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Publié le 03/03/2026 12:10 Mis à jour le 03/03/2026 13:24
Temps de lecture : 6min - vidéo : 2min
D'après la sportive engagée de 23 ans, la mort de l'Ayatollah Khamenei ouvre la voie à un meilleur avenir en Iran.
Deux jours après la mort du guide suprême iranien Khamenei, la taekwondoïste Marzieh Hamidi s'est livrée au micro de Stade 2 La Quotidienne, lundi 2 mars, confiant ses espoirs et la frustration de sa situation personnelle en France. Celle qui est née en Iran en 2002 et qui a fui l'Afghanistan il y a trois ans à la suite de l'arrivée des Talibans au pouvoir aimerait obtenir plus de soutien à sa cause qu'elle définit comme un combat contre l'invisibilisation des femmes et pour la démocratie.
Vous êtes née et avez grandi en Iran. Hier, vous vous êtes rendue à la manifestation à Paris. Pourquoi c'était important pour vous d'y aller ?
J'ai grandi là-bas avec beaucoup de peur. On a tous été traumatisés par Khamenei et son régime. Quand j'ai appris qu'il était enfin mort, j'étais choquée. C'est comme si j'étais dans un film. Je me demande toujours aujourd'hui si c'est réel parce qu'il a tué tant de personnes, surtout des jeunes. On ne pensait pas qu'on gagnerait un jour contre cette dictature. Ils sont enfin partis. J'étais tellement contente que je voulais être aux côtés de mon peuple, de danser, de pleurer, de célébrer avec eux. C'était une manifestation pacifique avec beaucoup de monde. On s'est partagé des bonbons, des gâteaux. C'était beaucoup d'émotions. J'avais l'impression d'être en Iran alors que j'étais à Paris. C'était très beau de voir la solidarité également des personnes non-persanes à Paris.
Vous avez de la famille en Iran. Est-ce que vous avez des nouvelles ? Sont-ils en sécurité ?
Malheureusement, ils ont coupé Internet. Au début des attaques, mes amis étaient heureux. Ils m'ont dit : "C'est la fin pour eux". Je n'ai plus d'information depuis. Mais j'imagine qu'ils sont tous contents de les voir partis. Je suis aussi un peu effrayée parce que vous ne savez jamais ce qui a pu se passer. D'un autre côté, vous êtes aussi triste d'en être arrivé à cette situation : d'accepter la guerre, de combattre la dictature. C'est un mélange de bonheur et de tristesse. Le plus important, c'est que mon peuple est heureux de voir que les dictateurs ne sont plus là.
Vous avez de l'espoir pour la suite ?
J'ai espoir en l'avenir grâce à mon peuple. Pas grâce à l'aide étrangère, à l'aide politique. Mon peuple est très courageux, très bien éduqué et sait ce qu'il veut. J'y crois, je suis heureuse et je suis fière. Mon peuple va traverser tout ça et gagner cette révolution. Ce n'est que le début. C'est loin d'être fini parce qu'il reste encore des hommes de Khamenei. Je sens que je me rendrai très bientôt dans un Téhéran libéré.
Vous êtes encore sous protection policière. Est-ce que ce sera encore le cas ?
Cela fait plus d'un an que je suis sous protection policière à cause de terroristes. J'ai été visée par les Talibans. Je pense que je ne serai jamais en sécurité dans ma vie parce que je m'oppose au terrorisme. Si les gens pensent que ce ne sont que Khamenei et ses hommes, ou les Talibans en Afghanistan, c'est une idéologie qu'on peut retrouver dans chaque pays. Mon combat est contre l'extrémisme qui réduit les femmes au silence. Ils tuent mon peuple chez moi. Je n'arrêterai jamais de me battre et ils auront toujours envie de me tuer.
Comment vous imaginez-vous votre avenir dans le sport ? Vous rêvez de participer aux Jeux olympiques de Los Angeles de 2028 et de médiatiser votre cause ?
Oui, mes combats de taekwondo sont des combats contre l'invisibilité. Les femmes sont invisibles en Afghanistan. Elles ne peuvent même pas imaginer marcher dans la rue sans la présence d'un homme. C'est un défi pour moi parce que je ne reçois aucun soutien pour mon projet, pour mon sport.
"En France, j'ai le sentiment qu'ils sont un peu timides pour soutenir une sportive qui se bat pour la liberté comme moi. Je me sens seule. Je n'ai pas de pays, ni l'Iran, ni l'Afghanistan. Je n'ai pas ma propre équipe. Je suis à Paris et on veut me tuer, on veut me violer. C'est si difficile. Je ne reçois aucun soutien dans mon sport."
Marzieh Hamidi, taekwondoïste irano-afghane
au micro de Stade 2 La Quotidienne
Pour gagner, un athlète a besoin d'être dans les meilleures conditions pour participer aux Jeux olympiques. Je n'ai rien de tout ça. Et je suis venue en France en pensant obtenir de l'aide. Mais je crois en quelque chose de fort et puissant. Je pense que je vais trouver une solution pour y arriver.
Est-ce que vous pensez concourir sous le drapeau de l'Iran ou de l'Afghanistan ?
Je ne sais pas. Je n'ai jamais eu la chance de représenter l'Iran, le pays dans lequel je suis née, à cause de la République islamique. Même l'Afghanistan, je n'ai pas pu vraiment le faire. Quand j'ai gagné, les Talibans sont arrivés et j'ai dû quitter le pays. Je ne suis pas dans une position où je peux choisir. Bien sûr, j'aimerais pouvoir représenter le pays qui m'a façonnée et où j'ai tout appris. Mais je ne sais pas quel futur nous attend et ce que sera l'Iran dans quatre ans. Je serai simplement heureuse de défendre mes valeurs et de représenter toutes les femmes qui se battent contre l'injustice.
Vous croyez encore aux JO ? C'est encore un rêve malgré les difficultés que vous vivez ?
Ce n'est pas un rêve pour moi. Cela l'était quand j'avais 15 ou 16 ans. Puis j'ai réalisé comment le système était corrompu autour de moi et comment les femmes étaient traitées en Iran et en Afghanistan. Le rêve est devenu un combat. Je dois le faire pour mon peuple. Le plaisir que j'avais est parti depuis trois ans. Je crois en moi. Je travaille dur. Je suis disciplinée, mais je suis frustrée d'avoir l'impression que personne ne voit à quel point je travaille dur. J'ai l'impression de mériter d'être vue, protégée et mise en valeur. Si je gagne aux Jeux olympiques, cela représentera bien plus que ma victoire : les valeurs de la démocratie, les valeurs de la France. Je me bats avec moi-même pour continuer.
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