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Ce documentaire, qui filme avec brio le quotidien d’une vétérinaire de Loire-Atlantique, offre un point de vue différent sur la ruralité.
Passer la publicité Passer la publicitéLe visage en sueur et le souffle court, Amélie Jolivel s’active pour aider une vache en grande difficulté à mettre bas ses deux veaux. Physique et émotionnellement puissante, cette première scène de l’excellent documentaire Véto de campagne, diffusé ce soir sur France 5, plante le décor du quotidien de cette passionnée de 44 ans, entièrement centré sur les animaux et leurs éleveurs.
Chaque jour, elle parcourt une centaine de kilomètres autour de Châteaubriant, terre d’élevage en Loire-Atlantique, pour ausculter ou soigner vaches, chèvres et brebis dans différentes exploitations agricoles. Entre deux visites, pas de temps perdu pour cette hyperactive : elle appelle ses clients au volant de sa voiture afin de planifier les futurs rendez-vous et surtout prendre des nouvelles de ses protégés. Une vie à 1 000 à l’heure qu’a suivie la réalisatrice Marianne Kerfriden (Ikea, le seigneur des forêts) pendant plusieurs mois, saison après saison.
Avec ses trois associés, elle s’occupe de plus de 200 fermes mais aussi des animaux domestiques. Amélie Jolivel, elle, préfère les bovidés. « C’est mon espèce préférée. J’adore ce métier, car c’est quand même un sacré privilège de soigner. Et j’aime bien les gens d’ici, car ils font écho à mon identité », précise-t-elle dans le film. Fille d’éleveurs et petite fille de paysans, elle se considère « chez elle » dans le milieu rural au cœur duquel elle évolue et se sent très proche des éleveurs. Elle est ainsi le premier témoin de leurs difficultés et de la désertion des campagnes. « Cela nous inquiète que certaines exploitations, que l’on considère comme viables économiquement, ne soient pas reprises. Il y a un défaut de vocation. Les aspirants éleveurs, il n’y en a pas beaucoup. Or, nos destins sont intimement liés. S’il n’y a plus d’élevage, il n’y a plus de véto », précise-t-elle. Submergée de travail par manque de relève, Amélie s’emploie à motiver sa jeune apprentie, Lysandre, 27 ans, qu’elle garde sous sa coupe pendant une année. Elle lui apprend le métier, la forme aux situations les plus difficiles - comme les césariennes ou l’euthanasie des bêtes - et l’encourage à avoir confiance en elle.
Dialogue avec les éleveurs
Amélie le sait mieux que personne : les femmes, rares en « rurale », doivent savoir s’imposer dans un monde pas forcément tendre. « Notre expertise n’est parfois pas reconnue parce qu’on est des femmes. Il faut faire sa place », admet celle qui a installé une véritable pharmacie dans le coffre de sa voiture avec médicaments et outils de travail. Elle veille aussi à ce que la jeune femme en formation réussisse à créer le dialogue avec les éleveurs. Elle-même a noué un lien très fort avec ces derniers, qu’elle admire. « Ils vivent à leur compte, seuls, ils voient peu de gens et ils font face à tout. Même quand ils ont un petit coup de mou, ils ne peuvent pas rester couchés le matin. Ils n’ont pas de répit », constate celle qui avoue « avoir été en contact avec la très grande détresse psychique » auprès de certains d’entre eux.
Mais, pour rien au monde elle n’échangerait sa place. Atteinte il y a quelques années d’un cancer réputé difficilement soignable dont elle a guéri, elle n’avait qu’une crainte, celle de ne plus pouvoir exercer. « Je n’avais pas tellement peur de mourir parce que j’avais l’impression que j’allais m’en sortir mais de ne plus jamais être véto. Mon premier jour de reprise, je me suis sentie hyper vivante », raconte-t-elle. Alors que le Salon de l’agriculture vient d’ouvrir ses portes sans la présence de bovins à cause de l’épidémie de dermatose nodulaire, ce film, sélectionné au Fipadoc, parle de la ruralité par un prisme original et met en lumière un métier méconnu. Un formidable portrait à ne pas manquer, qui sera suivi par le magazine « C ce soir », présenté par Karim Rissouli, autour de la question agricole.


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