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Dans plus de 70% des foyers ruraux des pays en développement qui ne sont pas raccordés à un réseau d'eau potable, ce sont les femmes et les filles qui sont chargées d'aller chercher l'eau. Au total, elles y consacrent environ 250 millions d'heures par jour dans le monde, un temps considérable soustrait à l'école, au travail rémunéré ou à la vie sociale, explique le Guardian.
Le dérèglement climatique aggrave cette charge: selon un nouveau rapport onusien, une hausse de 1°C de la température réduit les revenus des ménages dirigés par des femmes de 34% de plus que ceux dirigés par des hommes, tout en augmentant de près d'une heure par semaine le temps de travail des femmes par rapport aux hommes.
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L'ONU appelle les États à corriger ce déséquilibre, qui se traduit de manière très concrète: santé plus fragile, perspectives éducatives dégradées pour les filles et insécurité alimentaire accrue. «Assurer la participation des femmes à la gestion et à la gouvernance de l'eau est un moteur clé du progrès et du développement durable», souligne Khaled El‑Enany, directeur général de l'Unesco, en plaidant pour un effort accru afin de garantir l'accès des femmes et des filles à l'eau potable.
Le dernier World Water Development Report insiste aussi sur un angle mort: les données manquent. Beaucoup de pays et d'institutions ne ventilent toujours pas leurs statistiques par sexe, ce qui masque l'ampleur des inégalités. Les auteurs estiment néanmoins qu'il est déjà clair que les femmes sont nettement désavantagées pour l'accès à l'eau destinée à la consommation, à l'hygiène, à la cuisine, mais aussi à l'irrigation et aux activités agricoles.
L'assainissement insuffisant frappe lui aussi d'abord les femmes. Une étude citée par l'ONU estime qu'environ 10 millions d'adolescentes, dans une quarantaine de pays à faible revenu, ont manqué l'école, le travail ou des activités sociales entre 2016 et 2022 faute de toilettes adaptées. En 2024, plus de 2,1 milliards de personnes n'avaient toujours pas accès à une eau de boisson gérée en toute sécurité, et 3,4 milliards à un assainissement sûr, avec des impacts majeurs sur la dignité, la santé et la sécurité des femmes.
Le socle de la santé
Les inégalités se retrouvent aussi dans la gouvernance de l'eau. Les droits d'usage de l'eau pour l'agriculture sont fréquemment liés à la propriété foncière, un domaine où les femmes restent discriminées dans de nombreux pays, les hommes possédant en moyenne deux fois plus de terres.
Pour Helen Hamilton, responsable des politiques de santé publique chez WaterAid, les conséquences sont dramatiques: des femmes meurent encore en couches faute d'eau, de sanitaires et d'hygiène adéquats dans les structures de soins, tandis que d'autres s'exposent à des violences de genre en parcourant de longues distances pour aller chercher de l'eau.
«Le rapport d'aujourd'hui met à nu une injustice flagrante: ce sont les femmes et les filles qui portent le plus lourd fardeau de la crise mondiale de l'eau», insiste‑t‑elle, rappelant que l'eau potable, des toilettes décentes et une bonne hygiène «ne sont pas des luxes» mais «le socle de la santé, de l'éducation et des opportunités économiques».
Lorsqu'on place les femmes au centre des solutions, les bénéfices se répercutent sur toute la communauté, souligne l'ONG World Vision. Dans le village de Rumate, au Kenya, un puits foré avec la participation active des femmes a mis fin à des marches quotidiennes de plusieurs heures pour l'eau. Les habitantes ont créé des groupes d'épargne, un comité de gestion de l'eau et de petites entreprises, pendant que la santé et la nutrition des enfants s'amélioraient nettement.
«Les normes sociales nuisibles dévalorisent souvent le temps et les efforts que les femmes consacrent à l'eau et les excluent des décisions», rappelle Parvin Ngala, directrice mondiale eau de World Vision, pour qui les conséquences économiques sont «très réelles»: dans ces conditions, les chances des femmes de gagner un revenu deviennent «presque inexistantes».





























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