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Une grande journée de conférences s’est tenue à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), jeudi. La Chaire de recherche VISAJ, sur la vie et la santé des jeunes, a partagé le fruit de son travail. L'événement s'est concentré sur la gestion des écrans et des réseaux sociaux chez les jeunes.
La récente décision d’un tribunal du Nouveau-Mexique, qui a déclaré Meta responsable d’avoir mis en danger des jeunes qui utilisaient ses plateformes, a été sur toutes les lèvres pendant la journée.
Pour les spécialistes et intervenants présents au colloque, il s’agit d’un premier pas vers le durcissement de la réglementation entourant les médias sociaux.
On est vraiment dans un mouvement de panique sociale, on se rend compte que nos jeunes souffrent, constate Maude Bonenfant, professeure titulaire au département de communication sociale et publique de l'UQAC.

Maude Bonenfant est professeure titulaire au département de communication sociale et publique de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).
Photo : Radio-Canada / Meghann Dionne
C'est vraiment toute la structure qui est accusée et on se rend compte de stratégies qui étaient intentionnelles pour manipuler et garder connectés les jeunes, malgré les effets négatifs que ça peut avoir sur leur santé mentale, poursuit-elle.
Il y a du progrès, juge-t-elle, non seulement avec ce qui vient de passer en Californie, mais aussi en Australie, par exemple, où les médias sociaux sont interdits aux moins de 16 ans. Le Québec s'est doté, selon Mme Bonenfant, de lois efficaces. Maintenant, il suffit de les appliquer.
Pour l'instant, le fardeau de la surveillance numérique repose presque entièrement sur les épaules des parents. Les spécialistes recommandent aussi aux parents de faire des efforts. Les jeunes sont souvent conscients de leur dépendance à la technologie et souhaitent diminuer leur consommation.
Ce qu'on entend d'abord, c'est arrêter de parler seulement des jeunes. Mes parents sont connectés. Ils sont sur leur cell le soir. Eux, ils le font, donc pourquoi pas moi, mentionne pour sa part la docteure en communication et directrice générale du Centre pour l'intelligence émotionnelle en ligne (CIEL), Emmanuelle Parent.

Emmanuelle Parent est docteure en communication et directrice générale du Centre pour l'intelligence émotionnelle en ligne (CIEL).
Photo : Radio-Canada / Meghann Dionne
L’importance du sommeil
Parmi les sphères de la vie des adolescents qui peuvent être impactées par une utilisation intensive des écrans, se retrouve la qualité de leur sommeil, explique Luc Laberge, chercheur principal à ÉCOBES - Recherche et transfert au Cégep de Jonquière.
Beaucoup d’adultes aux prises avec des problèmes de sommeil ont commencé à en avoir à l'adolescence, explique d'entrée de jeu le chercheur au micro de l'émission C'est jamais pareil.
Les ados ont beaucoup de difficultés à combler leur besoin de sommeil parce qu'il y a un délai de leur horloge biologique. Le soir, ce signal d'endormissement arrive de plus en plus tard, donc ils ne sont pas nécessairement fatigués à 22h ou 23h. Puis, le matin, on les lève alors qu'ils sécrètent encore de la mélatonine, puis ils ne sont pas prêts à se lever, indique celui qui a présenté une conférence sur le sujet, jeudi.

Luc Laberge est chercheur principal à ÉCOBES - Recherche et transfert au Cégep de Jonquière.
Photo : Radio-Canada / Johanie Bilodeau
Il ajoute que ce besoin de sommeil s’amplifie en raison de l’impact de l’utilisation des appareils électroniques en fin de journée, un enjeu qui ne se limite pas à la simple question de la lumière.
Il y a la question de l'activation mentale aussi, l'activation cognitive. C'est beaucoup ce que tu fais. Si tu regardes un film, tu lis sur une liseuse, ç’a peu d'impact. Mais si tu joues à des jeux vidéo, tu es en interaction sur les réseaux sociaux, tu prends tes courriels avant de te coucher, là, il y a une activation mentale, ça te stimule, puis ça peut retarder l'endormissement, précise-t-il.
En arrivant de l'école, il n'y a pas de problème. C'est vraiment avant le coucher, ajoute-t-il, en mentionnant que des études ont révélé que les élèves avec les meilleures notes sont généralement ceux avec le meilleur sommeil.
Favoriser un couvre-feu numérique
Pour éviter de stimuler son système en fin de journée et pour permettre au corps de sécréter de la mélatonine, l'hormone qui signale au corps que l'endormissement s'en vient, M. Laberge propose un couvre-feu numérique, soit de délaisser ses écrans au moins 30 minutes avant d'aller au lit.
Pour ceux qui font de l'insomnie, c'est bien d'arrêter une heure avant au moins, puis minimalement une demi-heure avant. On fait autre chose, on fait une activité relaxante. Parce que les mécanismes du sommeil sont différents des mécanismes de l'éveil. Il faut qu'ils se mettent en branle, il faut qu'ils se mettent en place. Donc il faut que l'anxiété baisse, puis qu'on s'apaise.
Il sait qu’adopter cette routine peut être difficile, autant pour les parents que pour les enfants.
Il y a eu des centaines de millions de dollars qui ont été investis pour qu'on ne lâche pas nos cellules, observe le chercheur.
Pour aider les gens à changer leur comportement, M. Laberge préconise quelques trucs, dont l’utilisation d’une boîte dans laquelle les appareils électroniques de la maison seront déposés jusqu’au lendemain matin.
Contrôler les stimuli
En plus de ce couvre-feu numérique, pour entretenir une meilleure hygiène de sommeil, il recommande de contrôler au maximum les stimuli au lit, un espace qui doit être réservé au sommeil.
C'est une très mauvaise habitude de manger, de faire autre chose dans le lit que le sommeil, laisse-t-il tomber.
Il faut faire très attention à ça, poursuit-il, parce que le cerveau fait l'association à un moment donné : lit égale éveil, au lieu de lit égale sommeil.
Quand on ne dort pas, on est plus colérique, on focus sur le négatif. Donc, il y a toutes les raisons au monde de combler son besoin de sommeil, conclut-il.


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