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À 15 ans, Yol-Eva Joseph Noël ne fait pas que danser : elle entre dans les coulisses du mouvement. Élève de quatrième secondaire au programme de danse de l’école Lucien-Pagé, elle et son groupe font cette année le Parcours des jeunes créateur·rice·s de Danse Danse : quatre spectacles, quatre immersions dans des écritures chorégraphiques différentes. Et, chaque fois, un atelier sur scène à la Place des Arts, avec des artistes qu’elle verra ensuite sous les projecteurs. Dix ans que ce programme cultive chez les jeunes le regard — et le geste — de la danse.

Yol-Eva n’était jamais allée au théâtre avant d’assister avec son groupe à Burn Baby, Burn, de Côté Danse, en novembre, puis à Sol Invictus, en janvier, de Hervé Koubi. C’est ce dernier spectacle qu’elle a préféré, même s’il lui est ardu de choisir.

« Je trouve ça vraiment bien ! » dit-elle, tout sourire. « À part que je ne savais pas qu’on n’avait pas le droit de parler [pendant un spectacle]… »

Le Devoir l’a rencontrée quelques instants avant qu’elle rejoigne son groupe — une trentaine d’élèves, dont un seul garçon — sur la scène, pour bouger avec deux danseurs des Ballets Jazz Montréal, avant d’assister à leur Revue finale.

« J’aime bien voir la danse ainsi, mais j’ai toujours envie d’encourager, poursuit Yol-Eva, de souligner les belles choses que je vois, qui m’impressionnent, en criant “Ouais, t’as bien fait ça !” Mais je m’abstiens. Je sais, maintenant ! » dit-elle en riant.

Yol-Eva préfère quand les billets les placent aux mezzanines. « De plus loin, la danse est plus facile à voir. Tu ressens plus l’émotion. Tu vois plus l’amplitude, les expressions faciales. »

Sinon, elle regarde la danse sur son cellulaire, sur les réseaux, « où tu vois pas trop, c’est un peu flou, un peu en bref. Là, ici, tu peux regarder à droite, à gauche, derrière, ou plus à côté… ».

Le public de demain, aujourd’hui

« Atteindre la jeunesse fait partie de la mission de Danse Danse », explique ensuite Lola Jegu, responsable, éducation, inclusion et programmation jeunesse pour le diffuseur de danse.

« On dit souvent des jeunes qu’ils seront le public de demain. Mais, en fait, il est déjà là, ce public. J’avais 1200 jeunes dans la salle aujourd’hui pour des représentations scolaires. C’est un public super présent, déjà, et des plus généreux. On a besoin de leur regard ; et les artistes ont besoin de ces rencontres avec eux. »

Dans la demi-douzaine de programmes qu’elle gère, le Parcours des jeunes créateur·rice·s est son préféré. Et c’est le plus difficile à défendre — car ses effets sont plus qualitatifs, sur la profondeur de la relation créée avec la danse, que quantitatifs. « On touche 30 jeunes par an, sur 10 ans, ça fait 300… Ça semble peu. Mais c’est très ciblé. »

Seules les écoles avec un indice de défavorisation et un programme en danse sont visées. Lucien-Pagé a été la première, il y a dix ans, à participer, et pour l’anniversaire, Danse Danse y est revenu.

« Je rencontre les groupes au début du Parcours, et je les vois à la fin de la saison. Ce qui change le plus, c’est leur écoute », estime Lola Jegu. « Pas juste l’écoute des spectacles, mais aussi entre eux », précise-t-elle.

Le Parcours leur fait découvrir des artistes d’horizons variés, des styles de danse différents et de nombreux métiers artistiques. « Peut-être qu’un jeune qui ne sait pas où s’orienter va songer à devenir technicien de scène, parce qu’il a fait une visite des coulisses avec nous et qu’il a découvert que c’était génial de travailler » dans cette ombre…

Eva Carruba a participé à la quatrième édition du Parcours, en 2018-2019. Aujourd’hui, elle a 22 ans. Elle est coordonnatrice d’un programme de danse dans un centre communautaire, et y enseigne. Et elle entame sa carrière de danseuse professionnelle. Son rêve ? La comédie musicale !

Ce dont elle se souvient le plus, de son Parcours ? « Les spectacles ! » dit-elle, les yeux pétillants. Elle aimait déjà la danse, se souvient-elle, « mais voir quelqu’un qui est meilleur que nous, qui est excellent, ça donne cette aspiration de vouloir grandir et s’améliorer », croit-elle.

Voir pour aimer

Dominic Antoine est professeur de danse. C’est sa deuxième année à Lucien-Pagé. Il est enchanté par le Parcours. Si Danse Danse estime que le programme demande du travail supplémentaire à l’enseignant, lui le perçoit plutôt comme un bonbon, « mais un bonbon santé ! », qui lui arrive clés en main.

Il aime que ses élèves « aient une sortie pour voir des spectacles professionnels à l’extérieur ». Pour la majorité, croit-il, c’est une première expérience de danse en théâtre, car c’est sur leurs cellulaires qu’ils la fréquentent du regard.

De plus, « ça les met en contact avec le monde de la danse, en dehors de l’école, et ça leur permet de voir jusqu’à quel niveau ça peut aller… ».

M. Antoine aime beaucoup, pour ses jeunes, les ateliers avant spectacle. « Ça valide ce qu’on fait et refait en classe, et ça leur indique que ce qu’ils sont en train de faire peut mener à autre chose… »

Le fait de voir de la danse aide-t-il à aimer cet art ? Yol-Eva et Eva répondent chacune par un grand oui, et « bien sûr ! »

Pour Lola Jegu, c’est aussi le fait de voir différents styles, surtout, et plus qu’un spectacle, qui permet aux jeunes de saisir tout ce que peut être, dire et faire la danse.

La médiatrice espère que le programme va durer, car il est financièrement à risque. Parfois, des fondations donnent un coup de main. Sinon, il est entièrement assumé par Danse Danse.

« L’an prochain, ça aura lieu. Mais la pérennité est fragile. Moi, j’aimerais le décupler ; pouvoir le proposer à deux écoles par an ; et même pouvoir l’offrir sur deux ans, avec huit spectacles, pour offrir aux jeunes une vraie plongée. Ça fait partie des rêves pour ce Parcours. »

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