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«Veranda», des chansons ensemble sur le perron

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On peut dire qu’ils se sont rencontrés en chantant. Ou alors qu’ils ont chanté leur rencontre. Au Barfly, au Wheel Club, lors de soirées micro ouvert, ça s’est passé entre eux deux. Catherine-Audrey Lachapelle et Léandre Joly-Pelletier ont harmonisé du country, du folk et du bluegrass, et leurs voix, tout naturellement, se sont mariées. Un couple est né. Un duo fut formé. « C’est vraiment arrivé comme ça, sur scène, précise Catherine-Audrey. Tout de suite, le blend des voix était beau. On s’est sentis liés, pas juste au niveau des harmonies. On peut dire que c’est la musique qui nous a réunis, au départ. »

Il n’a pas fallu longtemps au tandem pour tenter le coup. En 2018 et 2019 paraissent The Veranda Sessions puis Woodland Waltz, premiers essais… en anglais. Léandre relativise. « Un mini-démo de deux chansons traditionnelles, puis un premier EP de musique originale, avec trois compositions à Catherine et trois compositions à moi, et une volonté commune de se coller aux codes du roots américain. Assez vite, on a eu besoin d’arriver au même point musicalement, mais en français, avec notre poésie, et c’est ce qui a mené à Yodel bleu en 2020, et on n’a plus jamais regardé en arrière. »

Veranda lance Veranda

Deux albums et quelque 250 spectacles plus tard, voici Veranda, un nouvel opus enregistré l’an dernier en prise directe au studio de Pierre Marchand, avec l’as Joe Grass à la réalisation et une équipe de complices aguerris. « C’était la meilleure place pour essayer ça, explique Catherine-Audrey. On aurait voulu le faire chez nous, dans notre maison du village des Hautes-Laurentides, notre Macaza, où c’est tellement naturel pour nous autres de prendre des guitares, des violons, des mandolines et juste jouer quand le goût nous prend. Mais pour concrétiser un enregistrement de qualité professionnelle qui sonne vrai, chez Pierre Marchand, ça pouvait pas être mieux. »

Cela s’entend. La guitare de Léandre, la dobro et la mandoline de Joe Grass, le violon de Kieran Poile, la contrebasse de Jean-Philippe Demers-Lelotte (alias Johnny Slapper) et le banjo de Frank Evans, cela compose des arrangements à la fois fondamentalement bluegrass, country, blues et folk, tout en formant à travers les mélodies et les harmonies du duo des chansons que l’on ressent jusqu’au plus profond de soi, porteuses de sentiments forts. Le deuil évoqué dans J’entends ton nom et Pour ne pas oublier (une courte pièce a cappella qui prend au cœur), l’état de dépression décrit dans Si demain, l’histoire d’amour excessif qui enferme dans Cage dorée, le voyage vers soi d’après le déraillement dans Premier train, le « regard fou » et l’espoir envers et contre tout dans Le jour suivant : ce n’est pas la fête dans chaque refrain et c’est pourtant dansant, cet album.

Le réconfort extrême

« Dans le bluegrass, explique Catherine-Audrey, il y a des chansons de party. Il y en a sur ce disque [mentionnons Samedi soir à Macaza, Yodel bleu no 2], mais il y a aussi des histoires terribles dans un genre qu’on appelle le cabin fever [l’état de trouble vécu lors de longues périodes d’isolement]. On peut aller loin dans les zones sombres. Montrer l’humain dans toute sa complexité. Avec du vrai et du recul. » Léandre renchérit : « Ces musiques témoignent des expériences les plus extrêmes. Le plus joyeux comme le plus triste. Autant nous pouvons être festifs, autant il y a d’autres sentiments très intenses qui nous traversent. Ce sont des chansons qui nous représentent dans tout ce que nous sommes. Et c’est ce qu’accentue la dualité des accords majeurs et mineurs. Ils peuvent sembler simples, mais leur contraste est souvent très prononcé. » C’est le but, comprend-on. À émotions intenses, joies immenses : le bluegrass ne fait pas dans la dentelle, mais dans la dextérité. Quand c’est réussi comme ça l’est d’un bout à l’autre de cet album, tout procure du réconfort. « Il faut toujours se rappeler que ça peut aller mieux », résume Catherine-Audrey. Léandre complète : « La musique est toujours là pour nous aider à continuer. »

On s’amuse ferme à l’écoute de Yodel bleu no 2, co-composée et chantée d’une voix plus basse que basse par l’épatant Johnny Slapper, qui agit de la même façon qu’un Elvis s’emparant du Blue Moon of Kentucky de Bill Monroe (le roi du bluegrass) et accélérant son tempo jusqu’à en faire du rockabilly. « Yodel bleu no 2 est une chanson où la tristesse, la bouffonnerie et le yodel flirtent sans retenue dans les nuits bien arrosées », écrit-on fort justement dans la page descriptive de l’album. Chacune des douze pièces trouve ainsi sa raison d’être, sa thématique propre, jusqu’à un Reel du Pont-Méthot exemplaire, itinéraire précis qui mène jusqu’à la maison de « bout du fond du rang » de Léandre et Catherine-Audrey, dont les photos illustrent les côtés recto et verso de l’album. Nous y sommes « tous et toutes les bienvenus ».

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