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Une mère de famille dénonce la décision d’une école privée de la Montérégie de cesser d’accueillir, à la prochaine rentrée scolaire, une élève victime d’intimidation. La nouvelle est arrivée un mois et demi après la publication d’un rapport critique de la protectrice régionale de l’élève, qui avait notamment souligné que le plan de lutte contre l’intimidation de cette école n’était pas à jour.
En août 2025, Catherine Fournier a porté plainte auprès de la direction du collège Trinité, situé à Saint-Bruno-de-Montarville, pour dénoncer l’intimidation que subissait alors depuis quelques mois sa fille de 13 ans de la part d’un groupe de six élèves fréquentant le même établissement. En entrevue au Devoir, elle raconte avoir été déçue par la gestion de ce dossier par le Collège, qui insistait pour que la voie de la médiation, entre l’élève et ses intimidatrices, soit privilégiée, malgré la réticence de la mère et de sa fille à opter pour cette approche.
Mme Fournier a ainsi porté le dossier à l’attention de la protectrice régionale de l’élève, Caroline Gervais, qui a rédigé un rapport critique à l’endroit du Collège Trinité en mars dernier. Elle a alors souligné que le plan de lutte contre la violence et l’intimidation de l’établissement n’était pas à jour et que des éléments y étaient absents. Le Collège n’avait également pas mis en place l’ensemble des mesures nécessaires pour assurer un milieu sain et sécuritaire pour la fille de Catherine Fournier, souligne le document.
L’école avait notamment omis de séparer l’élève de ses intimidatrices lors d’activités en plein air qui se sont déroulées dans les mois précédents. Elle avait aussi tardé à changer le casier de l’élève, qui serait à l’origine de l’intimidation subie par la fille de Mme Fournier, le changement n’ayant eu lieu qu’en décembre dernier, peut-on lire.
« En ne respectant pas ses engagements, le Collège a contribué à fragiliser davantage le lien de confiance de [la fille de Catherine Fournier] envers le personnel scolaire. Or, cette confiance constitue un facteur essentiel de protection pour l’élève », mentionnent les conclusions de Mme Gervais, que Le Devoir a pu consulter. Concernant le recours à la médiation, la protectrice régionale de l’élève rappelait qu’il s’agit là d’un « processus volontaire, dont la participation se doit d’être libre et éclairée ».
« Toute personne qui refuse cette modalité de résolution ne peut être tenue responsable de son refus », mentionne le rapport, dans lequel Mme Gervais appelait le Collège à « faire preuve de prudence dans l’utilisation de cette modalité en contexte d’intimidation ou de situations qui y sont apparentées ».
Un rapport que la mère de famille et son conjoint avaient alors accueilli avec soulagement. « On s’est dit que le Collège, en lisant ça, il va rectifier le tir » et s’excuser pour sa gestion de ce dossier, évoque Mme Fournier en entrevue au Devoir.
Lien de confiance
Or, un mois et demi plus tard, le Collège a plutôt décrété, dans une lettre acheminée le 29 avril dernier à Catherine Fournier et à son conjoint, qu’il ne renouvellerait pas le contrat d’admission de leur fille à cette école pour la prochaine année scolaire. L’adolescente devra donc fréquenter un autre établissement cet automne.
Dans cette lettre, le directeur général de l’école, Jean-François Guay, justifie cette décision en faisant valoir que le « lien de confiance » entre l’établissement, la mère de famille et sa fille a été rompu. « Dans un tel contexte, le Collège estime qu’il n’est plus possible d’envisager la poursuite harmonieuse de la relation contractuelle au-delà de la présente année scolaire », indique le document, signé de la main de M. Guay.
« C’est comme si on les a dérangés en faisant une plainte au protecteur de l’élève, puis qu’ils ont décidé de juste se débarrasser de nous, au lieu de travailler avec nous », ajoute Mme Fournier. « On voit ça comme des représailles », poursuit celle qui a tenté, en vain, de faire reconnaître comme telles ce non-renouvellement auprès de la protectrice régionale de l’élève.
Cette dernière a plutôt rejeté cette plainte en soulignant qu’aucune loi n’oblige une école privée à renouveler le contrat de services éducatifs d’un de ses élèves. Elle a d’autre part indiqué, dans des conclusions rendues le 17 juin, que le motif de perte de lien de confiance évoqué par le Collège était « fondé, légitime et raisonnable » et permet donc de « renverser la présomption de représailles ».
Joint par Le Devoir, le directeur général du collège Trinité, Jean-François Guay, insiste ainsi pour dire que la décision de ne pas accueillir la fille de Catherine Fournier dans son école l’an prochain a été prise « complètement indépendamment » des plaintes effectuées auprès de la protectrice régionale de l’élève. Une décision que l’établissement « n’a pas prise à la légère », mais plutôt après avoir déterminé que les parents de l’élève en question ne faisaient plus confiance à cette école, ajoute-t-il.
Il affirme d’autre part que l’ensemble des recommandations qui avaient été formulées par la protectrice régionale de l’élève dans ce dossier ont été mises en application.
Quant à l’insistance de l’école à proposer la médiation pour régler ce dossier, malgré le refus de la mère et de sa fille, le directeur général fait valoir que « dans la plupart des situations, l’intimidé d’aujourd’hui est souvent, voire quasiment tout le temps, un intimidateur il y a quelques jours. Donc, ce qu’on veut, c’est vraiment de mettre ensemble les parties pour trouver des terrains d’entente ».
« Mais encore faut-il que les parties veuillent s’asseoir », conclut-il.


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