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Mary-Pier Lampron-Drolet voit grand. La résidente de Magog et étudiante en travail social à l'Université de Sherbrooke souhaite créer une habitation psychosociale accueillant des jeunes qui ont été sous l’égide de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Son objectif? Créer un pôle sociocommunautaire dans la région de Memphrémagog en plus de leur permettre d’avoir un toit sur la tête.
Avec ce projet qui est toujours en ébullition, elle veut notamment diminuer les risques d’itinérance et de décrochage scolaire chez les jeunes de 18 à 25 ans. Son initiative s'ajouterait aux ressources déjà existantes dans le réseau public comme privé.
On va s’ajouter au tissu social qui soutient la transition à la vie adulte. Il y a déjà des ressources à Sherbrooke, mais les listes d'attente sont pleines. Nous, ce sera vraiment d’offrir des loyers à prix modique. Ils vont payer un maximum de 25 % de leur revenu. On va les soutenir avec des travailleurs sociaux et leur tissu social clinique, souhaite l’initiatrice du projet.
Mary-Pier Lampron-Drolet peut compter sur l’appui de la directrice nationale de la protection de la jeunesse, Lesley Hill. Honnêtement, Mary-Pier, c’est un rayon de soleil. Quand on rencontre des êtres comme Mary-Pier, on ne peut faire autrement qu’essayer de suivre leur projet avec attention. C’est vraiment quelqu’un qui fait une différence autour d’elle, mentionne-t-elle.
Les risques sont nombreux pour les jeunes qui sortent de la protection de la jeunesse, puisqu’ils sont déjà en situation de vulnérabilité, rappelle Mme Hill. S’ils ont été pris en charge par la protection de la jeunesse, il ne faut pas oublier qu’ils ont vécu des abus, de la maltraitance, de la négligence.
Les risques sont de tomber [à] la rue, le proxénétisme [ou] ne pas être capable de finaliser sa scolarisation, ajoute-t-elle.
Chaque année, environ 2000 jeunes quittent les services de la protection de la jeunesse pour entamer leur vie adulte, selon Mme Hill. Environ la moitié d’entre eux étaient placés en centre de réadaptation. L’Estrie accueille environ 15 % à 20 % de ces jeunes, ajoute-t-elle.

La direction nationale de la protection de la jeunesse, Lesley Hill, salue le travail réaliser par la Magogoise, Mary-Pier Lampron-Drolet. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Actuellement en Estrie, une centaine de jeunes, âgés de 18 ans, seraient susceptibles d’avoir besoin du Programme de qualification des jeunes afin d’être accompagnés dans leur transition vers l’autonomie, selon le CIUSSS de l’Estrie-CHUS.
À la fin mars 2026, la coroner Me Julie-Kim Godin a recommandé au ministère de la Santé et des Services sociaux d’améliorer l’encadrement des jeunes de la protection de la jeunesse lors de leur passage à la vie adulte en plus de garantir à ces jeunes un hébergement tolérant et adapté à leurs besoins une fois qu’ils atteignent 18 ans.
Ces recommandations ont été formulées à la suite de la mort d’un jeune adulte qui avait été pris en charge par la DPJ.
Un pôle socio-communautaire
C’est son parcours personnel qui a poussé Mary-Pier Lampron-Drolet à se lancer dans le démarrage de ce projet d’habitation psychosociale. Elle est soutenue par le Pôle de l'entrepreneuriat collectif de l’Estrie.
J’ai eu un parcours de vie atypique. J’ai fait au moins 20 déménagements dans ma vie. Ce qui m’a vraiment stabilisée, c’est une habitation psychosociale.
Mme Lampron-Drolet souhaite que le premier étage de l’habitation psychosociale soit accessible à l’ensemble de la communauté. Le deuxième étage serait réservé au CIUSSS de l’Estrie-CHUS pour offrir des services aux adolescents de la MRC de Memphrémagog. Les troisième et quatrième étages seraient quant à eux destinés aux appartements pour les personnes qui sortent des services de la protection de la jeunesse. Une travailleuse sociale les accompagnerait, explique-t-elle.

Mary-Pier Lampron-Drolet anime le balado des bulles familiale enregistré dans les locaux de CFAK. Il met en lumière «des aspects positifs de la DPJ».
Photo : Radio-Canada / Lilia Gaulin
C’est juste du beau parce que c’est une clientèle qui a besoin d’avoir du soutien à différents niveaux. De voir des projets émerger de la population, de la communauté, je pense que c’est hyper positif, estime pour sa part la directrice générale de la Fondation du centre jeunesse de l’Estrie, Isabelle Grenier.
À la recherche d’un terrain et de partenaires financiers
Mary-Pier Lampron-Drolet travaille à développer son plan d’affaires pour assurer la viabilité du projet.
Il faut qu’on ait un ancrage sérieux avec le CIUSSS de l'Estrie-CHUS pour avoir accès à la subvention. Il faut aussi avoir un terrain pour que l’architecte commence ses plans pour accéder à la subvention, explique Mme Lampron-Drolet.
Les appuis sont nombreux pour le projet dans la région. La mairesse de Magog, Nathalie Pelletier, salue l’initiative de la citoyenne. Si on est capable d’être entremetteur et de trouver un bon lien à faire avec un promoteur ou un donateur, ce serait mission accomplie pour nous.
On aimerait vraiment avoir ce type de projet sur notre territoire.
Mme Lampron-Drolet compte sur plusieurs modes de financement pour que le projet voie jour. Subventions, sociofinancement, partenaires philanthropiques ou financement privé, elle n’écarte aucune option. Juste le mortier et la brique, c’est six millions de dollars.
Elle souhaite obtenir des subventions de la part de la Société d'Habitation du Québec. Elle désire collaborer avec le GRT Entraide Habitat Estrie pour évaluer les options.
Investir dans la prévention
Miser sur la prévention pourrait permettre à la société d’économiser, selon la future travailleuse sociale.
Ce sont des projets qui coûtent extrêmement cher, mais ça coûte extrêmement cher à la population de ne pas soutenir ces jeunes. Je pense que c'est sain d'avoir plusieurs options aussi pour les jeunes dans cette transition à l'autonomie.
Et même si la tâche n’est pas mince, Mary-Pier ne se décourage pas. Dès l’an prochain, avec son baccalauréat en poche, elle travaillera à temps plein sur son projet.
Le besoin est vraiment là pour soutenir la transition à la vie adulte des jeunes qui quittent la protection de la jeunesse. Ça prend du temps et de l’énergie. Le CIUSSS et les organismes sont débordés.

Mary-Pier Lampron-Drolet a été sélectionnée parmi les finalistes nationaux universitaire du volet étudiant du 28e Défi OSEntreprendre.
Photo : Radio-Canada / Lilia Gaulin
La multiplication des projets d’hébergement dans la province est une bonne nouvelle, selon Lesley Hill.
Des fois, c’est communautaire, des initiatives de citoyens comme Mary-Pier ou plus [des initiatives] d’établissements comme les CISSS et les CIUSSS. Il y en a plus qu’avant. C’est vraiment une bonne nouvelle. Il faut continuer à développer.
Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a refusé d’accorder une entrevue.


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