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L’environnement numérique est un terrain incontournable pour la compréhension des luttes politiques, des tendances culturelles et des mouvements sociaux d’aujourd’hui. Dans la rubrique Sur le fil, Le Devoir propose chaque mois d’en décortiquer un phénomène. Aujourd’hui : l’arrivée de VérifRadar, nouveau média québécois consacré à la lutte contre la désinformation.
Après plusieurs années à œuvrer en vérification de faits pour un média américain, la journaliste québécoise Ophélie Dénommée-Marchand estimait qu’il était temps de mettre son expertise à contribution au Québec. Pour « prendre les choses en main », dit-elle, face à la désinformation et les reculs démocratiques qui gagnent du terrain en Amérique du Nord, y compris au Québec.
La journaliste a ainsi lancé en avril dernier un média entièrement consacré à la vérification des faits (fact-checking), VérifRadar, une initiative pour le moins nouvelle au Québec. Lancée à la mi-avril dans une première version en construction, la plateforme aspire à proposer chaque semaine des contre-vérifications ou des analyses sur des affirmations trompeuses ou erronées qui touchent d’abord le public québécois et canadien, tout en gardant un œil sur l’actualité internationale.
« Ce sera entièrement consacré au fact-checking, puis peut-être à faire des analyses sur les enjeux de la liberté de presse, de la démocratie, de la liberté d’expression », explique la journaliste, qui a fait ses armes au sein du média américain de vérification des faits Lead Stories, bien établi dans le domaine aux États-Unis.
Bien que le site Web en soit encore à ses débuts, une dizaine d’articles ont jusqu’à présent été publiés, en grande majorité signés par sa fondatrice. On y débusque notamment des affirmations fausses ou erronées circulant sur le Web sur la mission Artemis II, les effets de la pilule contraceptive sur le cerveau, une déclaration (fictive) de Donald Trump sur la cheffe syndicale Magali Picard ou, encore, un reportage créé par l’IA et attribué à TVA sur une personne non binaire poursuivant en justice un magasin de vêtements. Chaque article s’efforce d’expliquer les étapes de vérification effectuées par VérifRadar pour permettre au lecteur de les franchir lui-même.
Ophélie Dénommée-Marchand déniche ces contenus trompeurs, notamment à partir d’outils d’analyse de données (Google Trends, Google Alerts) et de recherche sur les réseaux sociaux. Dans ses choix, elle dit tenir compte à la fois de l’intérêt public et du risque de dommages pouvant être causés si l’information problématique continue d’être partagée.
« J’essaie de me concentrer sur des affirmations qui sont susceptibles, par exemple, de poser des problèmes aux gens. Des informations qui vont exploiter des troubles psychologiques, nuire aux gens en leur donnant des mauvais conseils nutritionnels, des infos financières [erronées], ou des arnaques », explique-t-elle.
Tailler sa place
La journaliste estime d’ailleurs qu’il y a une « sous-estimation de l’impact » que peuvent générer ces types de contenus faux ou trompeurs sur la population, d’autant qu’ils passent fréquemment sous le radar des médias traditionnels.
Au Québec, l’équipe de journalistes de Décrypteurs, à Radio-Canada, s’impose comme la première référence en la matière avec leurs analyses ponctuelles et leur balado sur les courants de désinformation qui sévissent ici comme aux États-Unis. Les grandes salles de presse de la province publient quant à elle des vérifications de façon très ponctuelle, sans avoir d’équipe ou de département attitré.
Ophélie Dénommée-Marchand souhaite en ce sens créer sa propre niche dans l’écosystème médiatique québécois avec un modèle de média entièrement tourné vers la vérification des faits, inspiré de ce que fait, par exemple, le média américain PolitiFact, de l’Institut Poynter.
L’offre et le visuel du site seront étoffés dans les prochains mois, indique-t-elle. Elle aspire en parallèle à peaufiner le modèle financier de la plateforme afin de l’opérer « à temps plein » et d’embaucher de futurs collaborateurs. « Disséminer de la désinfo coûte très peu et peut être très rentable. À l’inverse, contrer la désinformation coûte très cher », fait-elle remarquer, n’écartant pas la possibilité de mener une campagne de sociofinancement.
« La grande idée, c’est qu’on se prépare pour les élections » générales québécoises, résume Ophélie Dénommée-Marchand, qui souhaite que VérifRadar soit en mesure de contre-vérifier des propos pouvant induire en erreur la population à l’approche du scrutin d’octobre.


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