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L’affaire de viol collectif allégué à l’Université Cornell, dans l’état de New York, résonne jusqu’à Rimouski. Mercredi soir, un rassemblement symbolique en soutien à la victime présumée s’est tenu devant le palais de justice.
Je veux dénoncer les violences sexuelles qu'on vit et qui sont en constante hausse et pourtant banalisées en ce moment dans l'ère du masculinisme, déclare l’instigatrice de l’événement, Caroline Lune Potvin.
Les agressions sexuelles, ça me touche, ça m'enrage. Puis la mésadaptation du système de justice, même des tribunaux spécialisés partout dans le monde, ça demande vraiment qu'on se lève, puis qu'on milite pour ça.

C'est la moindre des choses que ça change, que les bons gars, comme on dit se mettent de notre côté, puis qu’ils agissent, qu’ils montrent qu'ils ne sont pas d'accord avec le comportement des agresseurs, des prédateurs et tout ce qui s'ensuit, soulève Paule de Margerie.
Photo : Radio-Canada / Laurence Gallant
La quinzaine de personnes rassemblées à Rimouski ont voulu joindre leur voix à celle de la victime présumée, appelée Jane Doe pour préserver son identité.
Ça concerne toutes les femmes, moi y compris. Je ne connais personne qui n’a pas été agressé sexuellement.
Une histoire qui fait un tollé
La jeune Jane Doe dit avoir été droguée et violée par sept étudiants membres d’une association (fraternity) en 2024. Elle reproche à l’université d’avoir manqué à son devoir de la protéger et de punir adéquatement les étudiants soupçonnés. Certains d’entre eux ont été suspendus ou renvoyés, mais aucune accusation criminelle n’a été déposée contre eux.
Elle a intenté à la mi-septembre une action en justice contre les sept hommes qui l'auraient agressée, créant un tollé aux États-Unis, comme ailleurs. La réouverture récente de l'enquête a suscité bien des questionnements quant à la manière dont le signalement, qui n'avait pas donné lieu à des poursuites à l'époque, a été traité.
Selon l'avocat de Jane Doe, ni la police ni les enquêteurs criminels ne l’ont recontactée après sa déclaration initiale. On ignore si la police a interrogé les hommes impliqués.

Au total, 5 % des agressions sexuelles signalées à la police mèneraient à une peine d'emprisonnement.
Photo : Radio-Canada / Laurence Gallant
On protège automatiquement les agresseurs, surtout quand c'est des sportifs ou des vedettes. Jane Doe, elle était aux États-Unis, mais elle aurait pu être au Canada que ça aurait été la même chose, soutient Caroline Lune Potvin, qui confie être elle-même une survivante d’agression sexuelle.
Une jeune mère présente au rassemblement, Caroline Brillant, raconte être en arrêt de travail depuis trois ans après avoir vécu une agression, et être passée à plusieurs reprises par le palais de justice de Rimouski.
Ça ne se peut pas [...] qu'encore autant de femmes vivent en toute impunité des atrocités pareilles, que des hommes fassent subir des choses comme ça, à autant de femmes.
Le premier réflexe qu'on a, ce n'est pas d'aller clamer haut et fort qu'on s'est fait violer, qu'on s'est fait agresser. Le premier réflexe qu'on a, c'est de trouver toutes les raisons pour lesquelles on est responsable. Parce que c'est insupportable de se dire qu'on n'a rien pu faire, c'est tellement insupportable, qu'on ne va pas en premier se positionner en victime, en fait, raconte Caroline Brillant, en colère.

Des affiches ont été collées aux portes du palais de justice de Rimouski.
Photo : Radio-Canada / Laurence Gallant
Le peu de condamnations dénoncé
Dans un message adressé dimanche à la communauté universitaire de Cornell, le président de l’institution, Michael Kotlikoff, a promis plus de prévention et de transparence dans la gestion des dossiers d’agression sexuelle sur le campus. J’ai le cœur brisé quand je pense à ce qu’elle a vécu, a-t-il déclaré.
Lundi, plusieurs centaines d’étudiants présents à une manifestation sur le campus de l’université new-yorkaise ont exprimé leur colère quant à la façon dont l’établissement a géré le dossier.
Pour sa part, Caroline Lune Potvin considère que les peines d’emprisonnement des agresseurs sexuels condamnés, pour les causes qui parviennent à se rendre jusqu’à un procès, sont minimes, alors que les victimes d’agression sexuelles, elles, peuvent prendre des décennies, voire une vie entière à se rétablir.

Une quinzaine de personnes se sont rassemblées mercredi soir à Rimouski.
Photo : Radio-Canada / Laurence Gallant
Seulement 5 à 6 % des agressions sexuelles rapportées par la population canadienne de 15 ans et plus ont été signalées à la police en 2018 et 2019, rapporte l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).
Un peu plus d’une affaire d'agression sexuelle sur cinq qui a été déclarée par la police au cours de la période de 2015 à 2019 a été portée devant les tribunaux. De ce nombre, 48 % ont donné lieu à un verdict de culpabilité et, parmi celles-ci, 50 % ont entraîné une peine d'emprisonnement, selon Statistique Canada.
Au total, 5 % des agressions sexuelles signalées à la police mèneraient à une peine d'emprisonnement.


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