élève désormais à 386 mètres au-dessus de la rivière Belle Fourche, et mesure 264 mètres du sommet à sa base, pour un point culminant à 1 558 mètres d’altitude.

Cette érosion différentielle a également façonné l’une des particularités les plus spectaculaires du site : ses colonnes hexagonales. Devils Tower constitue en effet le plus grand exemple au monde de disjonction prismatique, ce phénomène géologique qui donne naissance à ces structures en forme de prismes à six faces, un peu comme si la roche s’était organisée en un gigantesque nid d’abeilles minéral.

Mais la tour n’est pas qu’un vestige figé dans le temps. Une équipe de géologues de l’université de l’Utah, menée par Jeffrey Moore, a récemment installé un sismomètre à son sommet pendant 21 heures, avec deux capteurs identiques placés à la base. Les mesures ont révélé que la structure oscille en permanence à des fréquences de 1,1 et 1,2 Hz, soit environ une oscillation par seconde. L’amplitude de ce balancement, invisible à l’œil nu, n’est que de 0,5 micromètre, produite par le vent et l’énergie sismique ambiante.

La modélisation numérique en 3D réalisée par l’équipe a livré un autre résultat intéressant : le module de Young global de la tour, qui mesure sa rigidité, est environ sept fois inférieur à celui mesuré sur des échantillons de roche intacte. Les innombrables fractures qui traversent la structure lui confèrent une souplesse surprenante, un peu comme un immeuble conçu pour absorber les secousses plutôt que d’y résister frontalement.

Devils Tower, le symbole géologique qui a inspiré Hollywood et les tribus amérindiennes

Le 24 septembre 1906, Theodore Roosevelt proclame Devils Tower premier monument national des États-Unis, en application de l’Antiquities Act voté quelques mois plus tôt. Le site est alors protégé sur un périmètre de 1 347 acres, soit environ 545 hectares, préservant à la fois la tour et les prairies et forêts de pins ponderosa qui l’entourent.

Pour de nombreuses communautés autochtones, ce lieu porte un autre nom : Bear Lodge. Il occupe une place sacrée dans les traditions d’une vingtaine de tribus de la région intermontagneuse. C’est pour respecter cette dimension spirituelle que le parc applique chaque année, depuis 1995, une fermeture volontaire de l’escalade durant le mois de juin. Le surintendant Tim Reid a confirmé que cette mesure avait fortement réduit la fréquentation dès sa première saison, sans jamais devenir une interdiction formelle.

La silhouette si particulière de Devils Tower a également marqué la culture populaire bien au-delà des frontières du Wyoming. Son profil singulier, reconnaissable entre mille, a notamment servi de décor emblématique dans Rencontres du troisième type de Steven Spielberg, ancrant durablement cette formation géologique dans l’imaginaire collectif.

Entre science et symbolique, Devils Tower résume à lui seul la puissance du temps géologique. Ce qui n’était qu’un conduit volcanique enfoui sous des couches de roches tendres est devenu, grâce à des millions d’années d’érosion, l’un des monolithes les plus observés et les plus étudiés d’Amérique du Nord. Un rappel que sous nos pieds, des forces lentes mais inexorables continuent de façonner le paysage, bien après que les volcans eux-mêmes se sont éteints.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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