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C’est une avancée qui pourrait bien réécrire les manuels de médecine. Pour les personnes atteintes de diabète de type 1, le corps se transforme en ennemi, détruisant ses propres cellules productrices d’insuline. Jusqu’à présent, la seule véritable échappatoire consistait à greffer de nouvelles cellules, au prix d’un traitement antirejet lourd, toxique et à prendre à vie. Mais une équipe de scientifiques vient de réaliser l’impensable chez la souris : forcer le corps à accepter cette greffe définitivement, en créant de toutes pièces un système immunitaire « hybride ».
La fin de la politique de la terre brûlée
L’obstacle majeur dans le traitement du diabète de type 1 n’est pas de trouver des cellules pancréatiques (les fameux îlots de Langerhans) pour remplacer celles qui sont mortes, mais d’empêcher le corps du receveur de les attaquer immédiatement. La médecine classique contournait le problème de manière brutale : pour qu’une greffe prenne, il fallait irradier et détruire presque totalement le système immunitaire du patient à coups de chimiothérapie, le laissant à la merci de la moindre infection.
La professeure Judith Shizuru et son équipe de l’université de Stanford ont imaginé une approche beaucoup plus subtile. Plutôt que de raser l’ancienne armée immunitaire, ils ont décidé de la « rééduquer » en introduisant des cellules souches sanguines provenant du même donneur que la greffe pancréatique. L’objectif ? Créer une chimère biologique, un organisme où cohabitent pacifiquement les défenses de l’hôte et celles du donneur.
Un délicat jeu de chaises musicales
Pour réussir cet exploit sans recourir aux méthodes destructrices habituelles, les chercheurs ont mis au point un cocktail inédit : de faibles doses de radiations couplées à des anticorps spécifiques et à un médicament contre l’arthrite (le baricitinib).
Ce traitement très ciblé a permis de faire « un peu de place » dans la moelle osseuse de la souris receveuse, juste assez pour y installer les cellules souches du donneur. Une fois bien implantées, ces nouvelles recrues ont opéré un véritable lavage de cerveau sur les globules blancs de l’hôte. Elles leur ont « appris » à tolérer les nouveaux îlots pancréatiques greffés et ont même purgé l’organisme des cellules rebelles programmées pour attaquer l’insuline.
L’opération s’est révélée être un succès total : au bout d’une douzaine de jours, la chimère immunitaire était stabilisée, permettant aux souris de produire de nouveau leur propre insuline de manière durable, sans aucun médicament antirejet.
L’ultime défi du temps
Si l’enthousiasme est palpable dans la communauté scientifique, la route vers les essais cliniques humains s’annonce encore pavée d’embûches. Le Dr John DiPersio, spécialiste en oncologie, souligne que la transposition à notre espèce sera complexe.
Le premier casse-tête est d’ordre logistique : ce protocole exige de prélever à la fois de la moelle osseuse et des cellules pancréatiques sur un seul et même donneur, une ressource extrêmement rare. Mais le véritable défi sera biologique. Maintenir cet équilibre parfait entre deux systèmes immunitaires croisés s’est avéré possible sur la courte espérance de vie d’une souris. Réussir à stabiliser cette délicate balance chez un être humain pendant plusieurs décennies, sans que les cellules ne finissent par se rejeter mutuellement, sera la clé pour transformer cette prouesse de laboratoire en une véritable guérison universelle.
L’étude a été publiée dans le numéro de janvier du Journal of Clinical Investigation.


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