2 mètres et environ 500 kg : dans une carrière de Charente, des paléontologues ont dégagé en 2019 un os vieux de 140 millions d’années
Un os de deux mètres de long, pesant jusqu’à 500 kilogrammes selon les sources. Voilà ce que des paléontologues ont extrait d’une carrière de Charente, après plusieurs jours de travail acharné. Un fémur de sauropode, vieux de 140 millions d’années, qui vient allonger la liste des trésors exhumés sur l’un des sites les plus prolifiques d’Europe.
À retenir
- En 2019, un fémur de sauropode vieux de 140 millions d'années, mesurant près de 2 mètres et pesant entre 400 et 500 kg, a été extrait d'une carrière d'Angeac-Charente.
- Fouillé depuis 2010, le gisement d'Angeac-Charente a livré environ 9 000 os de vertébrés et près de 120 000 fragments recensés en août 2025.
- En 2024, Ronan Allain y a identifié une nouvelle espèce de sauropode proche du Camarasaurus, jusque-là connu uniquement aux États-Unis.
Un fémur de 500 kg exhumé après des jours de fouilles acharnées
L’os a été mis au jour sur le site d’Angeac-Charente, près de Châteauneuf-sur-Charente, dans une carrière où l’on extrait habituellement du sable et du gravier. Maxime Lasseron, doctorant au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, a examiné cette pièce exceptionnelle quelques jours seulement après sa découverte, le 24 juillet 2019.
Les chiffres varient légèrement selon les sources consultées. Une dépêche de juillet 2019 évoque un poids de 400 kilogrammes, tandis qu’une fiche du département de la Charente avance plutôt 500 kilos pour ce fémur de près de deux mètres. Dans tous les cas, on parle d’un os massif, à l’échelle d’un animal qui devait dépasser largement les dimensions des plus grands mammifères terrestres actuels.
Dégager une telle pièce n’a rien d’une simple opération de nettoyage. Les équipes doivent travailler avec une extrême minutie, car un fossile aussi ancien reste fragile malgré son volume impressionnant. Chaque centimètre carré de sédiment retiré demande du temps, de la patience, et une bonne dose de rigueur scientifique.
Angeac-Charente, le site qui livre des géants depuis plus d’une décennie
Ce fémur n’est pas une première pour le gisement d’Angeac-Charente, situé entre Angoulême et Cognac. Le site est fouillé depuis 2010, année où un premier fémur de sauropode de 2,2 mètres y avait déjà été mis au jour. L’histoire du gisement remonte en réalité à 2008, lorsque les premiers ossements de dinosaures ont été exposés lors de l’exploitation d’une carrière de sables et graviers.
La découverte avait été rendue publique en octobre 2010, avec la mise au jour d’un autre fémur de sauropode de 230 centimètres, présenté comme le plus grand recensé pour un sauropode européen. Dès l’été suivant, une première campagne de fouilles permettait d’extraire plus de 400 ossements en quelques mois seulement.
Face à l’importance du gisement, le Conseil général de la Charente a décidé d’agir. Il s’est porté acquéreur, en juin 2012, d’une zone de 75 ares dans la carrière, afin d’y mener des fouilles sur le long terme. Une décision qui s’est révélée payante, puisque le site n’a cessé de livrer de nouveaux fossiles depuis.
Selon Ronan Allain, paléontologue au Muséum national d’Histoire naturelle, environ 7 000 pièces et 70 000 fragments avaient été recensés sur une surface de 750 mètres carrés. En août 2025, ce bilan a encore grimpé : l’équipe de fouilles évoque désormais 9 000 os de vertébrés inventoriés et près de 120 000 fragments d’os. Des chiffres qui donnent le vertige et témoignent de la richesse exceptionnelle de ce coin de Charente.
Ce que ce colosse osseux révèle sur la faune disparue il y a 140 millions d’années
Un fémur de cette taille n’est pas qu’une curiosité de musée. Il permet aux paléontologues de reconstituer la morphologie, la posture et même les habitudes de déplacement de l’animal auquel il appartenait. Pour un sauropode, ce genre d’os long constitue souvent la pièce maîtresse pour estimer la taille globale et la masse corporelle.
Les travaux menés sur le site ont également réservé des surprises. En 2024, Ronan Allain a identifié à Angeac une nouvelle espèce de sauropode proche du genre Camarasaurus, dont on ne connaissait auparavant des squelettes complets qu’aux États-Unis. Les chercheurs s’attendaient plutôt à trouver un turiasaure, un groupe déjà trouvé sur le site. Cette découverte bouscule donc certaines certitudes sur la répartition géographique des grands herbivores du Crétacé.
Selon France 3 Nouvelle-Aquitaine, il s’agit même de la première fois, en quinze ans de fouilles, qu’un dinosaure pratiquement complet est trouvé sur place. Un événement rare, tant les squelettes entiers sont difficiles à conserver intacts après 140 millions d’années d’enfouissement et de mouvements géologiques.
Ces fossiles dessinent peu à peu le portrait d’un écosystème disparu, peuplé de géants qui parcouraient ce qui était alors une plaine côtière tropicale. Chaque nouvel os retrouvé affine un peu plus cette image, fragment après fragment.
Angeac-Charente continue donc d’écrire son histoire, fouille après fouille. Avec un tel rythme de découvertes, il paraît probable que le site réserve encore d’autres surprises aux paléontologues dans les années à venir.
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