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En cette fin de mois de juillet, les vacanciers répondent présents sur les plages et les terrains de golf de l’Île-du-Prince-Édouard. Mais après un été record en 2025, le démarrage de la saison estivale 2026 s'avère plus mitigé dans la province.
Entre des touristes plus prudents et des commerçants qui doivent jongler avec des charges en hausse, le bilan de mi-saison révèle une équation économique délicate.
La fréquentation générale demeure toutefois solide, assure Corryn Clemence, directrice générale de l'Association de l'industrie touristique de l'Île-du-Prince-Édouard.
Elle rappelle d'ailleurs que l'année 2026 a démarré sur une note positive, portée par une croissance des visites au cours de l'hiver et au début du printemps.
Nous avons commencé très fort cette année. La météo n'a pas été idéale en juin, mais nous avons vraiment vu une reprise.
Si elle reconnaît que certains secteurs ont subi des annulations de dernière minute ou des séjours plus courts, les opérateurs sur le terrain constatent, quant à eux, une évolution dans le comportement des visiteurs.
Face au renchérissement du coût de la vie et aux prix du carburant qui s'envolent, les vacanciers surveillent leur portefeuilles de près.
Des dépenses au compte-gouttes
Au centre-ville de Charlottetown, Kristell Geffroy, créatrice et fondatrice de la boutique de vêtements Swenn, a clairement ressenti un passage à vide au début du mois de juillet.
Le début de l’été a été plutôt lent. Il y avait du passage, mais les gens avaient du mal à dépenser.
Sur les deux premières semaines de juillet, la commerçante a enregistré une baisse de 25 % de son chiffre d'affaires par rapport à l'an dernier.
Il aura fallu attendre la mi-juillet et l'arrivée des congés de la construction au Québec pour que son activité commerciale retrouve un rythme comparable à celui de l'été 2025.

«L'année dernière, on avait vraiment vu un décollage de l’affluence dès la fin juin, là, ça a été plus lent», rapporte Kristell Geffroy. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Raphael Caron
Ce sentiment n'est pas isolé. Valéry Ladrezeau, propriétaire du restaurant Datcha à Charlottetown, constate lui aussi que les clients consomment un petit peu moins.
Au lieu de prendre un combo, ils vont juste prendre un sandwich. C'est totalement compréhensible parce que tout est plus cher. Pour venir sur l'île, avant ils auraient dépensé peut-être 500 $ en gaz, maintenant ils dépensent le double, alors ils trouvent des économies ailleurs, rapporte-t-il.
Du côté de l’Association de l'industrie touristique de l'Île-du-Prince-Édouard, Corryn Clemence insiste surtout sur un point crucial : il ne faut pas confondre le nombre de visiteurs et la rentabilité des entreprises.
Bien que nous puissions voir de forts chiffres de fréquentation, cela ne se traduit pas nécessairement par des bénéfices très élevés, parce que les coûts d'exploitation sont très élevés en ce moment, observe-t-elle
Des marges mises à mal
Carburant, approvisionnement, hausse des salaires : les charges fixes augmentent partout, souligne Corryn Clemence.
Pourtant, la plupart des exploitants hésitent à répercuter ces hausses sur leurs tarifs, de peur de franchir un seuil psychologique pour les clients.
Il y a un équilibre délicat, nous avons eu beaucoup d'opérateurs qui nous ont dit : "Nous n'avons pas l'impression de pouvoir facturer plus, même si nos coûts ont augmenté", explique Corryn Clemence.
C'est précisément le constat de Valéry Ladrezeau, qui voit ses marges s'effriter.
Si on parle en termes de revenus, c'est stable par rapport à l'an dernier. Mais le fait que tout a augmenté, on a une baisse de profit entre 15 % et 20 %.

Valéry Ladrezeau (à gauche) a ouvert le restaurant franco-caribéen Datcha en juin 2021, au Founders Hall de Charlottetown. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Laurent Rigaux
Pour compenser la hausse du prix des ingrédients — comme le bœuf passé de 7 $ à 12 $ la livre —, le restaurateur a dû réduire son équipe de sept à quatre employés et ajuster ses menus, allant jusqu'à retirer certains ingrédients devenus trop chers comme la tomate.
Et je ne peux pas vraiment augmenter mes prix parce que les prix, je pense que pour tout le monde, sont déjà très élevés, confie-t-il.
Espoirs pour le mois d'août
Dans le secteur de l'hébergement et des attractions, la situation varie selon la taille et le modèle des établissements.
À Alberton, dans l’ouest de l’île, Hubert Lihrmann, copropriétaire du gîte La Petite France, observe un rythme plus calme qu'en 2025, mais reste très serein. Opérant en couple sans personnel salarié, l'établissement parvient à contenir ses prix.
Les coûts d'exploitation, c'est surtout la nourriture qui augmente pour les repas qu'on doit servir, mais ça ne veut pas dire pour autant qu'on doit assassiner le client en augmentant trop les prix, insiste Hubert Lihrmann.

Selon Hubert Lihrmann, le mois d'août s'annonce "très chargé", avec des clients qui restent entre 7 et 9 jours au gîte La Petite France. (Photo d'archives)
Photo : CBC
Du côté des Maisons de Bouteilles, une attraction de la région Évangéline, l'enthousiasme est également de mise. La future propriétaire, Michèle Séguin-Godo, note un chiffre d'affaires constant, voire en légère hausse, soutenu par une clientèle diversifiée.
En général, les gens repartent avec un petit quelque chose. On a beaucoup le facteur wow quand les gens entrent dans la boutique, ça les incite aussi à dépenser, assure-t-elle.
Qu'ils viennent des provinces maritimes, de l'Ontario, du Québec, des États-Unis ou d'Europe, les touristes continuent de sillonner l'île.
Alors que la fin du mois de juillet marque traditionnellement le pic de la haute saison, l'ensemble des acteurs touristiques comptent désormais sur un mois d'août fort et une prolongation de la fréquentation en septembre pour absorber la hausse des charges et équilibrer les comptes de l'année.


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