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Violences éducatives : pourquoi la loi de 2019 n’a pas changé les comportements

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🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Sept ans après la loi du 10 juillet 2019 interdisant les châtiments corporels, 83 % des parents déclarent avoir eu recours à au moins une forme de violence verbale ou psychologique au cours des 12 derniers mois, selon le baromètre Ifop de la Fondation pour l’enfance.
  • Un quart des parents juge toujours la fessée « efficace » et « acceptable », et 37 % reconnaissent au moins un acte de violence physique sur la même période, révélant un écart persistant entre la norme juridique et les pratiques réelles.
  • Le baromètre met en évidence un écart de 15 points entre pères et mères : 40 % des pères estiment que certains enfants ont besoin de punitions corporelles pour apprendre à bien se comporter, contre 25 % des mères.
  • L’article soutient que la loi de 2019, dépourvue de sanction pénale propre, reste une coquille dont l’effet concret demeure limité faute de programmes de soutien à la parentalité, de formation des professionnels et de campagnes de sensibilisation continues.
  • Pourquoi ces 83 % de parents ayant recours à des violences verbales traduiraient-ils moins une résistance délibérée à la loi qu’une absence de ressources alternatives pour éduquer autrement ?

Sept ans après l’adoption de la loi du 10 juillet 2019 inscrivant dans le Code civil l’interdiction de toute violence physique ou psychologique dans l’exercice de l’autorité parentale, les chiffres publiés par la Fondation pour l’enfance dans son troisième baromètre Ifop dressent un constat sévère : la loi a changé le droit, pas encore les pratiques. 83 % des parents déclarent avoir eu recours à au moins une forme de violence verbale ou psychologique au cours des 12 derniers mois. 37 % reconnaissent au moins un acte de violence physique sur la même période. Un quart juge toujours la fessée à la fois « efficace » et « acceptable ».

Ces chiffres appellent à distinguer deux réalités que l’on confond trop souvent : l’état du droit et l’état des mentalités. La France est devenue en 2019 le 56e pays à inscrire formellement l’interdiction des châtiments corporels dans sa législation. Un arrêt de la Cour de cassation, rendu en janvier dernier, a même rappelé explicitement qu’aucun « droit de correction parentale » ne saurait être invoqué dans l’ordre juridique français. Le cadre normatif est clair. Ce que révèle le baromètre, c’est l’écart persistant entre cette norme et les comportements concrets de millions de familles.

« Les violences éducatives ordinaires restent profondément banalisées, voire normalisées. 32 % des parents estiment encore que certains enfants ont besoin de punitions corporelles pour apprendre à bien se comporter, 25 % jugent que la fessée est une méthode efficace pour éduquer un enfant, et 23 % considèrent que les parents qui utilisent des punitions corporelles ont raison de le faire. »

Cet écart n’est pas une surprise. Il est structurel. Une loi modifie un texte, elle ne modifie pas en quelques années des pratiques éducatives transmises de génération en génération, souvent vécues non pas comme des violences mais comme des outils légitimes de discipline. Ce que les spécialistes appellent les « violences éducatives ordinaires » tire précisément sa force de cette banalisation : la tape, la fessée, l’humiliation verbale ne sont pas perçues par leurs auteurs comme des actes répréhensibles, mais comme des réponses proportionnées à une situation. C’est ce fond de légitimité culturelle que le droit seul peine à entamer.

La distinction hommes-femmes, un fait qui mérite d’être pris au sérieux

Le baromètre met en évidence une donnée particulièrement significative : 40 % des pères estiment que certains enfants ont besoin de punitions corporelles pour apprendre à bien se comporter, contre 25 % des mères. Cet écart de 15 points entre hommes et femmes n’est pas anecdotique. Il suggère que l’adhésion aux représentations coercitives de l’éducation n’est pas uniformément distribuée dans la population parentale. Les pères apparaissent statistiquement plus enclins à considérer la punition physique comme un outil pédagogique légitime.

Il serait hasardeux de tirer de cette donnée des conclusions définitives sans en connaître les ressorts précis. S’agit-il d’une différence de socialisation ? D’une répartition différente des tâches éducatives quotidiennes, les mères étant davantage en situation de gérer les comportements des enfants au quotidien et donc aussi davantage exposées aux conséquences de ces méthodes ? Le baromètre pose la question sans y répondre entièrement, ce qui devrait inciter à la prudence dans l’interprétation, et à approfondir la recherche.

🗣️ "Parfois les parents minimisent certaines violences et ne portent pas plainte : intimidations, insultes, pression mise sur les enfants ou contraintes physiques (…) ce sont de vraies violences."

Anne, co-fondatrice du collectif SOS Périscolaire, nous sensibilise à la… pic.twitter.com/WSKG1tOzwJ

— Telematin (@telematin) April 15, 2026

Ce que le droit ne peut pas faire seul

Au-delà des statistiques, c’est la question de l’efficacité des instruments choisis qui se pose. La loi de 2019 était avant tout une loi de principe, dépourvue de sanction pénale propre. Son ambition déclarée était moins répressive que symbolique : modifier le regard de la société sur ces pratiques, créer une norme nouvelle susceptible, à terme, de transformer les comportements. 7 ans après, la Fondation pour l’enfance constate que « la légitimation de ces pratiques comme outils pédagogiques persiste ».

Cela ne signifie pas que la loi était inutile. Les normes juridiques ont une fonction d’orientation culturelle qui ne se mesure pas à court terme. Mais cela confirme qu’une loi sans accompagnement, sans programmes de soutien à la parentalité, sans formation des professionnels de l’enfance, sans campagnes de sensibilisation continues, reste une coquille dont l’effet concret demeure limité. Le droit dit ce qui est interdit, il ne dit pas ce qu’il faut faire à la place, ni comment.

Le baromètre publié ce vendredi documente un décalage entre le droit et la réalité. Ce décalage n’est pas une fatalité, mais il ne se résorbera pas par la seule force de l’interdit. Ce que révèlent ces 83 % de parents ayant eu recours à une violence verbale ou psychologique, c’est moins une résistance délibérée à la loi qu’une absence de ressources alternatives, culturelles, pratiques, émotionnelles, pour faire autrement. C’est là que se situe le vrai défi : non pas renforcer l’interdit, mais construire les conditions dans lesquelles il devient naturellement superflu.

IMPORTANT - À lire

La loi de 2019 a posé une norme, mais 83 % des parents ont encore recours à des violences verbales ou psychologiques. Le droit seul ne suffit pas — l'analyse de fond, si.

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Source : 20minutes.fr

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