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L’accès aux antécédents de violence conjugale d’un individu pourrait être un outil précieux, selon l’équipe du projet OMBRE du Service de police de Saguenay (SPS). Il faudrait toutefois user de prudence si un registre public devait être adopté, avertissent le sergent-détective Dominic Doré et l’intervenante sociale Josyane Larouche.
Dans la foulée de l’assermentation de son Conseil des ministres, mardi après-midi, la première ministre Christine Fréchette s’est prononcée sur l’urgence d’agir contre les féminicides. Depuis le début de l’année 2026, neuf féminicides ont été commis, a-t-elle souligné.
Mme Fréchette a annoncé son intention de présenter un projet de loi inspiré de la Loi de Clare, adoptée par plusieurs provinces canadiennes. Une telle loi permet aux femmes ou à leurs proches de vérifier auprès de la police si leur conjoint a déjà fait l’objet de plaintes ou de signalements pour violence conjugale.
La coporte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, a d’ailleurs lancé un cri du cœur pour réclamer une telle loi dans une lettre ouverte rendue publique quelques heures avant l’annonce.
Quant à elle, la Fédération des policiers et des policières municipaux du Québec demande la création d’un registre public des multirécidivistes en matière de violence conjugale.
L’idée d’un registre public doit être examinée avec prudence, estiment les deux membres du projet OMBRE. Ce projet, qui existe à Saguenay depuis 2022, offre une approche différente du travail traditionnel des policiers quant à la violence conjugale.
Il s’agit d’un partenariat entre policiers, travailleurs sociaux, avocats et procureurs, explique Dominic Doré, en entrevue à l'émission Place publique. Ce qui fait bien différent de ce qu'on est habitué, historiquement, de faire dans la police.
Un des aspects innovants du projet repose sur la prévention de la violence, notamment en offrant des ressources aux personnes qui la commettent afin d’éviter les récidives.
En gros, l'objectif c'est de protéger les victimes en s'occupant de la personne auteure, en s'occupant de la responsabiliser pour que cette personne-là respecte ses conditions et aille chercher le service nécessaire, indique Josyane Larouche. Ça protège les victimes, ça protège la société, et ça aide ces personnes-là.
Une question délicate
Ainsi, un registre public est une question délicate, estime M. Doré. Bien que cela puisse aider le travail des intervenants sur le terrain, il craint que des personnes mal intentionnées puissent utiliser ces informations à mauvais escient. Les gens ont des droits aussi, que ce soit un suspect ou une victime, soutient-il.
Pour Josyane Larouche, il faudra un encadrement adéquat si de telles informations deviennent publiques. Il faut que ça soit nécessaire de consulter ce registre, argue-t-elle.
En 2025, l’intervenante sociale a tenu près de 750 rencontres avec des personnes auteures de violence conjugale.
Au total, plus de 800 interventions en violence conjugale ont été réalisées, soit trois à quatre fois plus que les années précédentes, indique Dominic Doré. Ça a explosé, pas nécessairement parce qu'il y en a plus, mais parce que la façon de travailler des policiers a changé.

Le projet OMBRE existe à Saguenay depuis 2022. (Photo d'archives)
Photo : Shutterstock / Yupa Watchanakit
Les dossiers où il y a eu intervention policière se retrouvent entre les mains de Josyane Larouche. Celle-ci est alors chargée d’appeler les personnes concernées. Souvent, je suis la première personne qui les accueille, qui leur demande comment ils vont suite à l'intervention policière.
C'est difficile une intervention policière, c'est très émotif et ils se rendent compte qu'il y a des gens autour qui vont les aider. C'est très bien accueilli, rapporte-t-elle.
L’équipe se charge alors d’évaluer tous les aspects de la vie des individus et les aiguille vers les bonnes ressources. Souvent, je rencontre des gens qui n'ont pas été chez le médecin depuis 35 ans, qui ont des problèmes de santé, qui ont des problèmes émotifs, raconte Mme Larouche.
Dominic Doré ainsi que Josyane Larouche espèrent que davantage de ressources seront allouées au projet OMBRE.


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