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19 ans avant les fusées réutilisables de SpaceX, une fusée de 12 mètres atterrissait déjà debout au Nouveau-Mexique : un seul pied l’a perdue

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Une fusée qui se pose debout comme dans les meilleurs films de science-fiction, trois décennies avant que l’idée ne redevienne à la mode grâce à SpaceX : voilà ce que le DC-X accomplissait déjà au début des années 1990. Pourtant, un simple tuyau d’hélium mal raccordé a suffi à transformer ce succès en brasier, et à enterrer tout un programme.

À retenir

  • Le DC-X de McDonnell Douglas a réalisé douze vols réussis entre 1993 et 1996, démontrant qu’une fusée pouvait décoller et atterrir verticalement sur ses pieds.
  • L’accident du 31 juillet 1996 a été causé par une conduite de pressurisation à l’hélium non raccordée, empêchant le déploiement du pied numéro deux et provoquant la chute et l’incendie de l’engin.
  • Faute de budget pour reconstruire l’appareil, le programme a été abandonné, mais l’équipe a été intronisée au International Space Hall of Fame en 2013 pour avoir anticipé les technologies de réutilisation spatiale.

Un atterrissage vertical qui tournait en routine depuis trois ans

Avant que SpaceX ne popularise l’idée des fusées qui reviennent se poser sur Terre, un drôle d’engin en forme de cône effectuait déjà ce genre de prouesse dans le désert du Nouveau-Mexique. Le DC-X, construit par McDonnell Douglas en partenariat avec l’Organisation de l’Initiative de défense stratégique du Pentagone, a volé pour la première fois le 18 août 1993 à White Sands. Cinquante-neuf secondes de vol, quarante-six mètres d’altitude, et surtout un déplacement latéral de 350 pieds avant de se reposer verticalement sur sa queue.

L’exploit paraît presque artisanal avec le recul. Le centre de contrôle de mission tenait dans une simple remorque, où sept personnes suivaient le vol sous la direction de Pete Conrad, l’ancien astronaute d’Apollo. Quatre moteurs Pratt & Whitney RL10A-5, fonctionnant à l’oxygène et à l’hydrogène liquides, propulsaient cet engin mono-étage pensé pour décoller et atterrir comme un avion, sans jamais se séparer d’un quelconque étage.

Entre 1993 et 1996, le programme a enchaîné douze vols : huit sous la bannière McDonnell Douglas, puis quatre autres confiés à la NASA sous l’appellation DC-XA. Cette version allégée embarquait un réservoir d’hydrogène en graphite-époxy et un réservoir d’oxygène en aluminium-lithium fabriqué par le russe Energia, ce qui faisait gagner 620 kilogrammes à vide. Les 7 et 8 juin 1996, l’équipe a même démontré qu’elle pouvait remettre l’engin en vol en seulement vingt-six heures, avant un vol de 142 secondes culminant à 3 140 mètres. Tout semblait indiquer que la fusée réutilisable, décollant et atterrissant plusieurs fois par semaine, n’était plus un fantasme.

Premier vol d'essai du Delta Clipper-Experimental Advanced.Crédit : NASA
Premier vol d’essai du Delta Clipper-Experimental Advanced.

Un tuyau oublié, et la fusée s’effondre en pleine gloire

Le 31 juillet 1996, le DC-XA s’apprête à effectuer son quatrième vol depuis sa remise à niveau. Cent quarante secondes de vol sont prévues, pour une altitude d’environ 1 250 mètres. Rien, sur le papier, ne distingue cette mission des précédentes. L’engin décolle, grimpe, puis entame sa descente contrôlée pour venir se poser sur ses quatre pieds, comme il l’avait fait une douzaine de fois auparavant.

Sauf que cette fois, le pied d’atterrissage numéro deux refuse de se déployer. Privé de son quatrième point d’appui, le véhicule bascule littéralement sur le flanc au moment du contact avec le sol. Le choc provoque l’explosion du réservoir d’oxygène liquide, et l’incendie qui s’ensuit ravage ce qui restait de la structure. En quelques instants, trois années d’essais réussis partent en fumée sous les yeux de l’équipe au sol.

L’enquête qui suit révèle une cause presque dérisoire au regard de ses conséquences : une conduite de pressurisation à l’hélium, censée alimenter le mécanisme de déploiement de ce pied, n’avait tout simplement pas été raccordée. Le 31 juillet 1996 à White Sands, le DC-XA s’est donc posé sur trois pieds au lieu de quatre, faute d’un tuyau oublié lors de la préparation du vol. La fusée a basculé, puis elle a brûlé.

L’incendie qui a mis fin au rêve du décollage quotidien

Gary Payton, qui dirigeait alors le programme Reusable Launch Vehicle, a été catégorique après l’accident : le budget ne permettait pas de reconstruire l’appareil, surnommé Clipper Graham en hommage à un général défenseur du projet. Un seul tuyau non branché venait donc de clore un programme censé ouvrir la voie à des lancements quotidiens, aussi simples et routiniers qu’un vol d’avion de ligne.

Cette fin brutale n’a pourtant pas effacé l’apport du DC-X dans l’histoire spatiale. L’équipe a été intronisée au International Space Hall of Fame le 17 août 2013, reconnaissance tardive mais méritée pour des ingénieurs qui avaient prouvé, bien avant tout le monde, qu’une fusée pouvait décoller et revenir se poser sur ses propres pieds.

Aujourd’hui, quelques vestiges du programme reposent au New Mexico Museum of Space History : un moteur RL10, une jambe d’atterrissage de réserve, ainsi que la structure de poussée de l’engin. Des morceaux de métal qui racontent, mieux que n’importe quel discours, l’histoire d’une idée arrivée trop tôt, mais pas trop tôt pour inspirer les ingénieurs qui allaient, des années plus tard, réussir là où le DC-X avait échoué de justesse.

Avec le recul, l’accident du 31 juillet 1996 ressemble à ces détails absurdes qui changent le cours d’une histoire technologique. Un tuyau d’hélium, quelques centimètres de conduite non raccordée, et c’est tout un programme pionnier qui part en cendres. Mais les principes démontrés par le DC-X, eux, n’ont jamais vraiment disparu : ils ont simplement attendu leur heure, jusqu’à ce que d’autres ingénieurs reprennent le flambeau et fassent, enfin, de l’atterrissage vertical une routine spatiale.

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Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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