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Les hôpitaux de Toulon et Hyères ont déclenché leur plan de mobilisation. Aux urgences de Sainte-Musse, soignants et ambulanciers décrivent un été sous très haute tension.
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Par Paul De Roo Publié le 13 juil. 2026 à 21h22
Réunis en cellule de crise jeudi 9 juillet, le Centre hospitalier intercommunal Toulon–La Seyne-sur-Mer (CHITS) et le Centre hospitalier d’Hyères ont activé le niveau 1 du plan de mobilisation interne. Officiellement, la direction invoque « une accumulation de facteurs » : tensions estivales habituelles, offre de soins de ville contrainte, et surtout la grève des ambulances, engagée depuis le 26 juin, qui ralentit les sorties de patients hospitalisés et réduit mécaniquement les capacités d’accueil aux urgences.
Sur le terrain, la réalité que décrivent soignants et ambulanciers est plus crue.
150 passages par jour, 200 l’été
Cyril Rodillon est secrétaire général de la CGT du CHITS et infirmier aux urgences de Sainte-Musse. Il connaît le service de l’intérieur et évoque un tiers d’activité en plus lors de la saison estivale.
« D’habitude on fait 150 passages. L’été, on dépasse régulièrement les 200« , explique-t-il. La canicule amplifie l’effet : « Quasiment un tiers de nos passages sont liés à la canicule. Les personnes âgées, notamment les insuffisants rénaux, les diabétiques, se déshydratent beaucoup plus vite et font un malaise plus rapidement qu’une personne en bonne santé ».
À ce flux habituel s’ajoute un effet d’entonnoir : les petites urgences de La Seyne et de Hyères sont en travaux et arrivent donc rapidement à saturation, ce qui bascule le surplus sur Sainte-Musse. L’hôpital militaire Sainte-Anne, lui, réduit progressivement sa prise en charge des civils. « Tout se concentre sur Sainte-Musse », résume ce syndicaliste.
20 % d’infirmiers absents non remplacés, 40 % chez les aides-soignants
Le problème de fond, cette année, c’est l’absence de renforts au bon moment. « Pour l’été, on embauche habituellement autour de 5 infirmiers de renfort en CDD dès la mi-juin. Cette année, on ne les a pas recrutés. On attend les sorties d’école qui arrivent à la mi-juillet« , témoigne Cyril Rodillon. La conséquence est immédiate : « Il manque du monde tous les jours. On doit s’entasser ».
Les chiffres qu’il avance sur l’absentéisme sont frappants : « On a 20 % du personnel infirmier absent et non remplacé. Chez les aides-soignants, c’est plus de 40 %. Il manque un à deux aides-soignants sur quatre, quotidiennement ». Une partie de cet absentéisme est directement liée aux conditions de travail : « Les aides-soignantes se blessent au vu du rythme qu’on leur impose ».
Entre 4 et 6h30 d’attente à partir de 17h
Une surfréquentation qui n’arrange pas les délais d’attente. Selon Cyril Rodillon, « le matin, ça va assez vite. Mais à partir de 17 heures, on a entre 4 heures et 6h30 d’attente pour les gens qui arrivent en urgence relative ». Les urgences absolues, elles, bénéficient de trois box dédiés avec deux infirmiers et un médecin. « Une personne en détresse vitale est prise en charge immédiatement, quoi qu’il arrive ».
Le problème concerne surtout la fin de journée : « L’hôpital est déjà saturé en occupation des lits, on est à 93 % de taux d’occupation. On n’est pas en capacité d’absorber le flux quotidien des urgences. Donc en fin de journée, les urgences sont pleines, les services n’ont pas de lits et les patients arrivent encore. C’est là où les 4 à 6 heures d’attente se mettent en place. C’est un schéma quotidien ».
Les ambulances font salle d’attente
Pour faire face à cette augmentation du nombre de patients, le service a emménagé depuis un an dans la salle plan blanc, prévue pour les catastrophes, avec une capacité de 24 patients couchés en plus de la salle d’attente. Des travaux en cours doivent porter ce chiffre à 30 à la mi-juillet, « 10 assis et 20 couchés ».
Sauf qu’une salle de secours occupée en permanence n’est plus une salle de secours. L’infirmier le dit sans détour : « Si un jour il arrive une catastrophe, la salle plan blanc est déjà occupée par le conventionnel. On n’aura plus la capacité d’accueillir un afflux de patients supplémentaire« .
Le recul de la médecine de ville
Pour les soignants, la cause profonde n’est pas l’été. C’est principalement l’accès aux médecins tout au long de l’année. « On reçoit des patients qui sont bien avancés dans leur maladie chronique par manque de suivi. Prendre rendez-vous chez le cardiologue, c’est un an d’attente. Chez l’endocrinologue, c’est six mois. Quand les patients arrivent, ils sont vraiment très mal. Ça nous demande des prises en charge beaucoup plus compliquées », résume Cyril Rodillon.
Johan Cabrita, qui dirige la société de transport sanitaire Var Assistance, fait le même constat depuis l’extérieur : « Quand un patient ne peut pas voir un médecin généraliste, qu’est-ce qu’il fait ? Il va aux urgences. Et l’été, il y a moins de médecins généralistes, alors que la population augmente. »
Dans son communiqué, la direction du CHITS invite les habitants à appeler leur médecin traitant, une maison médicale de garde ou le 15 avant de se déplacer aux urgences.
Reste la question du personnel. Cyril Rodillon assure que l’équipe tiendra. Mais à quel prix ?
« On a une capacité de résilience extraordinaire. On va passer des mauvaises journées, mais on reviendra le lendemain parce qu’on est une équipe soudée. Jusqu’à ce que les collègues partent en dépression ou que les aides-soignantes se blessent. On est à la limite de nos capacités physiques et psychiques. »
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