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Face à une pénurie annoncée de travailleurs (nouvelle fenêtre) dans la construction en Alberta, une initiative innovante à Calgary tente d'apporter une réponse concrète en formant rapidement des résidents permanents aux métiers spécialisés.
Le programme EPCO – Employment Pathways to Construction Occupations, une initiative du Centre for Newcomers financée par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, accompagne sa quatrième cohorte.
Son objectif est de soutenir les résidents permanents qui souhaitent intégrer le secteur des métiers spécialisés et de la construction à Calgary, en les encadrant dès le début de leur parcours d'intégration.
Du Cameroun aux chantiers de Calgary
Par une matinée typique, 21 adultes, hommes et femmes, se tiennent debout, pinceaux à la main, devant des panneaux dans une pièce transformée pour l'occasion en atelier de peinture. Certains ont fui la guerre, d'autres ont quitté une carrière prestigieuse.
Âgés en moyenne de 36 ans, ils viennent du Cameroun, de la Jamaïque, de la Corée, de l'Afghanistan ou de la Syrie. Tous ont en commun une chose : recommencer.

Pour Brice Nkouebit, le Canada est un endroit idéal pour pouvoir exprimer ses talents.
Photo : Radio-Canada / Fournie par Brice Nkouebit
Parmi eux, il y a Brice Nkouebit, 35 ans. Arrivé du Cameroun le 1er août 2025 avec sa famille, il est titulaire d'une maîtrise en topographie et génie civil. Pourtant, il a choisi de se former à la peinture.
Mon objectif, après avoir terminé la formation, c'est bien évidemment de pouvoir me faire recruter par une des entreprises [...] dans l'optique de pouvoir me perfectionner davantage, précise-t-il.
Chaque jour, de 9 h à 15 h, il apprend les bases du métier. L’industrie, c’est 80 % de préparation et 20 % de finition, mentionne Darren WeaselChild, le formateur. M. Nkouebit confie que la formation lui a donné un goût particulier pour ce métier.
Un formateur qui brise les barrières
À la tête de la formation en peinture se trouve Darren WeaselChild, un compagnon peintre avec Sceau rouge qui est originaire de la Nation Siksika et qui cumule 23 ans d'expérience. Conscient des obstacles systémiques, il affirme : « En tant qu’Autochtone, je comprends ce que c’est que de se heurter à des barrières invisibles. Je veux faire partie de la solution. »

Darren WeaselChild et un étudiant. Le programme EPCO couvre des métiers d'entrée de gamme dans les domaines de la toiture, de la menuiserie, de la pose de carrelage et de la peinture.
Photo : Radio-Canada / Fournie par Darren WeasleChild
Beaucoup ont déménagé ici dans l'espoir de mener une vie confortable, rêvant d'une vie meilleure au Canada, pour finalement se rendre compte qu'il y a des obstacles à surmonter une fois arrivés. Peut-être la barrière de la langue... Il peut y avoir d'autres choses qui les bloquent, les empêchant de décrocher un emploi.
Il a construit son propre programme, basé sur son expérience de chantier, en interrogeant directement les entreprises sur leurs besoins pour un débutant.
Au-delà des techniques, le programme se penche aussi sur la confiance en soi, la communication avec un employeur et la manière de se vendre sans s’excuser d'exister.
La méthode de Darren WeaselChild va au-delà de l'atelier; il accompagne ses étudiants dans leurs démarches, contactant jusqu'à 14 entreprises en une matinée. Je leur montre que ce n’est pas si difficile de décrocher le téléphone, dit-il, parlant de ses élèves avec fierté.
Je leur donne des outils pour survivre ici, pour mettre de la nourriture sur la table.
Une adaptation en quatre semaines
Alors que le débat albertain sur la main-d’œuvre oppose souvent la formation locale au recrutement international, EPCO propose une troisième voie : connecter les talents déjà présents sur le territoire aux besoins urgents du marché.

Selon les responsables du programme, pour les nouveaux arrivants, ces métiers spécialisés sont une porte d'entrée vers la stabilité.
Photo : Radio-Canada / Fournie par Darren WeasleChild
Le programme, d'une durée de quatre semaines, est structuré en trois phases : une introduction à la culture du travail canadien (rédaction de CV, entretiens...), une formation technique pratique, puis une immersion sur le terrain.
Bernice Shukairat, gestionnaire du programme, insiste sur l'approche pragmatique :« Nous formons pour l’entrée sur le marché. Ce que les employeurs veulent réellement. Pas seulement de la théorie. »

Selon une analyse de l’industrie, environ 2 % des nouveaux immigrants en Alberta se dirigeraient vers les métiers de la construction.
Photo : Radio-Canada / Fournie par Darren WeasleChild
Elle souligne le rôle crucial des employeurs dans la réussite du dispositif.
Le programme pilote, qui doit se poursuivre jusqu'en mars 2028, termine actuellement sa formation sur la peinture, après avoir achevé celles sur la toiture et la menuiserie, et lancera sa prochaine, axée sur l'aménagement paysager, au mois d'avril.
Bâtir Calgary… et se reconstruire soi-même
Dans l'atelier, à l’instar de Brice Nkouebit, qui applique sa couche finale, les nouveaux arrivants ne peignent pas seulement un mur, comme le souligne le formateur en peinture.
Ils peignent la possibilité d'apprendre un métier, afin qu'ils puissent mettre de la nourriture sur leur table, des vêtements sur leur dos, un toit au-dessus de leur tête et vivre confortablement ici.
Interrogé sur son plus grand rêve, M. Nkouebit ne mentionne ni la maison ni la voiture: Mon rêve, c’est d’avoir ma propre entreprise de construction, clés en main. Pour ça, je dois comprendre chaque branche du métier, confie-t-il.
Un rêve qui, pour l'instant, commence avec un pinceau, quatre semaines de formation... et la conviction que tout reste possible.


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