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Une mère hébergée dans le froid après son accouchement à Maisonneuve-Rosemont

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En pleine tempête hivernale l’an dernier, une Montréalaise ayant accouché à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont a passé son séjour post-partum dans une chambre individuelle payante où le froid s’infiltrait par une fenêtre défectueuse. Pendant plus de sept mois, elle a multiplié les démarches auprès de l’hôpital et des instances afin de faire annuler une facture de 176 $.

Le 14 février 2025, Annie Calamia donne naissance à une petite fille à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. « Mon admission et mon accouchement se sont bien déroulés », raconte la femme de 36 ans.

Les difficultés commencent au moment de son transfert en chambre post-partum. À l’admission, avant de donner naissance à son enfant, elle avait opté pour une chambre individuelle payante pour le post-partum, plutôt qu’une salle commune gratuite pour quatre familles ou une chambre à deux lits.

Peu après l’accouchement, sa fille est placée en urgence en incubateur pour détresse respiratoire. Au milieu de la nuit, Mme Calamia est informée qu’une chambre individuelle est libre et y est conduite en fauteuil roulant.

Dès son arrivée, elle constate cependant que la pièce est glaciale. « Je dis à mon chum : “La fenêtre est ouverte, peux-tu la fermer ?” Il y avait une grosse tempête de neige et, à chaque coup de vent, la fenêtre se rouvrait. Je me dis que quelque chose ne marche pas. »

Elle demande aussitôt à être changée de chambre, quitte à partager l’espace avec d’autres familles. Mais l’unité des naissances est alors pleine, lui répond-on. « Je viens d’accoucher, je suis en chaise roulante et je ne peux pas m’en aller chez nous. Je leur ai dit que c’était inacceptable et que ça n’avait pas de sens », affirme Annie Calamia.

Faute d’autres options, Mme Calamia demeure dans la chambre. Lorsque la tempête s’apaise, son conjoint parvient à coincer la fenêtre avec une serviette. Il va aussi chercher des couvertures supplémentaires et ferme le store pour tenter de bloquer les courants d’air.

« Mais quand j’ai pu ravoir mon bébé avec moi, je l’ai gardé loin de la fenêtre. Je n’aimais pas ça. Je ne trouvais pas ça sécuritaire pour elle d’être dans une chambre froide », se remémore-t-elle. Elle affirme n’avoir pratiquement pas fermé l’œil, rongée par l’anxiété. « Ce moment où tu rencontres ton bébé pour la première fois, c’est magique. Mais, moi, je voulais juste sacrer mon camp. J’étais vraiment peinée. »

L’état des installations de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont a déjà fait l’objet de nombreuses sorties publiques. Des reportages ont signalé, notamment, la présence de rongeurs dans la bâtisse, mais aussi des dégâts d’eau et des pannes d’ascenseurs. L’an dernier, des médecins et des membres du personnel ont réclamé à plusieurs reprises la réfection de l’établissement. Le chantier a depuis été lancé, mais les travaux en sont pour l’instant à la construction du stationnement.

Appel d’urgence qui « aurait dû » être fait

Environ 36 heures après l’accouchement, Mme Calamia obtient son congé. Au printemps, en attendant de recevoir la facture, elle entame les démarches pour la contester. Le total s’élève à 176 $. « Je sais que ce n’est pas un gros montant, mais je trouve que ce n’est pas correct de charger ça, compte tenu des conditions », dit-elle.

Le 9 juin, elle dépose une plainte officielle au bureau du commissaire aux plaintes du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal. La jeune mère y fait valoir que la chambre était inadéquate et que les frais ne devraient pas s’appliquer.

Dans un courriel du 11 juillet concluant l’examen de la plainte, une conseillère aux plaintes et à la qualité des services reconnaît que le « personnel aurait dû faire un appel de service d’urgence » pour réparer la fenêtre durant le séjour de la patiente.

Elle précise toutefois que la situation a depuis été corrigée. « Considérant les mesures déjà mises en place, nous n’irons pas plus loin concernant ce motif de plainte », écrit-elle.

Quant à la facturation, elle est établie « uniquement à partir des grilles tarifaires » établies par une directive ministérielle, sans égard à la satisfaction face aux services rendus ou à l’état de la chambre, énonce-t-elle.

La conseillère confirme que l’unité était pleine, mais spécifie que les frais ne pouvaient être annulés que si la chambre individuelle avait été la seule option offerte au départ ou si la patiente avait dû partager une chambre même si elle en avait choisi une individuelle.

« Considérant que vous avez choisi une chambre privée, que vous l’avez occupée et que vous avez été facturée pour cette chambre, nous ne constatons pas d’écart au niveau de la facturation », écrit-elle.

La conseillère indique qu’en cas de désaccord, Annie Calamia peut s’adresser au Protecteur du citoyen. Celle-ci le fait, mais l’organisme lui répond, le 14 novembre, que son intervention ne peut mener à une indemnisation financière, laquelle relève plutôt d’une action judiciaire. Questionné par Le Devoir, le bureau du Protecteur du citoyen rappelle que son rôle vise l’amélioration de la qualité des soins et des services.

Le 20 novembre, la jeune mère réécrit au bureau du commissaire des plaintes du CIUSSS pour contester la décision qu’il a rendue au sujet de sa plainte. Sans succès.

Pas à débourser de sa poche

Joint par Le Devoir, le bureau des relations médias du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal dit être conscient que « la vétusté de certaines installations puisse occasionner de l’inconfort ».

Pour la facturation, le CIUSSS est tenu de respecter les règles en vigueur et « d’assurer l’équité auprès de l’ensemble des usagers qui choisissent de séjourner dans des chambres privées », affirme-t-il.

« Bien que l’étude de la plainte n’ait pas signifié de non-conformité avec la facturation de madame, nous demeurons sensibles à la situation qu’elle explique avoir vécue. Nous nous assurerons que l’usagère n’aura pas à débourser de sa poche ces frais de 176 $ », indique-t-il au Devoir.

Son assureur couvrira donc des frais de 104 $, tandis que le reste de la facture, lui, sera annulé, précisent les relations médias du CIUSSS.

Annie Calamia affirme toutefois que cela ne change rien à ses yeux. Elle soutient que, depuis le début, son but est de faire annuler la facture en entier. « Il ne devrait pas y avoir de chambre avec une fenêtre brisée dans l’hôpital, et on ne devrait pas y loger des patientes. Si elles sont chargées en plus, c’est un scandale, mais même si c’est gratuit, c’est inadmissible. »

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