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Si vous, lecteur de Tendre Violette au début des années 80, vous vous demandez comment a évolué le trait de Jean-Claude Servais (°1956 à Liège, vit à Jamoigne), la couverture réalisée en 2025 pour le tirage limité de La faune symbolique (Dupuis) (Le corbeau, la corneille et la colombe) vous donnera le ton de cette belle rétrospective.
Jean-Claude Servais, "La faune symbolique", 2025. "Le corbeau, la corneille et la colombe", Tome 3. Couverture du tirage limité de Dupuis. Mine de plomb sur papier, 50 x 36 cm. ©JC Servais / DupuisCe dessin magnifique ouvre sur une suite en 80 planches, représentant 45 ans de déclaration d'amour à la liberté d'un artiste profondément enraciné dans la Gaume et l'Ardenne. Où les lieux, légendes, contes et mythes n'attendaient que son magnifique coup de crayon pour s'animer.
Servais excelle dans l'art du clair-obscur, non seulement dans sa maîtrise graphique, mais aussi dans sa manière de révéler la part d'ombre qui habite les êtres. Ses personnages sont comme son trait : ils oscillent entre vulnérabilité et puissance, entre désir de liberté et attachement profond aux lieux qui les ont façonnés.
Les vallées, les forêts et les rivières que Servais dessine ne sont jamais de simples décors. Elles racontent une histoire, elles sont gardiennes de secrets, elles sont protectrices pour celles (le plus souvent chez Servais) et ceux qui s'y plongent et s'y réfugient. Ce sera très vrai dans sa série La Mémoire des arbres dans les années 90, ce qui lui vaudra le surnom d'"homme des bois".
De Jicé à Servais
Servais débute en 1975 au sein de la rubrique Carte blanche du Journal de Spirou, il signe ses planches Jicé. À Marcinelle, il dessinera notamment deux histoires de l'Oncle Paul avant de mettre le cap vers l'hebdomadaire Tintin en 1977. Épurant petit à petit son dessin, en 1980, il illustrera des histoires courtes sur le thème de la sorcellerie et de la magie, ce qui aboutira en 1982 à La Tchalette. Il dessinera encore Isabelle, toujours dans Tintin.
C'est dans À suivre qu'il va marquer durablement l'histoire de la BD avec Tendre Violette, sur scénario de Gérard Dewamme. Suivront Les Saisons de la vie au Lombard et Les Voyages clos, chez Glénat. Il collaborera aussi avec Julos Beaucarne en 1989 sur L'Appel de Madame la Baronne. Il se fera ensuite auteur complet. On pointera Lova, l'histoire en deux volets d'une fillette élevée par les loups, en 1992, pour la collection Aire Libre.
Dans cette expo, on pourra regretter que les planches soient présentées sans carton descriptif. Sur le site internet de la galerie, on trouvera cependant ces informations. Le parti pris est de ne pas distraire le visiteur d'autres considérations que d'apprécier la qualité du travail de l'artiste, merveille de délicatesse et de finesse.
Tout est émotions
Des 80 planches présentées, pas une ne présente un découpage identique à une autre. Ces compositions toujours inédites invitent à décortiquer les planches sans jamais lasser. Là un insert met en évidence un détail ou une expression de visage, ailleurs une grande case mettra en valeur un chemin forestier (La mémoire des arbres, 2000, La lettre froissée 2, Tome 8, planche 84, case 6). Pas un méandre de la Semois, pas un corps de ferme, pas une abbaye, pas un château fort (Bouillon évidemment) n'a été oublié par l'artiste dans son plaisir de dessiner.
Sur Les chemins de Compostelle, Servais s'en est donné à cœur joie pour dessiner des cathédrales, illustrant magistralement à la mine de plomb l'émotion que lui avait procurée le labyrinthe de Chartres (Le vampire de Bretagne, 2017, Tome 4, Planche 35).
S'il s'éloigne peu de ses sujets de prédilection, le Gaumais n'est pas maladroit quand il s'agit de dessiner des villes ultramodernes (La mémoire des arbres, 2000, La lettre froissée 2, Tome 8, planche 48, case 1) bien loin de l'atmosphère si bien rendue de l'abbaye d'Orval (Tome 2, planche 104, case 1) à laquelle il a consacré deux tomes.
Jean-Claude Servais, "Orval", 2010, Deuxième partie, Tome 2, Planche 104. Mine de plomb sur papier, 63,7 x 47,2 cm. ©JC Servais / DupuisOn l'a vu dès l'entrée, Servais est aussi un formidable dessinateur animalier, de la harde de cerfs à l'envol d'un oiseau. Quant aux personnages, ils ont tous des "trognes" qui évoquent leur passé, leurs sentiments, leur violence ou leur tendresse…
Jean-Claude Servais, Rétrospective
Bande dessinée Où Galerie Huberty & Breyne, 33 place du Châtelain, 1050 Ixelles, https://hubertybreyne.com Quand Jusqu'au 28 mars, du mardi au samedi, de 11h à 18h.
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