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Vent de face pour la recherche collégiale, «sous-financée» au Québec

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Dans les dernières années, la recherche collégiale a réussi à s’imposer dans l’écosystème québécois, au point d’occuper une place de choix dans la programmation du prochain Congrès de l’Acfas. Cet élan est toutefois ralenti par d’importants défis de financement qui préoccupent le milieu collégial.

Le bien-être des cégépiens, la sécurité alimentaire, l’adaptation aux changements climatiques et la rétention du personnel professionnel dans le réseau scolaire sont quelques-unes des questions qui seront abordées par des chercheurs du milieu collégial dans le cadre du 93e Congrès de l’Acfas, le plus grand rassemblement scientifique de langue française au monde. Il aura lieu du 11 au 15 mai entre les murs de l’Université du Québec à Trois-Rivières et réunira plus de 6000 congressistes.

La plupart d’entre eux sont issus du milieu universitaire, mais plusieurs autres travaillent dans des cégeps de la province, où se déroulent chaque année, dans l’ombre du grand public, des recherches aux retombées importantes et variées.

« La recherche au collégial joue un rôle essentiel à divers égards » en répondant à des « besoins très concrets », relève en entrevue la présidente-directrice générale de la Fédération des cégeps, Marie Montpetit. Elle permet notamment de revoir les « pratiques pédagogiques » appliquées dans les salles de classe de la province, mais aussi de répondre à des besoins locaux en matière d’innovation.

« Ça peut avoir des retombées locales, notamment sur les [petites et moyennes entreprises] » dans différents secteurs de la province où des recherches collégiales sont menées, souligne le vice-président du regroupement cégep à la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec, Yves de Repentigny. Le travail de ces chercheurs vient ainsi soutenir la compétitivité et la productivité des entreprises et des régions dans un contexte de « brutalisation des relations internationales », renchérit pour sa part Marie Montpetit.

Le financement, « un frein important »

Cette dernière affirme d’ailleurs que la recherche menée entre les murs des 48 cégeps et des 59 centres collégiaux de transfert de technologie de la province génère annuellement 1,6 milliard de dollars en retombées économiques pour un investissement de fonctionnement s’élevant à 40 millions de dollars de la part de Québec. Un financement qui « stagne », alors que « les coûts liés à la recherche augmentent », souligne Mme Montpetit, qui voit là un « constat préoccupant ».

« La recherche collégiale est clairement sous-financée, et cela la limite dans sa capacité à jouer pleinement le rôle qu’elle pourrait jouer », poursuit la p.-d.g. « C’est un frein important. »

La Fédération des cégeps a ainsi demandé, dans le cadre des dernières consultations prébudgétaires, que Québec ajoute 10 millions de dollars au budget qu’il alloue annuellement à la recherche collégiale. On ne saura cependant qu’au terme de l’étude des crédits budgétaires, dans les prochaines semaines, si cette demande aura reçu un écho favorable.

Entre-temps, plusieurs chercheurs appréhendent de rejouer dans le même mauvais film dans leurs démarches auprès du Programme d’aide à la recherche sur l’enseignement et l’apprentissage (PAREA), qui finance des projets d’études portant sur le développement d’approches pédagogiques innovantes dans le réseau collégial.

L’an dernier, Québec a suspendu pendant plusieurs mois l’appel de projets liés à ce programme, avant de fixer la date limite pour déposer une candidature au 4 septembre 2025. Des chercheurs, pris de court, ont alors dû consacrer une partie de la saison estivale à préparer et à soumettre leur candidature à ce programme, une démarche qui « prend facilement trois à quatre mois », souligne l’enseignante et chercheuse en éducation physique au Cégep de Saint-Hyacinthe Rachel Surprenant. Les projets sélectionnés ont ensuite été financés avec plusieurs mois de retard par rapport aux années précédentes.

« J’ai passé une bonne partie de mon été à écrire une demande de subvention, contrairement à ce à quoi je m’attendais », déplore Caroline Cormier, enseignante et chercheuse en chimie au cégep André-Laurendeau, qui constate que « ça n’a jamais été aussi difficile d’obtenir du financement pour la recherche en pédagogie au collégial ».

Cette année, « on est toujours dans l’incertitude », déplore Mme Surprenant, qui rafraîchit régulièrement la page du site Web du PAREA sur son ordinateur pour vérifier — en vain — si l’appel aux candidatures a été ouvert en prévision de la prochaine rentrée collégiale.

Les chercheuses jointes par Le Devoir pressent ainsi Québec de rendre ce programme plus prévisible afin que leurs « projets de recherche puissent vraiment débuter en septembre ».

« Le guide du programme révisé sera mis en ligne au cours des semaines, ce qui permettra aux chercheuses et aux chercheurs de préparer la rédaction de leur dossier en vue du prochain concours », affirme en réponse à ces préoccupations le ministère de l’Enseignement supérieur, dans un courriel au Devoir. Il indique que la date limite pour le dépôt d’une demande de subvention, pour l’année 2026-2027, devrait également avoir lieu en septembre cette année.

Cependant, « contrairement à l’année dernière, les projets pourront débuter au mois de juin [2027] plutôt qu’en janvier, afin de faciliter la libération du personnel enseignant et professionnel, ainsi que le recrutement d’étudiants », ajoute le ministère.

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