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VIDÉO. “Amour, justice” et sérum phy : des chrétiens manifestent et ouvrent une église refuge à Paris

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Catholiques et protestants ont participé à la grève nationale, en défilant à Paris, jeudi 5 novembre 2026. Une église a été ouverte pour les manifestants de tous horizons.

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« Chrétiens pour la justice », affichait le groupe de croyants rassemblé pour manifester lors de la grève du 5 novembre 2026. (©ES / actu Paris)

Par Emilie Salabelle Publié le 5 nov. 2026 à 21h15 ; mis à jour le 5 nov. 2026 à 21h17

Aux pieds d’une Vierge à l’Enfant où tremblent les flammes de quelques bougies, une gigantesque banderole se prépare. Des pancartes bariolées patientent contre le bénitier en granit de l’église Notre-Dame d’Espérance, située rue de la Roquette (Paris 11e). En ce jour de grève nationale, jeudi 5 novembre 2026, une soixantaine de croyants ont répondu à l’appel à manifester d’Anastasis, un collectif chrétien « théologico-politique », ancré à gauche. Pour la première fois, ils ont mis en place une « église refuge » ouverte à tous les manifestants, où l’on peut trouver café, petites douceurs… et sérum phy.

«Casser l’image du chrétien fermé de droite »

Dans les sobres allées de l’église à l’architecture contemporaine, le bruissement des conversations remplace, le temps d’une matinée, le recueillement de mise. En fond de travée, un petit stand généreusement garni de boissons chaudes, quiches et gâteaux concentre le gros des troupes. Les discussions vont bon train. On parle pêle-mêle Gilets jaunes, blocus étudiants et politique.

« Les cathos ont une image peu compatible avec le fait d’être militant. Beaucoup de chrétiens ont intériorisé ça, expose Julie Cloe, l’une des organisatrices de la journée. On veut casser cette image du chrétien fermé de droite », appuie cette protestante, cigarette à la main et petite croix autour du cou.

Dans la rue, des visages curieux scrutent la grande banderole suspendue aux grilles, souhaitant la bienvenue aux manifestants. Un groupe de lycéens du quartier s’engouffre dans le lieu de culte, curieux. « Les gens sont agréablement surpris. Et puis on en a d’autres qui ont été choqués, qui pensent que l’Église n’a pas sa place en manifestation. Mais le message du Christ, il est profondément politique », insiste la jeune femme, elle-même syndiquée depuis des années.

« Un chrétien seul est un chrétien qui va mal »

Parmi les visages, où se croisent tous les âges, celui, voilé, d’Amina. Cette étudiante à Sciences-Po trouve l’initiative « super intéressante ». « En tant que musulmane visible, je savais que je serais à l’aise de venir ici. Je fais de la recherche sur l’activité politique dans les espaces religieux. Pour moi, c’était du pain béni ! », rigole-t-elle.

Derrière ses épaisses lunettes octogonales, Marie s’apprête à manifester pour la première fois en tant que chrétienne. Membre de la communauté LGBT, la jeune femme issue d’une famille « très catho de droite » confie traverser « une nuit de la foi ».

Mais elle retrouve espoir au contact de cette jeunesse engagée. « Il y a cette idée qu’un chrétien qui est seul, c’est un chrétien qui va mal. Quand j’ai vu le message d’Anastasis, qui parlait des ’assoiffés de justice’, ça a résonné très fort en moi. Ce sont des mots qui me transcendent », glisse cette avocate, qui « continue de prier Dieu dans les salles d’audience ».

Une soixantaine de manifestants chrétiens étaient réunis.

Une soixantaine de manifestants chrétiens étaient réunis. (©ES / actu Paris)

Une église refuge pour les manifestants

Idéalement située entre Bastille et République, à quelques centaines de mètres du cortège, l’église mise à disposition par la paroisse Notre-Dame d’Espérance restera ouverte toute la journée. Des membres du collectif sont sur place jusqu’au soir pour accueillir les manifestants qui souhaiteront s’y réfugier.

« Il peut se passer plein de choses dans les manifs. On est nombreux à avoir déjà vécu des violences policières. C’est important d’avoir des lieux ouverts pour pouvoir accueillir les gens, pour qu’ils puissent se restaurer, soigner le corps et l’âme », défend Julie Cloe. Après la manifestation, le petit groupe retrouvera l’église pour partager des lectures de textes engagés, des discussions et de la méditation.

Mais pour l’heure, place aux ultimes préparatifs. De son pinceau, Claire Riccobono met la dernière touche à une grande fresque où s’étalent les mots « vivre, lutter, espérer ». « Même si les églises ont pour vocation d’être des lieux de prière, de silence et de recueillement, c’est aussi important d’avoir des lieux d’Église pour mêler contemplation et action », estime cette membre du collectif Luttes et contemplations, une organisation chrétienne proche d’Anastasis.

L'église Notre-Dame d'Espérance, lieu refuge pour les manifestants.

L’église Notre-Dame d’Espérance, lieu refuge pour les manifestants. (©ES / actu Paris)

« Toi qui pardonnes la police »

Avant de se mettre en route, la petite assemblée entonne quelques chants et lit une prière pour les manifestants, rédigée en écriture inclusive. « Toi qui pardonnes la société qui les opprime, la police qui les gaze, Toi qui pardonnes les adultes qui se cachent derrière leur petitesse, soutiens les jeunes manifestants et manifestantes dans leur enthousiasme, dans leur joie de vivre », lisent-ils, recueillis.

On enfile les manteaux, on enroule les drapeaux, on emporte les cartons. Julie Cloe rappelle les commandements du bon manifestant : « On reste groupés, on ne se frotte pas les yeux sous les gaz lacrymo. On prend soin les uns des autres. Si, malheureusement, vous êtes chopés en garde à vue, vous avez droit à un avocat ou un médecin. L’idée, c’est d’être visibles, joyeux, d’avoir un bon mood ».

« Macron, t’es foutu, les chrétiens sont dans la rue »

Sur le gong du clocher, le petit cortège s’élance joyeusement sur les trottoirs parisiens. Dans le cortège, leur présence ne passe pas inaperçue. Leurs chants cathos non plus. « Que vienne ton règne de justice, maintenant et pour les siècles des siècles », entonnent-ils, avant d’embrayer sur un « Macron, t’es foutu, les chrétiens sont dans la rue ! ».

Protestante, Léo affiche sa foi en lettres capitales sur un carton presque aussi grand qu’elle. « Il n’y a pas de raison d’avoir honte de notre foi, si ça nous met en mouvement pour plus de justice et de paix. Quand on a entendu les Églises, c’est surtout pour appeler à la paix et au calme. Ça ne sert à rien de nier qu’il y a des violences, mais c’est toujours la même qu’on met en avant. J’aimerais qu’on fasse attention aussi aux violences beaucoup plus invisibles, aux violences sociales. »

Charles-Emmanuel, étudiant parisien, est venu pour « revendiquer les valeurs chrétiennes en manif : l’amour, la justice. On manifeste et on prie aussi pour les autorités. Et on montre qu’on peut être engagé. Tant mieux si les gens sont touchés. Mais je ne veux pas faire du prosélytisme », nuance le jeune homme, k-way bleu vif et cheveux bouclés. Julie Cloe, elle, prépare déjà le prochain coup. « La prochaine fois, on prépare un carnet de slogans ! »

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