NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Du 26 au 28 décembre, Vladimir Kornéev, qui a promené son spectacle La vie en Piaf en tournée au Québec cet automne, sera de retour à la Maison symphonique de Montréal pour cinq représentations de Parapapam. Pour celui qui a déjà pris part à trois éditions du spectacle, chaque représentation au Québec porte encore la trace d’un miracle : celui d’un enfant réfugié qui a trouvé, dans la musique, une manière de survivre.
« Je me souviens des tirs au loin, des explosions, des nuits où ma mère lisait des poèmes de Pouchkine sous les draps, une lampe dans une main, une arme dans l’autre, au cas où il faudrait se défendre », raconte le chanteur originaire de Géorgie, en entrevue avec Le Devoir. À la fin des années 1980, alors que l’URSS se délite et que la Géorgie sombre dans la guerre civile, Kornéev grandit dans une peur constante. Très tôt, il se met à bégayer — un handicap qui le suivra jusqu’à l’adolescence.
Quand la musique devient refuge
L’exil devient alors inévitable. Un général de l’armée aide la famille à quitter Tbilissi dans un avion militaire. À l’aéroport, alors que ses parents s’assoupissent de fatigue, Kornéev entend quelques notes au loin, pour la première fois. Dans une salle voisine, un soldat est assis devant un piano. « Ce moment m’a profondément consolé, raconte-t-il aujourd’hui. Quelque chose dans cette musique m’a emporté loin de tout. Quoi qu’il ait fait pour invoquer ce monde-là, moi aussi, je voulais faire ça. Je pense que sans la musique, je n’aurais pas survécu à mon enfance. »
Alors que la famille est arrivée en Allemagne avec presque rien, c’est dans un camp qu’une professeure ukrainienne, réfugiée elle aussi, propose d’enseigner gratuitement le piano à Vladimir pendant un an. Isolé par la langue et par son bégaiement, il se jette sur l’instrument à corps perdu. Quatre, cinq, six heures par jour. « La musique, pour moi, c’était la sécurité et la clarté, raconte le chanteur. Mon monde existait sur 88 touches. Dans ma vie, il n’y avait aucun ordre. Rien que je pouvais considérer comme “normal”, comme ce que d’autres enfants ressentent en grandissant avec une maison, un jardin… Où tout va bien, ajoute-t-il. Au piano, tout était logique, prévisible. »
Mais son bégaiement rend la parole impossible. Lorsqu’il obtient enfin une place en école secondaire, le professeur de musique reconnaît son talent. « Je ne pouvais pas m’exprimer en parlant, mais avec le piano, le chant, je pouvais tout dire. J’étais en prison dans ma propre voix », ajoute-t-il pour décrire ce handicap invisible.
Une carrière qui s’accélère
La libération arrive à 16 ans, presque par accident. Son professeur lui confie le monologue Prométhée, de Goethe, pour un spectacle scolaire. Avant d’entrer en scène, il lui lance : « Sur scène, tu es Prométhée. Et Prométhée ne bégaie pas. » Le texte sort d’un souffle, sans heurt. La salle reste bouche bée.
« J’ai joué avec toute mon âme. Et je n’ai pas bégayé une seule fois. C’était un moment d’une liberté incroyable, se souvient le chanteur, ému. C’est exactement ce sentiment-là que je ressens encore aujourd’hui, chaque fois que je monte sur scène. Tout en moi s’exprime. »
Le bégaiement ne reviendra jamais. Des années plus tard, en thérapie, Kornéev mettra des mots techniques sur cette expérience — « le stress post-traumatique de la guerre » — , mais sur le moment, il comprend surtout que la scène, la voix peuvent lui offrir une autre vie. Ce jour-là, il décide qu’il sera également acteur.
Aujourd’hui installé à Berlin, Vladimir Kornéev enchaîne concerts, tournées, albums, et décroche un rôle dans la série Die Kaiserin (L’Impératrice) sur Netflix, récompensée d’un International Emmy Award. Il débute au Québec en 2022, d’abord avec l’Orchestre symphonique de Longueuil, puis à Parapapam, où il découvre la tradition québécoise du concert de Noël. La première personne qu’il rencontre ici est Ginette Reno, avec qui il enregistre Le bon côté du ciel.
Surtout, il découvre un public québécois qu’il qualifie de « profondément enraciné ». « Je n’ai pas eu l’impression que c’était superficiel. Je pense que les Québécois ont quelque chose de très authentique. Ils sont reliés à leurs racines. » Cela compte, pour un artiste qui a longtemps eu l’impression de n’appartenir à aucun endroit.
Venir d’ici, venir d’ailleurs
« Quand je retourne en Géorgie, je ne parle pas la langue. En Russie, je parle russe, mais je n’y ai pas grandi. En Allemagne, j’ai reçu énormément, mais ce n’est pas tout à fait ma culture non plus. »
Au Québec, curieusement, quelque chose semble familier : la chaleur des gens, le drapeau à la croix et aux fleurs de lys, qui lui rappelle celui de la Géorgie, et maintenant la langue française, qu’il apprend pour pouvoir parler au public autrement que par des textes appris par cœur.
« Pendant longtemps, j’ai vécu le fait de n’appartenir à aucun endroit comme quelque chose de négatif. Maintenant, j’essaie de le transformer en appartenance à l’art », explique-t-il.
Il ne s’agit pas pour autant de romantiser le traumatisme. Kornéev parle sans détour de ses séances de thérapie pour surmonter ses traumatismes d’enfance liés à la guerre, de ces tremblements qui reviennent parfois, de sa peur irrationnelle d’ouvrir des lettres, héritée des années où chaque courrier pouvait signifier l’expulsion. « C’est une décision quotidienne, dit-il. Tu peux choisir de transformer ce que tu as vécu en haine ou en amour. C’est difficile de dire oui à la vie quand tu souffres. Mais il faut apprendre. »
À Parapapam, lorsqu’il chantera Minuit, chrétiens ! ou un autre grand air avec 35 musiciens et une centaine de choristes dirigés par Frédéric Vogel, il ne sera pas seulement un invité européen dans un gala de Noël. Il sera ce qu’il est devenu depuis l’aéroport militaire de Tbilissi : un exilé qui a trouvé, dans 88 touches et quelques lignes mélodiques, une façon d’habiter le monde… et, en l’espace d’une soirée, une maison commune.


5 month_ago
31



























.jpg)






French (CA)