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Vivre après le virus du Nil occidental

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À 60 ans, André Gagné travaillait pour Postes Canada, rénovait des maisons et menait une vie active. Puis, un jour, une piqûre de moustique a changé sa vie.

À la fin d’août 2024 , le résident de Milton commence à ressentir ce qui ressemble à une mauvaise grippe. Les articulations, les muscles, tout me faisait mal, raconte-t-il.

Habitué à endurer la maladie, il a d’abord pensé à une indigestion ou à une intoxication alimentaire. Comme son état ne s’améliorait pas, il s’est présenté une première fois à l’hôpital. Le lendemain, il éprouvait toutefois de plus en plus de difficultés à réfléchir, à parler et à garder son équilibre.

J’ai commencé à avoir des problèmes d’équilibre et des difficultés à parler. Je me heurtais aux murs et aux portes.

Sa femme l’a ramené à l’hôpital. Environ une heure plus tard, les médecins l’ont rappelée : son mari était confus et ne répondait plus normalement aux questions.

Un homme paralysé dans un fauteuil chez lui.

André Gagné et sa femme, Lorraine, affirment avoir déboursé plus de 20 000 $ pour soutenir son rétablissement, notamment en physiothérapie, en adaptations à leur domicile et en services de préposés aux bénéficiaires.

Photo : Radio-Canada / (Photo soumise par André Gagné).

André Gagné est atteint d’une forme neuro-invasive du virus du Nil occidental. Hospitalisé le 28 août 2024, il ne rentrera chez lui que le 17 avril suivant, près de huit mois plus tard.

Une complication rare

Le virus du Nil occidental se transmet principalement aux humains par la piqûre d’un moustique infecté. Les moustiques du genre Culex, qui piquent surtout les oiseaux, sont les principaux vecteurs du virus dans la région de Toronto.

Entre 70 et 80 % des personnes infectées ne présentent aucun symptôme, estime le Dr Isaac Bogoch, spécialiste des maladies infectieuses de l'Hôpital général de Toronto. La maladie neuro-invasive, elle, touche moins de 1 % des personnes infectées. Elle peut provoquer une inflammation du cerveau, une méningite ou un syndrome paralytique.

Donc, selon le Dr Bogoch, les cas officiellement recensés ne représentent qu’une fraction des infections.

Les cas détectés chaque année au Canada sont la pointe de l’iceberg , explique-t-il. Les personnes comptabilisées sont généralement celles dont les symptômes ont été assez importants pour nécessiter une consultation médicale.

Le premier cas humain de la saison 2026  (nouvelle fenêtre)dans la ville a été annoncé le 30 juillet.

Plus de 16 000 dollars en physiothérapie

Pendant son hospitalisation, André Gagné perd près de 70 livres en un mois. Ses muscles s’atrophient et ses articulations deviennent progressivement rigides. J’étais extrêmement maigre. Mon bras était devenu tellement raide qu’il était impossible de le bouger, confie-t-il

Il estime ne pas avoir reçu suffisamment de physiothérapie à l’hôpital. Selon lui, certaines séances ne duraient que 15 à 20 minutes. Cela se limitait à faire bouger ma jambe ou mon bras, sans véritable effort physique. Il aurait fallu un protocole dès mon hospitalisation, avec de la physiothérapie tous les jours pendant les premières semaines, précise-t-il.

À sa sortie, il ne peut toujours pas marcher seul. Sa femme trouve alors deux physiothérapeutes privées spécialisées en neurologie. Il commence à suivre quatre séances par semaine à domicile, en plus de celles à la clinique. Elles ont dû travailler très fort pour corriger les séquelles accumulées pendant ma période d’immobilité, raconte-t-il.

Un homme en fauteuil roulant observe les travaux qui sont faits sur sa maison.

André Gagné observe les travaux de construction d’une rampe d’accès à son domicile, rendue nécessaire par les séquelles du virus du Nil occidental.

Photo : Radio-Canada / (Photo soumise par André Gagné)

Ces soins lui ont cependant coûté plus de 16 000 dollars en un an, sans compter les autres dépenses liées à sa perte d’autonomie.

Il dit aussi avoir présenté des demandes auprès de cinq centres publics de réadaptation à Toronto, sans parvenir à être admis. Selon lui, certains établissements jugeaient ses besoins trop lourds ou considéraient qu’il ne répondait pas à leurs critères.

Ce n’est pas le système de santé dans son ensemble qui me trouble. C’est l’absence de protocole pour les cas de virus du Nil occidental, dit-il. J’ai décidé de continuer avec mes propres physiothérapeutes, parce que ma vie est plus importante que mon argent.

Le Dr Bogoch, qui ne connaît pas son dossier médical, nuance toutefois l’idée selon laquelle la rareté du virus empêcherait une prise en charge adéquate.

Il existe de nombreuses causes, infectieuses ou non, qui peuvent entraîner des incapacités neurologiques et physiques, explique-t-il. Ces patients peuvent normalement être suivis par une équipe réunissant notamment des neurologues, des physiatres, des infectiologues, des physiothérapeutes et des ergothérapeutes.

Il n’existe cependant aucun antiviral ni vaccin destiné aux humains contre le virus du Nil occidental. Les soins servent donc à soutenir les fonctions vitales, à traiter les complications et à favoriser la récupération.

Une bataille menée dans les puisards

À Toronto, la prévention passe notamment par l’application de larvicide dans les puisards où les moustiques se reproduisent. La deuxième ronde de traitement doit se terminer à la mi-août.

Selon la santé publique, ces traitements ont éliminé environ la quasi-totalité des larves dans les puisards échantillonnés.

Une travailleuse de la ville sonde les cours d'eau stagnants pour des œufs de moustiques.

Du 2 avril au 13 août, la Ville de Toronto a reçu 57 signalements concernant de l’eau stagnante.

Photo : Radio-Canada / Image fournie par La Ville de Toronto.

La Ville installe aussi 22 pièges chaque semaine pour surveiller le virus. Malgré la chaleur et les fortes pluies, elle n’observe pas plus de moustiques ni de moustiques infectés qu’au cours des trois dernières années.

Elle n’a pas précisé si un troisième tour d'application de larvicide aura lieu.

Depuis sa maladie, André Gagné ne sort plus sans répulsif. Le bourdonnement d’un moustique suffit encore à le mettre sur ses gardes, mais il refuse de rester enfermé.

C’est difficile psychologiquement, mais j’ai une vie à vivre, conclut-il.

Près de deux ans après cette piqûre, il poursuit sa physiothérapie et espère retrouver davantage de force dans ses bras.

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